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Aphone depuis sa suspension de huit mois pour usage de stupéfiants, il y a plus d’un an, et exclu de la sélection lors de l’Afrobasket 2015 en Tunisie pour une altercation avec le sélectionneur, Mouhamed Faye rompt le silence. Dans un entretien exclusif, l’ailier des Lions a accepté de revenir sur les moments les plus difficiles de sa carrière. En vacances à Dakar pour profiter de l’ambiance familiale, «Mouha» dit regretter les erreurs commises par le passé et espère le pardon du Peuple sénégalais. Avec le basket comme passion, l’international sénégalais a su rebondir en Grèce. Cette année, il se dit prêt pour l’Afrobasket 2017 avec comme seul objectif : la reconquête du titre continental… 20 ans après.

Cela fait longtemps qu’on ne vous a pas entendu. Comment s’est passée votre saison en club ?
Je suis content de ma saison. Ce n’était pas facile, encore moins évident après ma suspension (8 mois pour une affaire de cannabis). Mais, j’avais un important défi à relever. Il fallait que je prouve à beaucoup de gens que j’aime le basket et que ce sport a toujours été ma passion, ma vie. Pour cela, il fallait que je travaille dur pour retrouver mon niveau. Je n’ai jamais abandonné le basket. J’ai continué à travailler dans mon coin jusqu’au moment où j’ai eu l’opportunité de rejoindre un club. J’ai pu, avec le soutien de mes coéquipiers, aider mon club à atteindre son objectif. Je pense avoir répondu aux attentes de mes dirigeants parce que j’ai eu de bonnes statistiques en scoring, aux rebonds. Je rends donc grâce à Dieu.

Vous étiez en  Italie, au moment de votre suspension, avant de retourner en Grèce où vous aviez évolué par le passé. Pourquoi encore le choix de la Grèce ?
Je voulais retourner dans un pays que je connaissais pour mieux rebondir. C’était comme si je devais reprendre le basket à zéro. Dans ma tête, il fallait effacer tout ce qui s’est passé et repartir sur de nouvelles bases. Et par la grâce de Dieu, tout se passe bien.

Comment avez-vous vécu cette suspension de 8 mois ?
Ce fut des moments très difficiles. Quand on vous prive de votre passion, ce n’est pas facile à vivre. A un moment donné, on ne sait pas comment gérer ce genre de choses. Ce n’est pas du tout évident. Mais j’ai réussi avec l’aide de mes proches à remonter la pente. Je n’ai jamais cessé de m’entrainer. Le basket, c’est ma vie, c’est mon métier, c’est ce que j’aime. Je fais ça depuis que je suis gosse. Et tant que j’aurai la possibilité de jouer, je le ferai.

Avez-vous pensé à arrêter le basket ?
Oui, mais juste un moment. Mais après, la passion prend le dessus. Ensuite, je n’avais pas le droit d’arrêter de la sorte. Le défi était de revenir et de prouver aux gens qu’on peut se tromper dans la vie en commettant des erreurs. Dans la vie, on apprend toujours. Parfois, on pense qu’on est invulnérable. Et c’est quand on se retrouve dans ce genre situation qu’on comprend que les choses peuvent aller vite. Mais aussi qu’on a de grosses responsabilités. Je ne dis pas que je n’étais pas conscient de ce qui se passait, mais juste qu’il arrive de faire de mauvais choix dans la vie. A partir là, on les paye cash. J’ai beaucoup appris durant cette période. Pour oublier tout ça, j’allais tout le temps m’entrainer. Je faisais matin-midi-soir.

Avant de rejoindre le terrain, avez-vous eu le soutien de la famille, des amis et autres ?
Je dois dire que sans ma famille, je ne pense pas que j’allais revenir. Mon père, ma mère, mes sœurs, ma femme, tous ont été là pour moi. Et je ne peux pas les remercier assez. J’ai un oncle qui m’a également beaucoup aidé, il s’appelle Matar Ndir. Il vit à Paris. Je lui dois énormément. J’étais là-bas quand les choses étaient plus compliquées. C’est un entraineur de basket. Il était là jour et nuit pour me remettre sur les rails. Ensuite, je suis venu au Sénégal auprès de ma famille. C’est quand je suis retourné en France que j’ai finalement rejoint la Grèce parce que j’étais prêt mentalement, physiquement et moralement pour rejouer au basket. C’est une équipe qui venait de rejoindre la D1 avec comme objectif le maintien. On a fini en Play-offs. Donc, je pense que j’ai réussi une partie de ma mission. En attendant de retrouver la sélection nationale, et je l’espère lors du prochain Afrobasket.

