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L’Union régionale du Parti socialiste de Thiès, longtemps sous la houlette de feu Ousmane Tanor Dieng, semble avoir déjà tranché le débat sur la succession du défunt Secrétaire général national des Verts. Son porte-parole pense que Aminata Mbengue Ndiaye «a les épaules pour diriger la formation politique». Moustapha Diaw, également porte-parole de l’Union communale de Thiès, estime que «les retrouvailles de la famille socialiste ne concernent pas exclusivement Khalifa Sall et les autres, mais toute la famille de la Gauche sénégalaise». Dans cet entretien, il fustige la coalition présidentielle de la Capitale du Rail qu’il qualifie de «Benno de façade».
Que pensez-vous de la grâce accordée à Khalifa Sall ?
Je rends grâce à Dieu et me réjouis de la grâce accordée à trois compatriotes que la justice avait jugés coupables des faits qui leur étaient reprochés. Mais je voudrais aussi rendre hommage à Serigne Mountakha Mbacké, khalife général des Mourides, qui a encore démontré qu’il est réellement Serigne Touba. Evidemment, il faut aussi remercier le Président Macky Sall qui a usé de son pouvoir que lui confère notre Constitution pour poser cet acte qui apaise, rassemble et unifie la majeure partie des Sénégalais. En ce qui concerne le camarade socialiste Khalifa Sall, je lui souhaite un bon retour dans sa famille, ses amis et l’accomplissement de ses projets.
Ne pensez-vous pas qu’avec cette libération il y aura une recomposition de la famille socialiste, surtout entre les «Khalifistes» et «Tanoristes» ?
Au Parti socialiste, nous avons une orientation et une vision. L’orientation demeure, jusqu’aux limites du possible, la volonté de poursuivre notre compagnonnage avec le Président Macky Sall dans le Benno bokk yaakaar pour la stabilité, le développement économique et social du pays afin de réduire les inégalités sociales. La vision, c’est l’ambition collective qui est la reconquête du pouvoir après le Président Macky Sall. Alors, naturellement, nous sommes ouverts aux retrouvailles avec les ex-militants exclus ou démissionnaires qui épousent notre orientation et notre ambition. Par ailleurs, il faut noter que nous sommes en phase de boucler la vente de nos cartes et le renouvellement de nos instances de base. Après ces moments importants de la vie politique de notre parti et de l’élection de notre secrétaire général lors d’un congrès, nous pourrions commencer sérieusement à penser aux retrouvailles avec ceux et celles qui remplissent les conditions de réintégrer notre parti. Mais pour l’instant, à Thiès comme ailleurs, nous pensons que c’est inopportun de parler de retrouvailles avec les «Khalifistes» qui, il faut le dire, depuis le 5 mars 2016, nous ont causé beaucoup de tort.
L’Union régionale du Ps de Thiès que dirigeait feu Ousmane Tanor Dieng est aphone sur le débat autour de la succession du Secré­taire général national. Com­ment expliquez-vous cela ?
C’est un débat qui n’en est pas un parce que nos textes ont réglé ce problème. Il y a une jurisprudence dans la mesure où on a eu plusieurs fois des secrétaires généraux de coordination, de section, qui sont décédés, qui ont démissionné ou qui ont été exclus du parti, et qui ont été remplacés directement par leur adjoint direct. Ce n’était pas élégant ni opportun ni courtois avant les 40 jours de deuil qu’on soulève la question de la succession de Ousmane Tanor Dieng. Et ce qui est vraiment dommageable dans cette situation, c’est que ce sont des gens qui étaient exclus du parti qui ont orchestré ce débat. Ce n’était pas un débat parce qu’au niveau du Secrétariat exécutif national, Aminata Mbengue qui est par ailleurs la présidente nationale des femmes du Ps était l’adjointe directe de Ousmane Tanor Dieng. La manière dont elle a conduit les cérémonies funéraires et de condoléances de feu Ousmane Tanor Dieng a montré qu’elle était préparée pour le remplacer. Elle a la personnalité, le charisme et la légitimité…
A-t-elle vraiment les épaules pour diriger ce parti de Senghor ?
