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Depuis qu’il a brisé son long silence il y a quelques semaines, Youssouf Mbow multiplie les attaques contre Ousmane Tanor Dieng et la direction du Parti socialiste. Dans cet entretien téléphonique, ce membre du Bureau politique, proche de Khalifa Sall, accuse le secrétaire général du Ps d’avoir trahi le Ps de Senghor.

Comment comprenez-vous les différentes dates avancées par la direction du Ps pour exclure Khalifa Sall et ses proches ?
C’est une communication lamentable. Le Ps a une direction totalement dépassée et en déphasage total des intérêts des Sénégalais. Cette direction ne se soucie que des intérêts crypto-personnels de ceux qui sont à sa tête. Tanor et compagnie se servent du Ps, mais ne servent ni le Sénégal ni le parti. Une formation politique doit avoir comme sève nourricière l’ambition. Lorsqu’une formation politique perd ses ambitions, renonce à son idéal de combat, elle devient amorphe. Aujourd’hui, la direction du Ps est amorphe et ringarde. Raison pour laquelle on note sur le plan communicationnel ce tâtonnement et ce cafouillage. Tanor et compagnie empruntent à Senghor l’esprit d’organisation et de méthode, mais ne sont ni organisés ni méthodiques. C’est pourquoi vouloir nous exclure sur la base d’humeurs changeantes et variables à souhait, c’est triste. Le parti traverse une crise profonde liée à la gestion stalinienne de Ousmane Tanor Dieng. Voilà un homme qui ne dialogue pas, ne discute pas… C’est lui qui disait que «Wade décide tout seul et se trompe seul». Aujourd’hui, Tanor décide tout seul et se trompe tout seul. Lors du dernier Secrétariat exécutif national, ils ont ouvert une page sombre de l’histoire du Ps en décidant de fixer la date pour exclure ceux qu’ils appellent les «frondeurs» et qui sont fiers de l’être. Tanor et ses ouailles ont choisi l’argent en lieu et place de l’honneur, la facilité à la difficulté, de se ranger à la place d’être debout et de se battre. Nous leur laissons leur choix tout en continuant notre chemin. Bref, ils ont trahi le Parti socialiste de Sen­ghor.
Lors de la Journée du souvenir, Ousmane Tanor Dieng, faisant allusion aux dissidents du Ps, a soutenu que beaucoup de gens parlent de Senghor, mais ne l’ont jamais lu…
Je peux avoir la prétention de dire que j’ai lu la quasi-totalité des ouvrages de Senghor. Je le défie de dire quels sont les ouvrages de Senghor qu’il a lus. Le problème, ce n’est pas de connaître Senghor ou de lui serrer la main. Le problème, c’est de porter en bandoulière les valeurs pour lesquelles Senghor s’était battu pour les faire triompher. Il ne s’agit pas de faire du «Senghorisme» sans Senghor. Nous, nous sommes des «Senghoriens» dans la pensée, l’action politique, l’engagement et surtout la générosité par patriotisme. Tanor parle de Senghor tout en servant un Président qui fait tout sauf du «Senghorisme». Nous ne sommes pas contemporains à Senghor, mais nous avons lu tout ce qu’il a écrit. On comprend sa pensée. C’est pourquoi on ne peut pas fondre, comme Tanor l’a fait, dans l’Apr.

Vous avez décidé de ne pas quitter le Ps, mais on ne vous voit pas siéger aux instances…
On a toujours mené le combat à l’interne. Depuis un certain temps, la direction du Ps ne nous convoque même plus. Le Bureau politique du 30 décembre, je l’ai appris dans la presse. Cela veut dire que c’est Tanor qui, de manière unilatérale, a décidé de faire dans l’illégalité. C’est un homme qui a peur de la contestation, de la discussion et de l’ambition. Il se contente de ce petit machin de Haut conseil des collectivités territoriales. Nous avons d’autres ambitions. Pis, aujourd’hui il laisse ses hommes insulter l’honorable Pr Abdoulaye Elimane Kane. Ce qu’ils ne savent pas, durant les années de braise, c’est cet homme qui produisait des textes pour le parti. C’est un symbole du Ps. Aujourd’hui, c’est facile de l’insulter parce qu’il refuse le déshonneur, la facilité de Tanor et Cie. Chaque jour, ils vont continuer à insulter parce que des Socialistes vont se rebeller, car comprenant que la voie de Tanor n’est pas la bonne.

Vos ambitions ne risquent-elles pas de s’amenuiser avec Khalifa Sall en prison ?
Nelson Mandela était en prison. Cela fait n’a pas refroidi les ardeurs de l’Anc. Me Abdoulaye Wade a fait la prison et le Pds l’a porté au pouvoir en 2000. La prison n’est pas une fatalité ou une fin en soi. C’est un passage et cela n’émoussera pas notre engagement, parce que depuis la prison, Khalifa continue à nous impulser une dynamique que nous appelons fièrement le «Parti socialiste des valeurs». Qu’il soit condamné ou pas ne change absolument rien à la donne. Nous avons un Président élu pour satisfaire une demande sociale. Incapable de le faire, au contact avec Ousmane Tanor Dieng qui ne supporte pas l’adversité, il se débrouille pour mettre tous ses potentiels adversaires en prison. Macky Sall est un Président qui fait dans le renoncement et qui mène un combat illégal avec des armes non conventionnelles. Que Khalifa soit condamné ou pas, l’important pour nous c’est l’idéal pour lequel on se bat, c’est-à-dire de créer une 3ème alternance ! Ce ne sera pas n’importe quelle alternance, mais une alternance avec une véritable alternative, qui mettra un terme à ces dérives autoritaires que nous pensions ne plus revivre.

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