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Le président de l’Union des magistrats sénégalais (Ums), Souleymane Téliko, a plus que réconforté les partisans de Khalifa Ababacar Sall par rapport aux violations des droits de ce dernier. C’est la conviction du secrétaire général du mouvement Rasure, proche de l’ex-maire de Dakar. Joint par téléphone, Youssoupha Mbow invite les magistrats à éviter «à l’avenir d’être les valets de quelque pouvoir que cela puisse être».

Le juge Souleymane Téliko reconnaît qu’il y a eu violation des droits de Khalifa Sall. Vous a-t-il conforté dans votre position depuis le début de cette affaire ?
Le juge Souleymane Téliko a fait plus que nous conforter. C’est peut-être aujourd’hui qu’il le dit, mais nous, nous avons toujours dit dès le départ que Khalifa Ababacar Sall, en réalité, était un prisonnier politique. Nous n’avons jamais changé d’avis. La Cour de justice de la Cedeao nous a confortés depuis longtemps dans les violations flagrantes des droits de Khalifa Ababacar Sall que nous avions soulevées. Pour nous, l’affaire Khalifa Ababacar Sall était une cabale politique parce que même la commande, c’est-à-dire que le rapport de l’Ige, n’a jamais demandé de poursuites pénales. Il a plutôt fait des recommandations dont le pouvoir a fait fi. Ils ont transmis le dossier à la justice, le procureur de la Répu­blique, d’une manière expéditive, à travers cette conférence de presse tristement célèbre, a décidé de décerner un mandat de dépôt. Tout cela, ce sont des faits aujourd’hui qui nous ont toujours confortés dans notre position que Khalifa Ababacar Sall est victime d’une cabale politique. Maintenant, si le président de l’Union des magistrats sénégalais revient sur certains errements du procès en reconnaissant que certains de ses droits ont été violés, je dis que c’est tant mieux pour eux de le comprendre. Mais le problème, ce n’est pas seulement de le dire. Il faudra maintenant, à l’avenir, mettre cela en pratique, c’est-à-dire refuser d’être le valet de quelque pouvoir que cela puisse être. Je considère que l’affaire Khalifa Sall est passée, mais l’enseignement majeur qu’il faudra en tirer, c’est que ça ne doit plus jamais se reproduire. Cela montre juste que dans ce pays, la manière dont la justice fonctionne est à revoir. Et il ne s’agira pas de se battre contre monsieur X, ou monsieur Y. Non, il s’agira pour nous tous de veiller à ce que la justice fonctionne d’une manière équitable et indépendante. Je le dis d’ailleurs aux gens du pouvoir. Ils n’ont même pas intérêt à ce que cela se produise parce qu’il y a toujours un retour de bâton. On ne sait jamais. Abdoulaye Wade a instrumentalisé la justice et, lorsqu’il a quitté le pouvoir, qui en a été la première victime ? C’est son fils. Aujourd’hui, Macky Sall le sait. Demain, s’il quitte le pouvoir, ça pourrait être sa propre famille. Voilà pourquoi on ne doit pas jouer avec la justice. Et je ne suis pas pour l’impunité pour les hommes politiques. Je suis pour que les hommes politiques rendent compte, mais il faudra tous les mettre au même pied, ne pas faire ce qu’on peut appeler une «justice sélective» : les dossiers sur lesquels on met le coude et d’autres qu’on transmet et que le procureur de la République, d’une manière expéditive, traite et décerne des mandats de dépôt à tout-va.

Malgré sa condamnation par la justice, vous êtes encore convaincu que Khalifa Ababacar Sall n’a rien fait ?
C’est ma conviction. Elle est profonde et inébranlable. Khalifa Ababacar Sall est victime d’une cabale politique, victime de son honnêteté, mais surtout victime de ses ambitions politiques. Mais tant qu’il y a vie, il y a de l’espoir. Nous travaillons et croyons fortement que c’est à nous d’aller vers le Peuple, de parler avec lui, d’instaurer un dialogue qui nous permettra de regagner la confiance. Et on ne regardera pas trop dans le rétroviseur. Le poste de maire de Dakar, ce sont les Dakarois qui le lui avaient confié, ils peuvent le refaire. Le poste de député, ce sont les Sénégalais qui le lui avaient confié, ces mêmes Sénégalais peuvent le refaire et, mieux encore, les Sénégalais peuvent demain décider de lui confier la Magistrature suprême. A ce niveau, nous considérons que chaque jour, il y a des éléments qui viennent corroborer le fait que Khalifa Ababacar Sall n’a absolument rien fait. Moi, je considère que cet homme-là, la manière dont il a géré la mairie de Dakar, on pouvait probablement peut-être l’accuser d’autres choses. Mais ces fonds politiques-là, ce sont des fonds qui ont existé bien avant lui. Maintenant, qui veut noyer son chien l’accuse de rage. Donc, c’est ce qui s’est passé. On a instrumentalisé la justice, on a procédé à la condamnation. Je le dis, il y a d’autres choses qui vont se révéler au grand jour et qui vont laisser le Peuple stupéfait. Voilà, c’est ça la réalité. C’est pourquoi je dis fondamentalement qu’au-delà de Khalifa Sall, ce qui m’intéresse surtout en tant que jeune politique, ce sont les principes. A-t-on le droit de laisser un gouvernant, fut-il le président de la République, décider du sort juridique d’un citoyen ? Il n’en a pas le droit. Et pour ce cela, il faudrait non seulement qu’il y ait des mécanismes qui protègent les citoyens, mais également une mobilisation forte, et au-delà de cette mobilisation forte, que les magistrats eux-mêmes refusent d’être les valets de qui que ce soit.

Comment comprendre le long silence de votre leader Khalifa Sall ?
Vous savez, il y a un proverbe africain que j’affectionne : «L’arbre qui pousse ne fait pas de bruit, mais les arbustes qui tombent font énormément de bruit.» Dans ce contexte communicationnel que vous connaissez tous et dans ce méli-mélo où pratiquement tout est confus, je considère que la meilleure façon d’être audible, évidemment c’est d’avoir la posture que Khalifa Sall a présentement, c’est-à-dire garder le silence, pour ne dire demain que l’essentiel. Je ne dis pas que les faits aujourd’hui qui sont en train d’être débattus ne sont pas essentiels, c’est extrêmement important. Mais nous qui sommes avec lui, nous sommes là pour pouvoir commenter et parler en son nom.

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