Elle a plus que les épaules pour diriger le parti de Senghor. Dans les activités d’un parti politique au Sénégal, ce sont les femmes qui sont au-devant. Aminata Mbengue Ndiaye a pratiqué toutes les étapes de la vie militante, commençant par les jeunesses féminines, jusqu’à être présidente nationale des femmes du Ps. Je pense qu’elle a plus que ce qu’il faut pour diriger, après Ousmane Tanor Dieng, le Ps. Donc, ceux qui ont soulevé ce débat l’ont fait par pur manque d’élégance et de loyauté…
Certains indexent Serigne Mbaye Thiam…
Serigne Mbaye Thiam, non ! Le débat a été soulevé bien avant.
Pourtant, c’est lui qui l’a soulevé dans l’émission «Jury du dimanche» d’IRadio, le dimanche suivant le décès de Ousmane Tanor Dieng…
Il a répondu à une question. Il n’a pas soulevé un débat. On lui a posé la question suivante : «Que pensez-vous du remplacement de Ousmane Tanor Dieng ?» Il a répondu : «Ousmane Tanor Dieng est irremplaçable, mais la personne qui venait juste après lui, c’est Aminata Mbengue Ndiaye.»
A qui faites-vous allusion quand vous dites que ceux qui ont soulevé le débat ont été exclus du parti ?
On entend un certain Abdoulaye Gallo Diao qui attaque la plupart du temps Aminata Mbengue Ndiaye et d’autres responsables du Ps. Nous savons que certaines personnes qui ont été exclues du parti les utilisent pour conduire une bataille au sein du Ps, afin qu’elles puissent avoir des opportunités de revenir. L’ambition de feu Ousmane Tanor Dieng et celle du Ps étaient, non pas seulement de rassembler la famille de Senghor, mais de rassembler toute la Gauche sénégalaise autour d’un grand parti fort pour la reconquête du pouvoir.
Aminata Mbengue Ndiaye est impopulaire dans son fief Louga. Pensez-vous qu’elle a un poids politique pour diriger votre parti ?
Comment impopulaire à Louga ? Comment une personne qui a dirigé une mairie pendant presque 15 ans, qui est présidente de l’Union régionale du Ps, présidente des femmes de la Coordination de Louga, ministre sous Abdou Diouf et Macky Sall, présidente nationale des femmes du Ps, peut-elle être impopulaire ? Il n’y a aucune femme responsable politique, religieuse ou sociale au Sénégal plus populaire que Aminata Mbengue Ndiaye. Et si vous demandez aux Sénégalais aujourd’hui de vous citer les cinq femmes les plus populaires sur l’échiquier politique du Sénégal, Aminata Mbengue Ndiaye ne sortirait pas des trois premières. C’est vous dire que c’est une grande chance pour nous d’avoir Aminata Mbengue Ndiaye qui a marqué toute sa loyauté, tout son temps, qui a donné toute son enfance, sa vie au Ps. Le Ps ne pouvait pas avoir meilleure qu’elle, en ces temps où tout le monde est un peu perdu par la perte subite, tragique et inattendue de Ousmane Tanor Dieng.
Même étant exclu du parti, ne pensez-vous pas que Khalifa Sall est plus apte à diriger cette formation politique ?
Mais Khalifa Sall ne fait plus partie du Ps.
N’est-ce pas vous qui disiez tout à l’heure que Tanor Dieng, avant son décès, nourrissait le vœu de rassembler toute la famille socialiste ?
Tanor voulait rassembler toute la Gauche. Et l’idée a germé lors d’une réunion du Bureau politique préparatoire de la Présidentielle du 24 février dernier. Il y avait à cette rencontre des représentants de Djibo Kâ et de Souty Touré qui avaient demandé à Tanor de travailler aux retrouvailles de la famille socialiste. Ce n’était pas pour des retrouvailles qui concernaient exclusivement Khalifa Sall et les autres, mais toute la famille senghorienne, du Ps, de la Gauche sénégalaise.
