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L’homme parle peu. Occupé qu’il est entre le Jaraaf qu’il dirige, la Fédération et ses affaires personnelles. Le Quotidien a cependant réussi à dénicher, le temps d’un entretien, l’ancien gardien de but des Lions, devenu dirigeant. Cheikh Seck est enfin sorti de ses cages et actualité oblige, le Mondial 2018 a servi de rampe de lancement à cette entrevue…sans gants.

Vous retrouvez le poste de vice-président chargé des compétitions internationales à la Fédération sénégalaise de football. Qu’est-ce qui explique ce retour ?
Je suis toujours resté dans le milieu du foot. Je suis un footballeur et je dois continuer à rendre service à mon pays. Et quelque part, c’est rendre au football, ce qu’il m’a donné. Et le fait de revenir gérer ce poste est une bonne chose pour moi d’abord, mais aussi pour le football. On va essayer de mériter la confiance que le président de la Fédération sénégalaise de football et le Bureau fédéral ont eue à mon égard. Je reste une modeste personne. Ce n’était quand même pas évident de partir et de revenir. Heureusement que nous sommes dans un milieu de sportifs et les gens sont positifs en général. C’est ce qui m’a permis de retrouver ce poste avec vraiment le soutien de Augustin (Senghor). Et je ferai tout pour mériter cette confiance.

Quels sont les chantiers qui vous attendent ?
Aujourd’hui, l’avenir immédiat c’est bien sûr le Mondial 2018 en Russie. On se prépare en conséquence. Le Mondial, c’est demain parce que juin c’est bientôt. Il reste quatre mois, les choses vont très vite. C’est donc maintenant que le travail commence. L’entraineur a établi un programme de préparation que l’équipe fédérale a accepté. C’est vrai que ce n’était pas évident avec les matchs amicaux. On a trouvé des sparrings partners, mais on n’a pas pu trouver une équipe sud-américaine. Cela ne devrait pas être un forcément un handicap dans la préparation. Le plus important, c’est de bien arriver au Mondial en étant prêt dans la tête et motivé pour faire une bonne campagne.

Est-ce à dire que vous approuvez le programme mis en place par le sélectionneur ?
Bien sûr, on n’a pas le choix. Il y a des équipes contre qui on aurait pu jouer, mais elles nous demandent 700 000 euros par match. C’est beaucoup et le Sénégal ne peut se le permettre. Ce n’est pas acceptable. On peut se préparer autrement et intelligemment. Les matchs amicaux qu’on aura à jouer, c’est dans le but d’arriver en forme au Mondial. Cela ne sert à rien de gagner les matchs amicaux ou de rencontrer des équipes sud-américaines ou asiatiques pour finalement aller faire juste un tour et rentrer à la maison. Le plus important, c’est le regroupement qu’on va faire et le contenu de la préparation pour que les joueurs arrivent en bonne forme au Mondial.

Mais dans le contenu, est-ce que l’absence d’un match amical à Dakar ne fait pas fausse note ?
Tout ne peut pas être parfait. Jouer à Dakar, communier avec le public avant de partir, aurait été une bonne chose. Mais on le fera autrement, surtout que l’équipe démarre sa préparation à Dakar. Il y aura la remise du drapeau et je crois qu’on trouvera une formule pour permettre au public de communier avec les joueurs avant le départ.

En tant qu’ancien international, comment voyez-vous le groupe de Aliou Cissé ?
On a une équipe qui peut aller loin. On ne va pas dire qu’on va gagner la Coupe du monde. Mais le plus important, c’est de prendre les matchs un par un. Je crois qu’on peut passer le premier tour si les joueurs s’appliquent comme il faut. J’y crois parce qu’on a le potentiel. Mais il y a aussi la préparation qui sera mise en place. On a déjà une bonne équipe qui joue ensemble depuis trois ans. Il reste juste à faire une bonne préparation. Prions aussi de ne pas avoir de joueurs blessés ou en méforme.

Que vous inspirent les adversaires du Sénégal : la Colombie, la Pologne et le Japon ?
Ce sont de sérieux adversaires. Les matchs ne sont pas faciles. Mais ce sont des adversaires qui craignent également le Sénégal. On a une équipe qui renferme des individualités et qui ont le niveau mondial. Si les joueurs jouent à leur niveau et restent motivés, je le répète il y a de quoi passer le premier tour.

Dans l’ensemble, à quel genre de Mondial on devrait s’attendre en Russie ?
Je crois que ce sera un Mondial très ouvert, plus ouvert que celui du Brésil avec la présence de grandes équipes. Et la pratique des grandes équipes, c’est de jouer l’offensive. Ce n’est plus comme avant. C’est pour cela que je dis qu’on aura un Mondial très attractif sur le plan du jeu avec beaucoup de buts.

