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Santy Agne est convaincu que la requête de l’opposition devant le Conseil constitutionnel pour l’annulation de la loi sur le parrainage sera tout simplement rejetée. Dans cet entretien, le député-maire Afp de Sicap Liberté parle aussi de l’élection présidentielle de 2019.

L’opposition a attaqué la loi sur le parrainage devant le Conseil constitutionnel pour annulation. Quel commentaire en faites-vous ?
J’aimerais d’abord préciser qu’il y a bel et bien eu débat autour de cette loi sur la parité. Ceux qui ont suivi le processus en direct ont constaté que ce sont les mêmes qui ont parlé, c’est-à-dire l’opposition qui a parlé en utilisant un artifice, une motion préjudicielle qui leur a permis de parler 17 fois avec des personnes différentes. Et lors de ces prises de parole, l’opposition a déroulé tout l’argumentaire qu’on entend depuis lors. L’argumentaire, c’est quoi ? C’est la loi est anticonstitutionnelle. Ils l’ont développé. Ils ont dit également que le parrainage vise à exclure des candidats, que le contrôle des signatures est impossible, que ce parrainage a été adopté sans consensus. Donc, ils ont développé à volonté leur argumentaire. Par contre, l’artifice dont ils ont usé ne nous permettait pas à nous députés de la majorité d’intervenir. Et tous ceux qui ont suivi le débat ont vu que lorsque les opposants parlaient, seul le président de la Commission des lois était habilité avec son rapporteur à leur répondre. Systé­matiquement, sur le même sujet on allait au vote et, systématiquement aussi, on rejetait leur demande. Donc, si véritablement ils avaient voulu du débat une fois que leur motion a été rejetée, on pouvait l’engager. A la fin de l’utilisation abusive du Règle­ment intérieur, il fallait passer au débat. Il y a eu plus de 100 intervenants. Un ténor de l’opposition lui-même a proposé que le débat soit organisé, c’est-à-dire que chaque groupe puisse choisir un certain nombre de représentants pour aller au fond du débat. Ce qu’ils n’ont pas voulu. C’était cousu de fil blanc. Ils voulaient nous amener à dépasser 24 heures, heure à laquelle on est obligé de fermer l’Assemblée. Nous avons usé, nous aussi, membres de la majorité, de ce que nous offrait le Règlement intérieur, c’est-à-dire la possibilité, face à toutes ces manœuvres, de voter à un moment où ils avaient fini d’exposer toute leur argumentation. C’est ce que nous avons fait.

Et si le Conseil constitutionnel annule la loi, est-ce que ce ne serait pas un échec pour Macky Sall et ses alliés ?
C’est impossible parce que cette loi-là a été votée dans les règles requises pour ce type de loi. Il n’y a aucun risque. Mais cela dit, si par extraordinaire le Conseil constitutionnel rejetait – nous sommes en démocratie et nous sommes des démocrates, des républicains -, il n’y aurait aucune honte à cela.

Pour l’opposition, cette loi est un moyen d’éliminer des adversaires politiques comme Khalifa Sall et Karim Wade…

Je ne pense pas que Macky Sall ait besoin de ce type d’artifice pour asseoir sa légitimité. Qu’est-ce qui s’est passé ? Premièrement, le parrainage existe bel et bien. Il existe aujourd’hui au Sénégal, mais il est discriminatoire en ce sens que seuls les candidats indépendants sont assujettis au parrainage. Or les citoyens sont égaux devant la loi. Donc, il y a un rétablissement de l’égalité des citoyens devant la loi. Deuxièmement, tout candidat sérieux à la Présidentielle ne devrait pas avoir de problème pour recueillir 65 mille voix. Vous avez cité Khalifa Sall et Karim Wade. D’après ce qu’on m’a dit, Karim Wade est libre de ses mouvements. Rien ne l’empêche de venir solliciter des signatures. Quant à Khalifa Sall, il est illusoire de dire que c’est la majorité qui l’a mis là où il est. Il y a eu un procès et la justice sénégalaise a fait son travail. La justice est libre, indépendante et a rendu un verdict dans un procès qui a été suivi partout au Sénégal et dans le monde. Donc, je ne pense pas que Macky Sall ait besoin d’artifice pour éliminer qui que ce soit.

Est-ce qu’il n’y a pas deux poids deux mesures en ce sens que des proches du pouvoir, épinglés par des rapports, n’ont jusque-là pas été traduits devant la justice ?
J’ai entendu le chargé de la communication de la présidence de la République dire que tous les dossiers qui avaient été transmis à Macky Sall sont entre les mains du procureur. Et j’ai toujours entendu le garde des Sceaux dire que le temps de la justice n’est pas celui du politique. Donc, laissons les choses et regardons l’avenir ! Ce qui est sûr et certain, c’est que la reddition des comptes est irréversible maintenant.

Moustapha Cissé Lô a démissionné des instances de l’Apr pour des problèmes au sein du parti. Est-ce que cela n’est pas un mauvais signal pour Benno bokk yaakaar pour 2019 ?
Les Cassandre ont annoncé la disparition de Benno bokk yaakaar dès sa naissance. Elles disaient que la coalition des coalitions ne peut pas perdurer. Et aujourd’hui, à leur grand dam, elle est encore au pouvoir. Ensemble, les alliés gouvernent, se concertent pour le bien du Sénégal. Maintenant, dans chaque parti, il y a des soubresauts, des aspirations individuelles, des états d’âme individuels, mais cela ne fait pas le parti. Je ne suis pas de l’Apr, mais je peux vous dire que tel a été le cas dans tous les grands partis. Dans ces derniers, il y a quelquefois des frustrations ou des querelles de leadership, mais cela n’entache en rien la capacité de ce parti-là de se mobiliser le moment venu pour porter son candidat à la victoire.

Quel apport donnerait l’Afp, votre parti, à Benno à la Présidentielle ?
L’Afp est incontournable sur l’échiquier politique sénégalais. Sans bruit, notre parti fait son travail. L’Afp est constituée de militantes et de militants disciplinés qui adhèrent à la position définie le 10 mars 2014 et qui s’y tiennent sans tambour ni trompette. Et c’est cette expérience-là que l’Afp apporte dans la mouvance présidentielle, sans compter évidemment toute l’expérience emmagasinée par notre leader Moustapha Niasse qui dirige avec doigté et rigueur les travaux parlementaires. Je pense que cela est à mettre à l’actif de l’Afp.

N’est-ce pas un paradoxe de voir un parti «incontournable», comme vous le dites, ne pas avoir un candidat à une élection présidentielle ?
Nous avons un candidat. L’Afp a bel et bien un candidat : Macky Sall. Ce parti a identifié un candidat qu’il reconnaît comme un bon dont il accepte les orientations et reconnaît les réalisations. Il n’y a rien qui oblige un parti politique à un instant T à avoir un candidat à la Présidentielle. Mais il est évident, et l’Afp est constante dans ses déclarations, qu’en 2019, nous n’aurons pas de candidat contre Macky Sall. En 2024, quel que soit le candidat ou les candidats, l’Afp aura son candidat. C’est clair, net et précis.

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