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Un Sénégalais est tué par-ci, un autre en prison par-là, … la vie de Sory Kaba n’est pas un long fleuve tranquille. Dans la fraîcheur de son bureau niché au centre-ville de Dakar, le directeur des Sénégalais de l’extérieur dresse des perspectives radieuses aux migrants. Cependant, l’homme est un responsable de l’Apr à Fatick et n’hésite pas à s’attaquer à la gestion du maire Matar Ba.

Quel est le bilan de la direction des Sénégalais de l’extérieur ?
En moyenne, depuis 2012, on est entre 1 100 et 1 200 Séné­galais rapatriés. Mais depuis le début de l’année, on a dépassé le cap des 2 000. Cela montre la disponibilité de l’Etat à apporter de l’assistance aux Sénégalais qui sont établis à l’étranger. Le président de la République a créé 8 départements et 15 députés de la diaspora y sont élus. Nous avons fait des requêtes de financement pour accompagner ces différents députés dans les différents départements. Ils savent les efforts de l’Etat en faveur des Sénégalais de la diaspora. Cette année, cela nous a permis de matérialiser un travail qui nous a valu presque 3 ans de conception. C’est le projet gouvernance migratoire au Sénégal. Nous quittons la logique de la gestion vers une approche de gouvernance. Ce projet de plus de 4 milliards de francs Cfa et étalé sur 4 ans, va nous permettre de gouverner cette question. On l’a divisé en 5 segments. Le premier, ce sont les Sénégalais qui vivent à l’étranger en situation régulière, qui sont beaucoup plus nombreux. Le deuxième, ce sont ceux qui sont en situation irrégulière. Le troisièmement, ce sont les femmes en migration. Le quatrième, ce sont les personnes du 3ème âge. Enfin, nous allons nous attaquer aux enfants nés en migration. Dans ces 5 segments, les problèmes sont différents et nous allons y apporter les solutions appropriées et de manière durable. Pour cela, nous avons mobilisé les acteurs du territoire, à savoir le maire, le président du Conseil départemental, l’Ong, le gouverneur, le préfet, le chef de services régionaux, le cultivateur et l’ensemble des acteurs qui seront capacités.
Combien de Sénégalais sont en situation irrégulière à l’étranger ?
On ne peut pas le savoir. Je peux vous dire que l’ensemble des Sénégalais établis à l’étranger sont entre 2 millions 500 mille et 3 millions. Au moment où je parle, certainement il y a quelqu’un qui sort du pays en passant par la Gambie sans m’avertir.
Existe-t-il dans vos programmes un suivi psychologique pour les Sénégalais qui ont vécu l’esclavage en Lybie l’année dernière ?
C’est une question très importante. Pour répondre à ce problème, nous avons ouvert un centre à Tambacounda. Il n’est pas encore inauguré, mais il a ouvert ses portes. Son objectif est d’accorder un traitement psycho-sanitaire à tous ces Sénégalais rapatriés par la route. Ils seront dans ce centre pendant 48 heures et, une fois chez eux, il y aura un suivi. D’ailleurs, je dois me rendre à Toubacouta parce que les formateurs en charge du suivi sont en formation depuis 21 jours. Je vais leur délivrer leurs attestations. Ça, c’est nouveau dans le contexte architectural institutionnel du Sénégal.
Pourtant, des Ong comme Horizon sans frontières vous reprochent de n’avoir pas de politique migratoire…
Heureusement que vous avez cité une Ong parce que j’allais vous demander de quelle Ong il s’agit. Je ne serai pas dans la polémique, mais je dois juste dire que nous avons engagé des concertations nationales sur la migration. Tous les acteurs, y compris Horizon sans frontières, ont été invités à cette réflexion et cette forme de contribution. C’est une démarche inclusive où tout le monde peut remettre en cause la démarche pour que, nous tous, nous nous attaquions aux différents problèmes de la migration. L’Ong Horizon sans frontières est venue assister à une ou deux réunions pour ne plus revenir. Mais toutes les autres Ong et la Société civile sont avec nous dans ce travail. Le ministère de l’Enseignement supérieur, celui de la Formation professionnelle et celui de l’Emploi participent à ces concertations.
Comment se porte l’Apr à Fatick ?
L’Apr se porte bien. Il y a un mois, Fatick était classée 6ème en termes d’atteinte des objectifs de collecte de parrainages par rapport aux autres collectivités territoriales de la commune. Maintenant, la commune de Fatick est première. On en est à plus de 12 mille signatures sur un objectif de 10 mille 200 parrains. Au moment où je vous parle, beaucoup de responsables n’ont pas encore déposé leurs fiches de collecte. Cela veut dire qu’on va dépasser les 15 mille signatures pour le président de la République.
Vous déclariez que l’Apr n’est pas encore une machine électorale. Est-ce le cas actuellement ?
Ces propos, je les ai tenus il y a deux ou trois ans. Dans la commune de Fatick, on était entre 60 et 65 comités qui ont été installés. C’est passé à plus de 100. Normalement, d’après les statuts du parti, il devait y avoir une union des comités dans la commune et ensuite on se retrouve au niveau départemental et au niveau régional. Ces étapes n’ont pas été faites. Par conséquent, c’était ma réponse à ceux qui disaient que le Président devait s’affranchir de la coalition Benno bokk yaakaar. A ceux qui disaient que les alliés avaient pris tous les postes au détriment de l’Apr, je répondais que le parti n’était pas une véritable machine électorale.