Comme pour dire que les gardiens de but auront fort à faire…
C’est clair ! Les gardiens auront beaucoup du travail. Sans oublier les effets que font les ballons maintenant. C’est sûr que cela ne va pas les aider.

Justement, parlons de nos gardiens de but, un poste qui est votre spécialité. Comment voyez-vous ceux de l’Equipe nationale, à savoir Khadim Ndiaye, Abdoulaye Diallo ou encore Alfred Gomis ?
On a de très bons gardiens, surtout Khadim Ndiaye. C’est bien qu’il ait retrouvé son niveau. J’ai toujours pensé que c’était un excellent gardien. C’est vrai qu’il a traversé une période difficile. Mais c’est le lot de tous les grands joueurs. Le plus important, c’est qu’il se maintienne à son niveau. Les autres aussi ont leur chance. Il ne faut pas oublier les gardiens locaux. Ils ont leur chance aussi. Je crois qu’il y a de la place pour un local. Maintenant, il faut qu’ils travaillent sérieusement pour mériter d’être sélectionnés.

Qu’est-ce qui manque aux gardiens locaux pour rivaliser avec les professionnels ?
Il leur manque de la compétition. Non seulement, on a un championnat à 14 équipes (à 15 plus Ouakam), mais on reste longtemps sans jouer. Je prends l’exemple du Jaraaf, on était resté pratiquement un mois sans jouer. Le gardien de but a besoin de ses réflexes. Quelles que soient tes aptitudes ou ton expérience, pour avoir des réflexes, il faut jouer. Mais encore faudrait-il qu’on joue beaucoup. Il y a aussi des équipes qui n’ont pas le niveau. Mais faut reconnaître qu’il Il y a un problème avec les entrainements parce que certaines équipes n’ont pas de terrain. Quand tu vas au stade Demba Diop (fermé depuis plusieurs mois), tu vois quatre équipes qui attendent. Après, on te dit : tu as une durée de deux heures. L’entraineur parle pendant 30 minutes, les joueurs s’entrainent à peine une heure et c’est tout. Du coup, ils ne peuvent pas être performants. Il y a un sérieux problème d’infrastructures qui fait que les équipes ne s’entrainent pas comme il faut. Et cela se ressent lors des matchs.

Pour revenir sur les gardiens de but. Qu’est-ce qui explique l’absence d’un centre de formation au Sénégal ?
Vous savez, ce sont des projets qui souvent ne font pas long feu parce que parfois il y a un manque criard de moyens. Il y a des gens qui ont la volonté de le faire, mais ils leur manque les terrains et le matériel didactique. Si on arrive à régler le problème des infrastructures, je pense que le football en tirera beaucoup de bénéfices.

Comment jugez-vous le niveau des gardiens locaux ?
Le niveau est acceptable. Il y a de bons gardiens comme Pape Seydou Ndiaye (Jaraaf), ceux de Mbour Petite Côte et aussi de Teungueth Fc. Je ne veux pas frustrer les autres, mais dans l’ensemble, il y a deux ou trois qui émergent du lot. Mais il faut qu’ils travaillent davantage pour émerger et espérer un jour être sélectionnés en Equipe nationale. C’est vrai que la taille est très importante pour un gardien surtout sur les balles arrêtées. Parfois, on peut voir des gardiens de petite taille, mais avec une belle détente. Y a des dispositions qui sont importantes chez un gardien de but.

En tant que spécialiste à ce poste, il vous arrive sûrement de discuter avec l’entraîneur des gardiens, Tony Sylva ?
Effectivement ! On discute très souvent. Tony, c’est quelqu’un de très réceptif, très motivé et fait du bon travail. Les gosses l’écoutent et c’est quelqu’un qui impose le respect par rapport à son expérience et son vécu. Il est vraiment à sa place. Quand vous le voyez à l’entraînement, il est très motivé. Je crois que les jeunes ont intérêt à l’écouter et à faire ce qu’il leur demande. C’est un gars qui maitrise ce qu’il fait.

Restons toujours dans les cages. On constate que les gardiens de but ont toujours des problèmes pour s’expatrier contrairement aux joueurs de champ…
Ce n’est pas évident. Moi-même, j’ai eu à aller à Marseille, à Nantes aussi. J’avais fait de bons tests. Mais, je ne sais pas pourquoi je n’ai pas été retenu. C’est vrai que c’est rare de trouver un gardien africain en France par exemple. Par le passé, on a connu les Antoine Bell et autres, mais ça se raréfie. Je crois qu’il y en a un ou deux dans le championnat français actuellement et qui tiennent la baraque. C’est un poste très compliqué et les équipes préfèrent investir sur les attaquants. Il faut vraiment que tu sois un gardien exceptionnel pour que les gens acceptent d’investir sur toi.

