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A un mois de sa retraite, après 32 ans de carrière en tant que fonctionnaire et serviteur de l’administration sportive, Souleymane Boun Daouda Diop dit tout dans cet entretien exclusif. Entre confidences, anecdotes et recommandations, le Directeur de la haute compétition (Dhc), qui arrête le 31 décembre, s’est mis à un… haut niveau dans ce premier jet.

Qu’est-ce qu’on ressent au moment de prendre sa retraite, après 32 ans de carrière en tant que fonctionnaire ?
Il faut dire qu’en tant que fonctionnaire, j’ai fait 32 ans de service avec des va-et-vient entre le ministère des Sports et le ministère de l’Education nationale. Bien que nous sommes dans le sport, nous sommes des enseignants. Donc, de 1998 à 2000, j’ai été au niveau du ministère de l’Education nationale. C’est en 2000 avec l’Alternance intervenue au niveau de l’Etat que Joseph Ndong, ministre des Sports de l’époque, m’a sollicité pour occuper le poste de Conseiller technique numéro 2. Avec le départ du ministre en 2002, j’ai accompagné le ministre d’Etat, Youssoupha Ndiaye, jusqu’en 2003 en tant que Conseiller de département. Après je suis retourné au ministère de l’Education nationale avec Moustapha Sourang pour occuper le poste de Secrétaire exécutif du sport scolaire. En 2006, j’ai intégré le Cesag pour faire une formation en ingénierie que j’ai complétée par un diplôme de management à Nantes, pour après ouvrir un cabinet de consultance dans le domaine de la jeunesse et des loisirs, en 2009. Et c’est là où le Président Macky Sall, qui était dans l’opposition, a demandé à Mbagnick Ndiaye de lui chercher un cabinet pour l’élaboration de la politique sportive de jeunesse et loisirs de Yoonu Yokkuté. C’est à ce moment que Mbagnick Ndiaye, avec qui j’ai des liens très forts, m’a contacté pour qu’on puisse ensemble mettre en place la politique de sports, de jeunesse et loisirs de l’Apr. Parallèlement à ces activités, j’ai été dans le mouvement associatif sportif parce que, comme vous le savez, je suis arbitre mondial de judo, entraineur de judo.

Vous avez pratiqué également…
Oui ! J’ai été champion du Sénégal, scolaire et universitaire de judo pendant trois ans, chez les moins de 60 kilos. J’avais ouvert un dojo au lycée mixte Maurice Delafosse où beaucoup de champions du Sénégal sont sortis. J’étais aussi dans le mouvement olympique parce qu’en 2007, feu Abdou Wahab Ba m’a contacté pour que je puisse le remplacer à la Direction de l’Académique nationale olympique du Sénégal. Chose que j’ai acceptée avec plaisir parce qu’une proposition venant d’un grand dirigeant du sport sénégalais. C’est ainsi que j’ai occupé les postes de directeur de l’Académie olympique du Sénégal de 2007 à 2018. Mes activités au niveau de l’Académie olympique m’ont valu d’être aussi président de l’Association francophone des Académies olympiques qui a son siège à Paris, de 2009 à 2017. Aujourd’hui, je suis le Trésorier général de l’Asso­ciation des Académies nationales olympiques d’Afrique.

Dans quelle condition vous avez-vous été nommé à la Direction de la haute compétition (Dhc) au ministère des Sports ?
J’ai occupé ce poste par accident et grâce à Mbagnick Ndiaye à son arrivée au ministère des Sports en remplacement de Malick Gackou. J’avais refusé au départ parce que c’était une perte en gain par rapport à ce que je gagne sur le plan international. J’ai finalement accepté car nous nous étions membres de l’équipe qui a élaboré la politique sportive de jeunesse et loisirs du Yoonu Yokkuté. Il fallait donc continuer ensemble.

Pourquoi le changement de dénomination de la Direction de la haute compétition devenue Direction du sport de haut niveau ?
C’est nous qui avons fait la proposition parce qu’en réalité, on ne s’occupe pas seulement de compétition. Il y a l’insertion sociale des sportifs de haut niveau, le suivi des carrières… En fait c’est la gestion du haut niveau. C’est pour cela qu’on a changé pour dire Direction du sport de haut niveau. C’est très restrictif de dire simplement Direction de la haute compétition. La compétition, c’est une partie de nos missions.

