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Moustapha Sylla voit dans l’appel de Tanor à des retrouvailles avec les exclus du Ps une forme de pression sur Macky Sall. Ce proche de Khalifa Sall à Diourbel promet que lui et ses camardes vont récupérer leur parti, même s’ils ne ferment pas la porte. Il évoque aussi la suppression de poste de Pm, les Locales, le dialogue politique….

Comment appréciez-vous l’annonce de la nouvelle réforme institutionnelle après l’élection présidentielle ?
Le président de la République a annoncé la suppression du poste de Premier ministre, ce qui a surpris et qui est étonnant pour une démocratie en marche. Néanmoins, la Constitution lui donne le droit de proposer sous forme de projet de loi la suppression du poste de Premier ministre. Maintenant, est-ce qu’il fallait le faire par voie référendaire ou parlementaire ? C’est la dernière voie qui a été choisie et tout le monde sait qu’avec sa majorité mécanique, la réforme passera comme lettre à la poste. Maintenant, il se pose le problème de l’interface entre les ministres et l’Assemblée nationale. La question a été posée par des députés qui estiment que la réforme fragilise l’institution parlementaire. Pour d’autres, elle renforce le Parlement dans la mesure où le président de la République n’aura plus le droit de dissoudre l’assemblée. Ce qui est constant c’est que la suppression du poste de Premier ministre renforce davantage le pouvoir du Président. Est-ce que c’est pour mettre en pratique ce qu’il appelle le «Fast Track», c’est-à-dire la possibilité de diligenter les procédures sans passer par le maillon intermédiaire de la Primature. Si c’est le cas, cette réforme est la bienvenue. Mais, si c’est un renforcement de pouvoirs simplement pour être un «hyper Président» dans un régime qui est déjà présidentialiste, cela pose vraiment problème à notre démocratie.
Le Président a aussi lancé un appel au dialogue. Vous attendez-vous à un dialogue politique sincère ?
Non, non et non ! Pour moi, le Président Macky Sall n’a jamais voulu d’un dialogue sincère. Un dialogue sincère, c’est accepter d’écouter les autres sur ce qui les préoccupe. Il cherche une validation de ses positions à lui et de ses préoccupations. Par exemple, concernant la plus importante question qui est l’exploitation de nos ressources minières, il y a un espace de dialogue déjà. S’il s’agit du front social, il y a un ministère du dialogue. S’il s’agit des problèmes liés aux collectivités territoriales, y a un Haut conseil. Là où il n’y a pas d’espace de dialogue, c’est au niveau de la question du processus électoral. Donc, quand on convoque l’opposition à un dialogue, il faut prendre comme thème principal les élections et ce qui les entoure en tant que textes de loi. Vous croyez que l’opposition acceptera d’aller en élections locales et législatives avec tous les dysfonctionnements comme le parrainage, le fichier, le même ministre de l’Intérieur ? Pour moi, c’est ce qui devrait être les référentiels d’un dialogue sérieux.
Le Président envisage le report des Locales du 1er décembre si, dans le cadre du dialogue, l’opposition ne s’y oppose pas. Quel commentaire en faites-vous ?
C’est mettre la charrue avant les bœufs. On devrait dialoguer pour aboutir à cela. Une opposition responsable n’accepterait pas le tripatouillage de l’agenda républicain. Il faut tenir les élections à date échue. Toute autre option cache les dangers d’un jeu politique qui fragilise notre démocratie. L’esprit du Président est le suivant : «Je ne suis pas prêt. J’ai mis en place un gouvernement. Des hommes sont en rade. Des contestations me viennent de toutes parts. Il me faudra y voir plus clair pour régler la question des investitures. Donnez-moi du temps mais cela doit être validé par un dialogue.» Je pense que l’opposition veut réellement dialoguer mais sur ses problèmes à elle.
Depuis la proclamation des résultats de la Présidentielle, on ne sent plus la présence de l’opposition. Comment l’expliquez-vous ?
Elle est dans son rôle. Vous savez quel est le sentiment de l’opposition ? Que les Sénégalais laissent faire. Avant l’élection présidentielle, l’opposition avait organisé des marches. Il (Macky Sall) engage un processus de réformes institutionnelles, l’opposition réagit en annonçant les dangers qu’on encourt, les Sénégalais restent placides. Le problème, c’est que les Sénégalais n’ont pas confiance à l’opposition parce que c’est une question de maturité. Les Sénégalais se sont mobilisés et se sont battus contre le régime sclérosé du Parti socialiste (Ps) pour l’avènement du Sopi. 12 ans après, ils remettent cela contre le Président Abdoulaye Wade qu’ils avaient pourtant élu librement. Ensuite, ils ont fondé un grand espoir sur l’arrivée du Président Macky Sall au pouvoir. Qu’est-ce qui a été constaté ? Aucune des promesses n’a été tenue. Un Peuple aussi a des temps d’action et des temps de repos. Je crois que nous sommes à un temps de repos du Peuple sénégalais. Il faudrait que l’opposition ait la patience de comprendre que les Sénégalais ne sont pas encore prêts à engager un troisième combat. Moi, j’ai espoir que si les Sénégalais se mobilisent pour lutter contre cette autocratie, ce sera définitif parce qu’ils ne vont plus exiger le remplacement du personnel politique, mais ils vont exiger une réforme fondamentale du système.
Et comment se présente le Parti socialiste des valeurs ?
Nous nous portons assez bien. Cela veut dire que nous restons dans le landerneau politique avec nos problèmes parce que les luttes que nous menons pour la libération de Khalifa Sall nous prennent tout notre temps. Ce qui fait que nous ne sommes pas structurés, nous n’avons pas le temps de nous massifier et encore moins de penser aux échéances électorales. L’arrestation de Khalifa a surpris tout le monde. On pensait que le Président Macky Sall n’irait pas jusque-là. Ensuite, le fait de lui confisquer ses mandats pour en faire un simple citoyen nous met très mal à l’aise. Il (Macky Sall) a débauché certaines grandes figures du Parti socialiste des valeurs, les Banda Diop, Moussa Sy et autres. Si nous disons que cela ne nous fait pas mal, nous ne disons pas la vérité. Cela nous a atteints. Aujourd’hui, nous savons que tous ceux qui sont restés sont des fidèles et avec quelques-uns ayant la volonté et la détermination de continuer jusqu’au bout, je pense que nous arriverons à quelques chose.
Pendant ce temps, Ousmane Tanor Dieng a appelé à des retrouvailles avec les exclus…
Replacez l’appel dans son contexte. C’était un peu avant la mise en place du gouvernement. C’était une façon d’effaroucher le Président, de lui dire que nous avons une alternative. Par rapport à cette réunification du parti, nous sommes des So­cialistes et nous le resterons toujours. Personne ne peut nous exclure du parti. Et, nous reviendrons parce Tanor Dieng a déjà fait son temps. Nous ne fermons pas la porte. Comme je vous ai dit, nous nous préparons à récupérer le parti. Khalifa Sall a eu deux adversaires : Ousmane Tanor Dieng et Macky Sall. J’avais dit que la meilleure des positions, c’est de renoncer à la candidature à l’élection présidentielle et de se battre pour le contrôle du parti d’abord, même s’il faut faire du Président Macky Sall un allié. Sur cette question, je n’ai pas été écouté. Je leur avais demandé de privilégier d’abord le combat pour la récupération de la direction du parti. Si nous avions l’appareil du Parti socialiste entre les mains, je vous assure que le Président Sall n’aurait pas eu le courage d’arrêter Khalifa Sall.

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