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La communication du pouvoir tangue et Pape Mahawa Diouf tente de redresser le bateau. Le coordonnateur de la cellule de communication de Benno bokk yaakaar défend El Hadji Hamidou Kassé, un «militant engagé qui a des liens de camaraderie franche avec Aliou Sall». Dans cet entretien, le responsable apériste de Yoff analyse les autres actualités.

Dans une interview sur Tv5, mercredi, El Hadji Hamidou Kassé a déclaré que les 250 000 dollars évoqués par la Bbc ont été versés à Agitrans, la société de Aliou Sall. Quel commentaire faites-vous de ces propos ?
Mon point de vue ne varie pas. Quiconque a des informations pouvant faire jaillir la vérité doit saisir la justice. Je veux parler de la Dic commme indiqué par le procureur. Toute autre polémique autour de cette question n’aide pas à faire jaillir la vérité. Je reconnais la bonne foi du militant El Hadji Hamidou Kassé. Il peut s’être trompé de bonne foi. El Hadji Kassé est un militant engagé qui a des liens de camaraderie franche avec Aliou Sall. Pour le reste, ce débat n’a pas lieu d’être posé sur la place publique.
Donc, vous invitez El Hadji Kassé à saisir la justice ?
J’ai dit quiconque a des éléments n’a qu’à aller à la Dic.
Est-ce que vous comprenez la réaction de Yaxam Mbaye qui accuse El Hadji Kassé de «trahison» ?
Je ne peux pas demander qu’on arrête cette polémique et l’alimenter en même temps.
Yaxam Mbaye n’a pas parlé du dossier mais de la manière dont El Hadji Kassé a réagi…
El Hadji Kassé est un homme loyal et convaincu dans son engagement politique. C’est ma pensée. Pour le reste, c’est notre cuisine interne. On va régler ça entre nous.
On n’a l’impression que vous vous démarquez des propos de Yaxam Mbaye ?
Je vous ai dit que El Hadji Kassé est un homme loyal. Je ne suis pas d’accord qu’on lynche un camarade quand il est en difficulté.
Il a dit que le président de la République n’est pas au courant la sortie de El Hadji Kassé. Est-ce que vous le confirmez ?
Je ne ferai aucune déclaration qui va alimenter la polémique. Ce qui intéresse les Sénégalais, c’est qu’il y a des responsables de l’opposition qui ont formulé des accusations extrêmement graves sur un citoyen et que la justice est chargée de dire où se trouve la vérité.
El Hadji Kassé n’enfonce-t-il pas Aliou Sall ?
Pour enfoncer quelqu’un, il faut des preuves devant la justice. Pour l’instant, je ne vois pas de preuves ou des éléments probants qui peuvent enfoncer Aliou Sall.
Quelle lecture faites-vous du rapport de l’Union européenne qui recommande l’abandon «dans les plus brefs délais» du parrainage pour les prochaines Locales ?
Je pense qu’il faut constater le travail de l’Union européenne et puis s’en arrêter là. Il appartient aux Sénégalais de prendre les recommandations de l’Ue qu’ils jugent opportunes, comme ils peuvent le faire pour d’autres structures. L’Union africaine a aussi fait un rapport. Il reste que sans le parrainage, l’élection présidentielle de 2019 aurait été très difficile à organiser. Tout le monde est d’accord qu’il y a besoin de réformer. D’ailleurs, c’est l’objectif du dialogue politique. C’est bien que les candidats qui demandent le suffrage des Sénégalais puissent avoir leur caution à travers le parrainage.
Comprenez-vous la réponse du ministre de l’Intérieur à l’Union européenne selon laquelle le Sénégal «n’a pas de leçon de démocratie à recevoir de qui que ce soit» ?
C’est une évidence que le Sénégal n’a pas de leçon à recevoir d’aucune Nation et aussi de l’Union européenne.
Pourtant le gouvernement se glorifie souvent des notes positives décernées par le Fmi et le Banque mondiale…
Le Fmi et la Banque mondiale sont des institutions de Breton Woods, des institutions supranationales. Mais l’Ue est une communauté de nations européennes. Elle a fait des propositions qui n’engagent qu’elle-même.
L’Union européenne justifie cette recommandation par les difficultés d’organiser les Locales avec ce parrainage. Est-ce que cet argument vous convainc ?
Ce sera aux Sénégalais de construire leur modèle de démocratie. Jusqu’à présent, le Sénégal a montré ses capacités exceptionnelles à organiser des élections libres et démocratiques. Notre pays constitue, sur ce plan, un modèle.
Même Sonko regrette la position «ambiguë» de l’Ue qui devait, selon lui, se prononcer avant l’élection présidentielle ?
Je ne mange pas sur la même table que ceux qui s’arrogent le monopole de la vérité. Ousmane Sonko fait partie de cette catégorie. Des élections parfaites n’existent nulle part. Aux Etats-Unis, lors des élections de 2000, il leur a fallu 48h pour donner les résultats. Cela veut dire qu’il ne peut pas manquer de couacs pour une élection présidentielle. Mais il sera difficile pour Ousmane Sonko de justifier sa défaite cuisante par le simple fait d’une mauvaise organisation des élections. Avoir l’humilité de reconnaître sa défaite le ferait grandir.