Etes-vous toujours dans cette lancée ?
Mais bien entendu ! Nous sommes toujours dans cette lancée des retrouvailles de la grande famille de la Gauche sénégalaise, y compris l’Afp, l’Urd et les autres.
Quelle attitude devrait donc avoir le futur Secrétaire général national du Ps face aux querelles politiques qui minent votre parti ?
Je pense, par rapport au conseil que j’aurais à donner au secrétaire général actuel et futur, que nous devrions nous concentrer sur la formation. Un militant qui n’est pas formé n’est, non seulement pas techniquement compétent, mais aussi son engagement politique ne peut être valable. Donc, je pense que nous devrions travailler, d’autant plus que Ousmane Tanor Dieng a fait un travail considérable sur les archives du Ps. On a actuellement des outils performants susceptibles d’assurer une formation de base à nos militants et nos futurs militants.
Sept mois après la débâcle, il y a une profonde léthargie dans la coalition présidentielle. Quelle analyse faites-vous de cette situation ?
En tout cas, en ce qui nous concerne à Thiès, je l’avais dit avant l’élection présidentielle et je le redis aujourd’hui : il n’y a pas de Benno. Aujourd’hui, les leaders ne sont pas sentis au niveau de la base et de Bby. Le militant du Ps ne sent pas le Benno dans ses instances et dans les instances des autres partis. Il y a des ententes au sommet alors que la base ne ressent pas cela. C’est un Benno de façade. Et le rôle qu’on essaye de jouer, c’est de faire en sorte que le militant de l’Apr se sente à l’aise avec un responsable du Ps, et vice-versa. Tant qu’on n’a pas réussi cela, on n’a pas réussi le Benno. Et nous risquons en 2024 d’avoir d’énormes problèmes avec les nouvelles forces politiques émergentes qui sont d’une génération beaucoup plus jeune que les leaders de Bby.

Certains responsables apéristes pensent que cette léthargie augure d’une défaite encore plus cuisante lors des prochaines élections locales à Thiès…
Oui, si cela continue comme ça, je pense qu’on n’a aucune chance de gagner les communes d’arrondissement, encore moins la Ville de Thiès. Osons le dire, la Ville aujourd’hui est pire que ce qu’elle était en 2014. Si vous prenez une photo de la mairie de Thiès en 2012 et une de cette même institution en 2019, elle est beaucoup plus dégradée. Un maire qui est incapable de rendre propre sa mairie. A la Place de France, après la pluie, vous avez honte. Au même moment, on passe notre temps, pendant les Conseils municipaux, à voter des budgets dans lesquels celui d’investissement représente pratiquement ¼ du budget de fonctionnement. Ce n’est pas normal. Il est temps que les politiques pensent aux populations plutôt qu’à leur bien-être et leur aisance. Je suis de Bby, je soutiens la politique de l’actuel maire, mais aujourd’hui ce qui se passe à Thiès n’honore aucun responsable politique thiessois, encore moins un responsable politique de la coalition présidentielle.
Vous tirez donc là, dirait-on, un bilan négatif de Talla Sylla…
Moi, je n’ai vu rien de positif le concernant. Je ne l’ai pas en tout cas senti, rien qu’en observant la Promenade des Thiessois et la mairie que Senghor a construite et que Ousmane Ngom a consolidée. Aujourd’hui à Thiès, tout part en lambeaux. La seule référence, ce sont les alentours de la mairie de Thiès et de la Promenade des Thiessois. Et même là-bas, tout est en train de se dégrader, alors que, je pense bien, l’espace situé face à la mairie, représentant l’emblème, la beauté de Thiès, devrait être la priorité des conseillers municipaux et de tout le monde.

nfniang@lequotidien.sn

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