Et c’est le cas jusqu’à aujourd’hui parce que le candidat Macky Sall va s’appuyer sur Benno bokk yaakaar pour obtenir une réélection…
Je peux vous le concéder. Mais l’Apr s’est renforcée en termes d’adhésions massives.
Et en transhumants…
On peut l’appeler transhumants si vous le souhaitez. Je vous laisse la responsabilité de tels propos. Mais lorsque le Président appelle les dignes fils du Sénégal, il s’adresse à l’ensemble des forces vives de la Nation pour la construction du pays.
Si tout le monde répondait à l’appel du Président, il n’y aurait pas d’opposition…
Elle n’existe pas. C’est dommage. Le problème au Sénégal, c’est que l’opposition est purement personnalisée. J’aurais souhaité avoir une opposition qui nous attaque dans le fond en démantelant les différents axes du Plan Sénégal émergent et le bilan du président de la République.
Pourtant, il y a des opposants qui parlent de programmes ?
Par exemple.
Ousmane Sonko…
Je n’ai pas voulu le nommer. J’ai eu la chance d’être dans un parti politique qui s’appelle le Parti socialiste. J’étais élève, étudiant et membre des Jeunesses socialistes. J’ai vécu avec de grands hommes qui ont participé à la construction de ce pays. Parmi eux, il y a feu Djibo Kâ que j’ai suivi lorsqu’il a quitté le Ps. J’ai arrêté mes activités lorsqu’il a rejoint Abdoulaye Wade. On ne peut pas côtoyer ces grands hommes et entendre quelqu’un qui n’a même pas encore un arbre qui a donné des fruits au Sénégal. Sonko n’a aucune expérience gouvernementale pour définir des solutions pour le Sénégal. Ses solutions viennent d’où ? D’une expérience vécue, d’une juste projection de ce que peut être le Sénégal dans ses vœux et rêves. Je ne pense pas que le Sénégal va avancer comme ça. Le Président Macky Sall, calepin en poche, crayon à la main, a fait plus de 12 mille villages. Il est dans la case du paysan, il prend note et sur la base de celles-ci et a créé le Yoonou yokkuté, le chemin du véritable changement. Vous voulez comparer cette démarche à celle de Sonko qui sort de je ne sais où ? L’opposition est nihiliste et remet en cause tout ce qui bouge.
Avez-vous réglé vos divergences avec le maire de Fatick, Matar Ba ?
Entre Matar Ba et moi, nous n’avons aucune divergence. Je n’ai pas voulu personnaliser le débat. Le ministre Matar Ba est un ami et on a fait le lycée ensemble. On se parle au téléphone. Par contre, les actes qui sont posés et qui méritent un avis doivent être donnés dans la plus grande démocratie. Je ne peux pas reprocher à l’opposition de faire dans la personnalisation et faire les mêmes choses. Malheureusement, toutes les réactions que mon propos a suscitées étaient personnalisées et je n’ai pas envie d’en parler. Je continue à croire que la ville du président de la République doit être un exemple, et la plus propre. Le meilleur élève du Sénégal doit sortir de Fatick. Qu’on ne soit pas dans le débat de bas niveau et dans la petite politique ! Depuis que je me suis attaqué à l’insalubrité dans la ville de Fatick, elle commence à être propre. Il a fallu que quelqu’un le dise pour que Fatick soit propre.
Quel commentaire faites-vous de l’avis du comité des droits de l’Homme de l’Onu, demandant une révision de la déclaration de condamnation de Karim Wade par la Crei ?
Vous avez bien fait de parler de comité des droits de l’Homme de l’Onu. Ce n’est ni l’Assemblée générale ni le Conseil de sécurité de l’Onu. C’est un comité d’experts comme l’a si bien répondu dans un communiqué le garde des Sceaux en reprécisant le fond et la forme de la question qui nous lie tous. C’est un avis d’experts et le Sénégal en a pris acte. Il n’y a aucunement une remise en cause de notre système judiciaire. D’ailleurs, aucune instance ne peut remettre en cause une décision de justice d’un pays souverain.
Quelle appréciation faites-vous de la nomination de Abdoulaye Diouf Sarr à la tête de la Convergence des cadres républicains ?
Je voudrais féliciter le président de la République pour ce choix. Depuis le départ de son coordonnateur (Ndlr : Thierno Alassane Sall), la Ccr était plus ou moins dans une mauvaise passe. Et il a désigné le ministre Diouf Sarr pour la coordonne. C’est un homme que j’ai connu avant 2012, très pondéré et ayant le sens de la responsabilité. Il comprend avec intelligence les enjeux et les défis du mo­ment. Son appel pour un engagement et une mobilisation autour du président de la République a été bien entendu. Je souhaite qu’on l’accompagne à accompagner le président de la Répu­blique. Diouf Sarr mérite la confiance des cadres de notre parti parce qu’il a prouvé qu’autour de lui, tout le monde peut se retrouver.

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