Alors, 32 ans dans l’Administration, votre impression d’ensemble durant votre passage au ministère des Sports, en tant que Dhc ?
Il y a eu énormément de choses à dire. Vous savez, la Direction de la haute compétition est une direction très sensible parce que c’est la vitrine du sport. Nous avons à gérer les compétitions internationales. Ce sont des compétitions très médiatisées, surtout quand il s’agit du football ou du basket. On a été très sollicités et beaucoup de choses m’ont marqué. D’abord, les rapports avec les ministères. Avec Mbagnick Ndiaye, c’était des rapports de grand et petit-frère avec une vision commune. Avec Matar Ba, en réalité, il est différent de Mbagnick parce que ce sont deux styles différents. Mbagnick pouvait être ferme dans ses décisions, alors que Matar Ba, ce sont des compromis, la paix sociale à tout prix, des décisions très mesurées qui ne fâchent pas. Il peut être ferme, mais en réalité, il est très conciliant. Ce qui m’a créé énormément de problèmes (rire). Parce que, autant certains présidents de fédération comprennent, d’autres profitent à fond de cette situation. Quand vous leur dites que ce qu’ils veulent n’est pas possible, parce que non conforme à notre orientation, ils vous sautent et vont voir le ministre, sachant qu’il dit difficilement non. Et c’est ce qui crée beaucoup de frustrations parce qu’il y a certains qui abusent de son style de management. Mais comme les résultats sont là, on a fini par comprendre que nous devons aussi le suivre dans son style de management.

Parlez-nous de ce qui vous a surtout marqué durant votre passage à la Dhc…
Beaucoup de choses m’ont marqué. Ce que j’ai remarqué, c’est que les structures sont à l’image des hommes qui les dirigent. C’est pourquoi, il est important de choisir les hommes qu’il faut à la place qu’il faut. Par exemple, quand nous voyageons, souvent il y a des ambassadeurs et surtout les ambassadeurs dames ou issus des Forces de l’ordre, sont très collés à leur mission et à leurs compatriotes.
L’autre chose, c’est au niveau des Sénégalais de l’extérieur. Ils aiment viscéralement le Sénégal. Des fois, il y en a qui te proposent de prendre en charge l’Equipe nationale durant son séjour. Aux Jeux de la Francophonie, à Nice, ça a été extraordinaire. Et c’est quasiment partout pareil. Il y a aussi des présidents de fédération qui sont extraordinaires. Je ne citerai qu’un seul parce qu’il m’a marqué. C’est Augustin Senghor, le président de la Fédération sénégalaise de football. Il est jeune, mais il a une haute idée de ses responsabilités et de l’Etat. C’est l’un des rares présidents de Fédération avec qui vous voyagez et qui met l’Etat au-devant. Quand il est avec le représentant du ministère des Sports, quelle que soit sa fonction, il le met devant. Ce qui n’est pas le cas pour tout le monde. Il m’a marqué lors d’un match Angola-Sénégal à Luanda. Nous sommes arrivés deux heures avant le match. Le protocole de la Présidence, parce que le Président angolais devait assister au match, nous fait savoir que la tribune présidentielle fait 7 places et on nous dit que le Sénégal n’a droit qu’à une place. J’ai donc proposé à Me Senghor de rejoindre seul la loge, mais il a catégoriquement refusé en disant qu’il préfère être là où le représentant de l’Etat va se mettre. Finalement, on a rejoint les autres tribunes pour suivre le match. On est venu nous chercher, après 5 minutes de jeu, pour nous demander de répondre au président de la République qui nous a installés tous les deux. Depuis lors, je l’ai pris en estime parce que c’est cela avoir une idée de l’Etat.

On s’imagine que vous avez eu aussi des difficultés durant votre passage à la Dhc ?
Il y en a eu beaucoup et surtout le problème de primes. Ça se pose jusqu’à présent parce que le mécanisme de financement du sport de haut niveau n’est pas adapté. L’Etat prend en charge au moins 90% des dépenses liées au haut niveau. Alors que nous fonctionnons sur la base de caisse d’avance qui était de 200 millions Cfa. Maintenant, le ministère des Finances, qu’il faut remercier pour l’appui qu’il nous apporte, l’a amené à 350 millions Cfa. Du coup, s’il y a un match de football et que deux équipes nationales partent, la caisse d’avance est épuisée. Et il faudrait que l’activité se termine pour qu’on puisse récupérer les factures liées aux dépenses pour pouvoir réalimenter la caisse. Et cela prend du temps. Entre temps, une fédération peut avoir une compétition et il n’y a rien dans les caisses. Alors qu’est-ce qu’il faut faire ? On peut s’endetter pour des billets d’avion, pour une restauration, mais les primes il faut les payer. Et nous faisons tout pour honorer nos engagements.