L’opposition présente au dialogue politique exige que les conclusions soient remises directement au président de la République et non par l’intermédiaire du ministère de l’Intérieur. Que pensez-vous de cette requête ?
Je salue le fait que les gens se parlent. Demander que les conclusions ne passent pas par le ministre de l’Intérieur n’a pas trop de sens. Le ministre de l’Intérieur est le représentant de l’Exécutif. Lui remettre les conclusions ou le remettre au Président, il n’y a aucune différence. Mais il faut continuer à discuter et nous sommes convaincus que les acteurs trouveront un consensus.
La manifestation de la Plateforme Aar li nu bokk a été réprimée vendredi dernier. Ils remettent ça ce vendredi. On n’a l’impression que le pouvoir craint la naissance de mouvements de contestation comme c’est le cas en Algérie et au Soudan ?
Vous comparez le Sénégal à des pays où il y a le règne de la dictature depuis près de 30 ans. Le Sénégal est une grande démocratie et qui a une culture électorale de plus d’un siècle. Il ne faut pas sous-estimer les citoyens Sénégalais. Ce qui manque à nos acteurs politiques, c’est plus de considération à l’égard des citoyens. Le 19 avril 2018 (lors du vote du parrainage à l’Assemblée nationale, Ndlr), l’opposition a appelé à l’insurrection. Les Sénégalais n’ont pas suivi leur mot d’ordre. Sonko a même dit que les Sénégalais ne comptent plus sur lui pour se battre. Ces gens ne se remettent pas en question parce que leur discours ne passe pas. Le pétrole et le gaz cohabitent difficilement avec la stabilité politique. Le vrai défi est comment consolider notre unité nationale, les efforts économiques, les efforts d’investissement qui ont été mobilisés durant le premier mandat. L’objectif est, d’ici 2024, que la machine soit définitivement lancée. Au lieu de cela, nous avons des accusations et des insinuations sans preuve. Le reportage de la Bbc est tendancieux et ne dit rien de nouveau. C’est irresponsable de la part des opposants qui jouent avec l’équilibre d’un pays pour uniquement assouvir des desseins personnels.
Mais la Bbc a publié des mails et dit maintenir toutes les accusations faites dans le documentaire…
Beaucoup de journaux sénégalais ont dit la même chose. Ce n’est pas parce que c’est Bbc que c’est vrai.
Et Aliou Sall qui renonce à saisir la justice ne leur donne-t-il pas raison ?
C’est trop facile de porter des accusations fallacieuses sur une personne politiquement exposée pour finalement dire qu’il n’a qu’à aller porter plainte.
El Hadji Kassé avait dit que le rapport de l’Ige n’existe pas…
Il a dit que ce rapport n’a pas d’existence administrative. Cela veut dire que cela n’a jamais été remis au président de la République. Je peux me mettre dans ma chambre, faire un rapport et mettre le tampon de l’Ige pour le signer ; je le scanne et je le publie. Le rapport existe mais n’a jamais été remis au président de la République.
Mais le Président Sall n’a pas cherché à recevoir ce rapport…
C’est un peu plus complexe que cela.
Cela ne parait-il pas étonnant qu’il délivre une lettre de mission à l’Ige et que, pendant 7 ans, il dit n’avoir pas reçu de rapport…
Je pense que ce sont des documents qui sont entre les mains de la justice. Il y a une information judiciaire qui a été ouverte, les gens qui ont des preuves n’ont qu’à aller là-bas. Mais si le président de la République dit qu’il n’a pas reçu le rapport de l’Ige, on doit le croire. Le rapport de l’Ige est un instrument d’aide à la décision. C’est un rapport sur la qualité de gestion mais ce n’est pas un outil de renseignement stratégique. Cela veut dire qu’un président de la République ne décide pas uniquement sur la base d’un rapport de l’Ige. Il reçoit d’autres rapports et a plusieurs sources d’informations. Sa décision n’est inspirée que par le souci de l’intérêt général. Un rapport de l’Ige n’est pas un décret divin.
Khalifa Sall est en prison à cause d’un rapport de l’Ige. Est-ce que le président de la République n’a pas un usage sélectif des rapports de l’Ige ?
A condition que ces rapports existent administrativement. La justice va éclairer tout ça.
Barthélemy Dias estime que recourir à la justice sénégalaise ne sert qu’à «étouffer» cette affaire…
Il va falloir que Barthélemy Dias nous explique pourquoi il manque autant de respect aux Sénégalais. Ce monsieur est d’une indélicatesse et d’une discourtoisie à l’endroit de nos compatriotes, inacceptables. Au nom de quoi il ne peut parler aux Sénégalais qu’en criant, en proférant des injures ou des menaces ? Il faudra d’une façon ou d’une autre qu’on arrête Barthélemy Dias.

bgdiop@lequotidien.sn

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