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La lutte contre le Vih-Sida est une priorité à Kolda. La région a un taux de prévalence de 2,4%. Un taux largement au-dessus de la moyenne nationale. Une spécificité liée à la position de la région. Kolda est une zone frontalière, qui abrite l’un des plus grands marchés hebdomadaires de la sous-région, Diaobé. Mais les autorités médicales de la région ont mis en place des stratégies pour réduire la prévalence et rompre la transmission. Dr Yaya Baldé, médecin-chef de la région médicale de Kolda, revient dans cet entretien sur les stratégies de réponses mises en place dans le Fouladou.

Quelle est la situation du Vih-Sida dans la région de Kolda ?
La lutte contre le Vih-Sida est une priorité. Aujourd’hui en termes de chiffres, il faut savoir que la file active des personnes réellement suivies dans la région est estimée à 1807 personnes séropositives. Dans ce groupe, nous avons 1727 qui sont sous traitement antirétroviraux et cela sur l’ensemble des trois districts qui sont ceux de Kolda, de Vélingara et de Médina Yoro Foula. Kolda s’est inscrite dans cette nouvelle politique qui est Tatarsen (sigle anglophone) qu’on appelle la politique des trois 90. C’est-à-dire dépister les 90% des personnes positives, mettre sous traitement 90% des dépistées et maintenir dans la file active 90% des personnes sous traitement.
La région a des acteurs fortement engagés dans la lutte, aussi bien le personnel de soins, la communauté, l’Etat central mais également les partenaires qui accompagnent les différentes stratégies de lutte. Il faut également souligner l’accompagnement fort des autorités administratives qui sont les véritables porte-drapeaux de cette lutte et qui assurent la coordination à tous les niveaux de l’échelon régional. Globalement la région de Kolda est dans une dynamique extrêmement intéressante, malgré un contexte assez particulier.
Kolda est une région transfrontalière à trois pays : les deux Guinées et la Gambie. Kolda abrite l’un des plus grands marchés hebdomadaires de la sous-région. Le marché de Diaobé, qui est une zone de transit de populations où les situations à risques sont présentes. Ce sont des aspects qu’il faut gérer pour pouvoir contrôler. Mais à tous les niveaux, des dispositions sont prises et le travail est en train de se faire, même s’il faut encore appuyer.

Au niveau national, la prévalence est en baisse. Quelle est la tendance à Kolda ?
La tendance est stable. Dans la file active de Kolda, il y a les malades à Kolda et des malades dans Kolda. En réalité, toutes ces personnes qui sont suivies à Kolda ne sont pas forcément de la région. Mais avec cette maladie, on ne stigmatise pas. On ne répartit pas les gens par origine. On considère qu’ils ont été dépistés à Kolda, suivis à Kolda. On estime que ce sont des malades de Kolda. Si on devait extraire la part de personnes originaires de Kolda, peut-être que les chiffres seraient moindres. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que la tendance est stable. La volonté, c’est d’inverser la tendance. On est dans cette dynamique, mais pour le moment les données sont stables. On va attendre les prochaines enquêtes pour voir quel a été l’impact des différentes stratégies. Mais avec l’implication des collectivités locales, nous avons espoir que si cela est maintenu, la tendance sera renversée.

Certains dans la région se plaignent du retrait des bailleurs ?
Le retrait des bailleurs, on le voit en projection. Aujourd’hui certes, leur intervention a régressé, mais on a des bailleurs qui sont là et qui s’intéressent à des cibles particulières que l’on appelle les populations-clés.
Dans la stratégie Tatarsen, on ne fait pas un dépistage tous azimuts. On cible les populations particulières pour espérer recruter le maximum et dans ce cadre, il y a des bailleurs qui accompagnent et vont au-delà du dépistage. Après avoir dépisté, la personne positive est accompagnée jusqu’à sa prise en charge effective au niveau des structures et même au-delà. Elle est accompagnée jusqu’à son inscription dans les mutuelles de santé pour pouvoir prendre en charge les soins, parce que cela constituait des difficultés.
Les Arv sont gratuits mais à côté, il y a les infections opportunistes. Des maladies qui n’obéissent pas à la règle de la gratuité. Et parfois, cela a été la cause d’abandons et de perdus de vue. C’est pourquoi les partenaires accompagnent les patients pour leur permettre de bénéficier des avantages des mutuelles de san­té. Il y en qui vont au-delà et couvrent le paquet non couvert par les mutuelles. Ce qu’on appelle le programme Cmv+. Il couvre les bilans médicaux. Certains partenaires viennent en appui pour que le malade bénéficie d’une gratuité complémentaire. Cette dynamique est en train d’être mise en place.
Aujourd’hui les collectivités locales, du fait de la sensibilisation, commencent à s’impliquer dans la lutte. Les partenaires vont se retirer un jour et c’est nous qui devons continuer la lutte par des stratégies internes. Le ton est donné, puisque sur la soixantaine de collectivités locales, certaines ont commencé à prendre des initiatives et à organiser des activités de dépistage sur fonds propres. Nous pensons que si cela continue, nous pourront continuer la lutte si demain les bailleurs arrivaient à se retirer.

Le travail avance, mais on constate que la région ne dispose pas d’assez de ressources, puisqu’il n’y a qu’un seul médecin pour la prise en charge des homosexuels ?
Des efforts ont été faits, mais jusqu’à présent, les gaps persistent. Le problème des ressources humaines est un problème de système. La prise en charge du Vih est l’apanage du médecin, parfois c’est dans les centres de santé que ça se fait. Et on sait que parfois les patients viennent de villages éloignés.
En période hivernale, les zones sont enclavées, souvent le coût du transport fait défaut. La stratégie, qui est trouvée, est de renforcer les capacités des personnels de santé au niveau des postes. Au moins une trentaine de postes de santé a été formée et est en train de prendre en charge le traitement Arv. Nous sommes dans une dynamique de décentralisation progressive. Avant, la logique voulait qu’un infirmier ne devait pas toucher un malade du Sida, mais aujourd’hui les sages-femmes font les Eliminations de la transmission mère-enfant (Etme) et le traitement décentralisé permet aux malades de se traiter à proximité et de ne se rendre en ville que pour des bilans spéciaux.
Certains malades dénoncent la stigmatisation par le personnel de Santé…
Il faut savoir la limite entre la profession et la culture. Nous sommes tous parfois victimes de notre culture. Nous avons dans ce cadre tenu des formations sur les techniques de communication et les limites à ne pas franchir. Il en existe même des médecins qui n’ont pas ce comportement, mais on doit prendre du recul et aider ces personnes qui ont besoin de nous et qui font partie de la population du point de vue sanitaire. Le premier pas est d’amener les personnes à venir se faire dépister. Et pour cela, il faut être sûr qu’elles ne trouveront pas la stigmatisation. Les populations-clés se cachent du fait de ce regard de la société.

Est-ce que vous avez espoir que, d’ici 2030, vous allez éliminer cette maladie dans la région ?
L’espoir doit être le fruit de l’engagement des uns et des autres. C’est un travail de sensibilisation qui implique toute la communauté. Le secret, il faut le partager ; c’est de dépister tous les positifs. On sait que le traitement mène à la charge virale, les mesures de prévention font que la transmission se limite uniquement aux personnes dépistées et, si le fil est maintenu, les chiffres vont chuter. C’est pourquoi l’espoir est permis face à l’engagement des acteurs, même s’il faut le renforcer chaque fois.

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