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Commissaire générale de la Saison Africa2020, N’Goné Fall s’est confiée au Point Afrique sur le contenu et le sens de cette manifestation.

En quoi est-il pertinent d’organiser Africa2020 maintenant ?
L’Afrique est le continent qui a la population la plus jeune. A mes yeux, c’est dans cette jeunesse qu’il y a les leaders de demain. A travers leurs innovations, réfléchies, pensées, produites, ils peuvent être force de proposition et nous embarquer dans un XXIe siècle très différent du XXe siècle que nous avons connu.
Qu’est-ce que cela peut changer pour l’Afrique ?
D’abord, la façon dont cette jeunesse voit le continent et ses propres sociétés. Ensuite, le regard porté sur le passé et les générations qui l’ont précédée, sur le présent et sur l’avenir. Enfin, la confiance qui lui est donnée par l’écoute de ce qu’elle a à dire, ses propositions, ses rêves et ses défis. Pour moi, ce qui fait sens dans cette saison, c’est d’être une opportunité de donner la parole aux jeunes.
Quelle démarche comp­tez-vous adopter pour permettre une meilleure compréhension des univers africains et par les Africains et par les acteurs exté­rieurs ?
Cela est résumé dans le sous-titre : «Une invitation à comprendre et à regarder le monde d’un point de vue africain.» Il s’agit donc de donner la parole aux Africains. Cela signifie que la programmation est co-construite avec des professionnels du continent, soit des commissaires d’exposition, des responsables de centres d’art, de festivals, des professionnels de centres de recherches, dans tous les domaines et dans tous les secteurs professionnels. Ce dont il s’agit, c’est le regard de l’Afrique d’abord sur elle-même et comment ce regard est en résonance avec le reste du monde.
Il y a un domaine qui est extrêmement important qui est celui de la fiction. A travers lequel il y a aussi celui de l’audiovisuel et de l’éducation. Comment comptez-vous donner un impact fort à ces secteurs-là dans Africa2020 ?
Par les films d’animation et les bandes dessinées, qui sont deux secteurs où se fabriquent les nouveaux imaginaires africains. On assiste à une explosion de studios d’animation sur tout le continent. Par exemple en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Ghana, au Kenya, en Tunisie ou encore en Afrique du Sud. Ce qui se passe, c’est que les jeunes sont en train de se réapproprier leur histoire et de transcender leur futur en créant l’Afro-futurisme et cela a commencé bien avant le film Black Panther. Les jeunes sont tout simplement en train de nous raconter des histoires d’un point de vue africain.
Pour ce qui est de l’éducation, c’est vraiment très important pour moi. J’en ai une vision transversale. Une réflexion est engagée autour d’un partenariat stratégique en France avec le ministère de l’Éducation nationale et de la jeunesse. Il y en a un premier avec le département de l’Histoire générale de l’Afrique de l’Unesco pour justement mettre à disposition de ce ministère français les mêmes outils pédagogiques que ceux mis en place par l’Union africaine pour enseigner l’histoire de l’Afrique sur des contenus validés par des experts africains. Parallèlement, sur le plan artistique, des contenus pédagogiques sont mis en œuvre en partenariat avec des experts africains pour que les jeunes Français aient une vision plus réaliste de l’Afrique, plus proche de celle des Africains sur le continent.
Au-delà de la co-construction avec la France et les pays africains, il y a celle entre pays africains. Comment opérez-vous votre approche par aires culturelles ?
Tout projet doit être panafricain, pluridisciplinaire et axé sur la création contemporaine. Pour chaque projet, nous envisageons qu’il y ait aussi un professionnel africain qui développe ses propositions en collaboration avec un homologue français. Ensemble, ils vont réfléchir à un projet et les artistes africains sélectionnés le seront par le professionnel venu du continent.

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