Parlons du Jaraaf, votre club de cœur dont vous êtes le président. Ça se passe comment ?
Au Jaraaf, il y a des hauts et des bas. On a un connu un premier mandat qui a été très difficile, du fait d’une Assemblée générale élective très agitée. Cela nous a porté préjudice parce qu’il y a eu des dirigeants qui ne viennent plus. Mais le Jaraaf reste un club éternel. Pour mon deuxième mandat, j’avais décidé de ne pas me représenter parce que ce n’est pas facile. C’est très compliqué dans les clubs traditionnels. Tous les dirigeants de clubs vous diront la même chose. Tu vois de rares personnes qui continuent à aider le club. Le football est devenu professionnel, mais c’est compliqué pour les clubs traditionnels, faute de sponsors. On fonctionne avec la volonté de certains dirigeants. Figurez-vous qu’on n’a pas de sponsors depuis six ans. Ça pèse. Toutes les fins du mois, il y a les salaires qui attendent. Le Jaraaf tourne pratiquement autour de 10 à 15 millions Cfa par mois de masse salariale. Sur une saison, c’est beaucoup d’argent. Heureusement avec l’aide de Dieu, on arrive à les honorer, mais ce n’est pas du tout facile. Je pense que l’Etat, la Fédération et la Ligue Pro doivent soutenir davantage les clubs. Surtout les clubs traditionnels parce que pour les clubs d’entreprises, ils ont déjà un support où les fonctionnaires cotisent. Ils ont aussi des sponsors. Mieux, ils ont leur propre terrain d’entraînement. Figurez-vous que pour nous entraîner, on paye 40 à 50 mille francs Cfa tous les jours. Ce n’est pas évident. Sans compter les charges des matchs. On ne peut se permettre de faire courir les gosses pendant un mois et leur demander d’attendre leur salaire. C’est bien d’être professionnel, mais il devrait y avoir des mesures d’accompagnement. Comme le font les Maliens, les Guinéens… C’est pour cela d’ailleurs que les Guinéens nous prennent nos joueurs. Ils peuvent proposer des salaires que les clubs d’ici ne peuvent pas payer. Il y a l’exemple de Khadim Ndiaye ; il est beaucoup mieux payé en Guinée qu’ici. C’est pour cela qu’il est parti. Les gens doivent s’organiser davantage sinon, le football va mourir de sa belle mort. Le jour où les mécènes seront fatigués de sortir leur argent de leurs poches, le football va le ressentir. Le football reste notre passion, mais à un moment donné, quand tu n’en peux plus, tu arrêtes.

Avec une telle situation, qu’est-ce qui vous pousse à continuer ? Surtout que depuis quatre ans le Jaraaf n’a pas gagné de titre…
Je ne vais pas lâcher le club parce qu’il nous a été légué par les anciens. Même si on n’a pas gagné de titre depuis quelques années, le Jaraaf doit être éternel. D’ailleurs, ce n’est pas une première. Avant qu’on ne fasse le doublé en 82-83, le Jaraaf était resté cinq à six ans sans rien gagner. En fait, l’objectif, c’est d’être parmi les meilleurs. J’ai un mandat de quatre ans et mon ambition est de construire le terrain d’entrainement de Gaspard Camara. Je préfère mettre sur pied ce projet immobilier que de gagner dix coupes. Et là, on est en train de faire les plans. On doit convoquer une Ag extraordinaire pour avoir l’autorisation de démarrer. C’est un patrimoine que les anciens comme Kéba Mbaye, Lamine Diack… nous ont légué. J’espère qu’à l’horizon 2021 tous les chantiers seront en marche.

On attend beaucoup des retombées du Mondial 2018 avec la qualification du Sénégal…
Certainement ! Mais il ne faut pas oublier que c’est avec cet argent du Mondial que les gens vont se préparer. L’Etat ne peut pas tout faire même s’il doit accompagner l’équipe. Il faudrait aussi que les gens arrêtent de rêver : les retombées du Mondial ne vont pas régler tous les problèmes du Sénégal. Je crois qu’il faudrait songer à disposer d’infrastructures. Mais le plus important, c’est d’être le plus transparent possible sur ce qui sera fait de cet argent.

On vous reproche d’être souvent dans l’ombre. Pourquoi ?
C’est ma nature. Un choix de vie. Je ne snobe personne. C’est juste que je ne suis pas un bon communicateur. D’ailleurs vous avez eu beaucoup de chance parce que je n’aime pas beaucoup parlé dans la presse. Je reste dans mon coin, comme Serigne Cheikh (rire).

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