Est-ce qu’il y a eu des conditions avant de signer pour ce club grec ?
Pas forcément ! Sinon, juste éviter qu’on parle encore de moi dans des histoires de ce genre. Le club tenait vraiment à moi parce que les dirigeants me connaissaient. Donc, on a parlé et on s’est compris sur beaucoup de choses. Je pense avoir répondu à leurs attentes. Comme je dis, j’ai beaucoup appris dans la vie. Après mon départ d’Italie, le club a souffert de mon absence. Ce que je comprends évidemment. Ils ont perdu en finale. Beaucoup de gens m’en voulaient à cause de ça. Et quand tu penses à tout cela, tu te dis que tu ne dois plus commettre ce genre de choses.

Lors du dernier Afro­basket en Tunisie, vous avez été exclu de la sélection suite à des propos désobligeants à l’encontre du sélectionneur. Comment avez-vous vécu également ces moments ?
Avant toute chose, je voulais présenter mes excuses au Peuple sénégalais. Je ne vais pas revenir sur ce qui s’est passé. Tout ce que je peux dire, c’est que je regrette tout ce qui s’est passé en Tunisie. Tout le monde sait que je n’ai que mon pays. Je me suis toujours donné à fond pour la sélection nationale. J’ai déjà joué cinq Coupes d’Afrique avec la sélection. A chaque qu’on a fait appel à moi, j’ai répondu présent. Il y avait juste cette envie de gagner pour mon pays. J’ai tiré les leçons de cette campagne et je profite donc de l’occasion pour aussi présenter mes excuses au sélectionneur, Cheikh Sarr, au président de la fédération, à ma famille, aux fans du basket et à tous les Sénégalais. Et j’espère que les Sénégalais m’ont pardonné.

A vous entendre, vous êtes toujours prêt à répondre à l’appel de la sélection nationale ?
Jamais je ne tournerai le dos à la sélection nationale. Le Sénégal m’a tout donné. C’est aussi le pays où je suis né, où j’ai grandi, où j’ai appris à jouer au basket. Quand on porte le maillot de la sélection, le sentiment qu’on a est unique. C’est une grosse responsabilité, mais en même temps un grand honneur. Je n’ai jamais pensé un seul instant, tourner le dos à la sélection. Au contraire, j’avais toujours peur que les gens m’en veuillent à cause de ce qui s’était passé. Mon seul rêve est de gagner l’Afrobasket avec le Sénégal.

Avez-vous suivi les éliminatoires de la Zone 2 ?
J’ai suivi tous les matchs. J’avais vraiment envie d’être là pour aider l’équipe. Malheureu­sement, je ne pouvais me libérer. On était en plein dans les Play-offs. J’en avais discuté avec les personnes concernées à l’époque et elles ont compris. J’ai parlé avec des joueurs comme Malèye, Xane et les autres. On est souvent en contact. Ce sont plus des coéquipiers, ce sont des amis. Cela fait longtemps qu’on est ensemble en sélection. Au­jour­d’hui, je suis à la disposition de la sélection. Je viens de finir ma saison et mon seul objectif pour le moment, c’est de jouer pour la sélection. Je ne pense même pas retourner dans mon club ou dans un autre. Je l’ai dit à mon agent : ma priorité reste l’Equipe nationale et la reconquête du titre continental. On a les moyens, les joueurs et les qualités pour gagner le prochain Afrobasket. C’est ma conviction.

Etes-vous en contact avec le nouveau coach, l’Espa­-gnol Porfirio Fisac ?
Pas directement. Mais je suis en contact avec ses assistants.

Qu’est-ce qui manque à ce groupe pour être champion d’Afrique ?
Il reste juste de petits détails à gérer. On a le talent, l’effectif. Il faut juste qu’on reste une équipe. Je ne parle pas seulement des joueurs. Cela va  du président de la République au ministre, en passant par les dirigeants, les supporters. Il faut qu’on tire tous dans la même direction. A partir de là, rien ne pourra nous arrêter.
Pourtant, il y a d’autres sérieux prétendants comme le champion en titre, le Nigeria, l’Angola, la Tunisie,…
Je sais que les autres Nations ont du potentiel. Mais, encore une fois, on a les moyens de remporter cette Coupe d’Afrique. J’ai déjà cinq campagnes. Je sais de quoi je parle. Si on travaille dans la sérénité, l’unité, on sera champions d’Afrique. Prions juste pour que les joueurs sélectionnés soient en bonne santé et en pleine possession de leurs moyens. Pour le moment, on profite des vacances, de la famille. La saison a été longue. Il faut se reposer un peu. Mais, je m’entraine aussi de temps en temps pour maintenir la forme. J’ai des contacts avec d’autres clubs, mais pour l’instant, je veux me consacrer à la famille. On verra après.

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