Sauf que les primes de 2007 restent toujours impayées…
Vous savez, nous fonctionnons sur la base d’un budget. Et le budget que nous avons est un budget de compétition. Et nous avons recensé l’ensemble des dettes qui font 600 millions Cfa. Il faut une volonté politique pour les payer. Nous ne l’avons pas dans le budget. Nous ne pouvons pas effectuer une dépense qui n’a pas été budgétisée. Et à chaque fois que nous inscrivons la dette, cela n’est pas pris en compte dans le budget.

Quand est-ce que, selon vous, l’Etat prendra les dispositions pour finalement payer cette dette ?
Le jour où on aura une volonté politique de payer, elle sera payée. Les dernières primes ont été payées en 2006. Depuis les Jeux Africains d’Alger à aujourd’hui, on a payé à aucun athlète et pourtant, c’est un arrêté qui est là. Donc, les primes ont toujours été des difficultés que nous avons vécues. Il y a un problème que nous vivons souvent et ça c’est surtout avec la Fédération de basket. Souvent, les décisions que nous prenons ensemble avec la Fédération de basket ne sont pas répercutées au niveau de l’encadrement technique et des joueurs. Cela ne date pas du président Babacar Ndiaye. Et quand les joueurs viennent en regroupement, ils sont mis devant le fait accompli et souvent nous sommes dans l’obligation de trouver une solution. Cela aussi est un problème de ne pas associer l’encadrement technique dans les négociations avec le ministère ou ne pas leur donner les informations vraies avant qu’ils ne convoquent les joueurs. S’ils informaient les joueurs en amont des conditions du ministère, cela ne poserait pas de problème. Il y aussi le problème des voyages-retours parce qu’on ne sait pas souvent quand on doit revenir. La règle, c’est de rentrer 48 heures après l’élimination, parfois, il n’y a pas de place dans l’avion et les joueurs éliminés sont impatients de revenir. Il y a la réservation des billets. Souvent, les entraineurs élaborent leur liste au dernier moment. Au moment de réserver, il n’y a plus de place dans les avions. Nous sommes des fonctionnaires et nous ne pouvons pas répondre à toutes les accusations, mais souvent il y a des choses qui incombent aux fédérations.

Pour régler le problème des primes et autres, est-ce que la mise en place du Fonds de développement ne serait pas une solution ?
Je ne fais pas de fixation entre un Fonds et une Fondation. L’essentiel, c’est que l’Etat ne soit pas le seul bailleur. Que les sociétés nationales puissent participer au financement du sport. Il y a eu un bon début avec l’Afrobasket Dames (en août dernier à Dakar Arena). C’est une bonne décision qu’a prise le président de la République, en demandant aux sociétés nationales de prendre en charge cette activité. Il faut diversifier le financement. Effectivement, c’est son devoir régalien à l’Etat de participer au financement du sport, mais il faudrait que les sociétés nationales puissent s’impliquer dans le financement du sport de haut niveau. Et pour les sociétés nationales, rien ne s’y oppose. Il s’agit simplement de donner les directives. Mais je pense qu’il faudrait définir la nature, les montants, les modalités…

Et pour le privé ?
Le privé ne donne pas. C’est du donnant-donnant ! La modalité la plus simple, ce sont des incitations fiscales. C’est cela qu’il faut étudier pour le faire. Il y a aussi les collectivités locales qui doivent participer. Mais cela doit être plus formalisé.

Où en êtes-vous avec le Code du sport ? Qu’est-ce qui bloque ?
Pour ce qui est du Code du sport, nous n’avons pas été très vigilants dans la procédure. D’abord, le Code est au niveau du Cnoss pour validation. Je ne comprends pas pourquoi le Cnoss doit valider parce que le Comité olympique est partie prenante de l’élaboration de ce code. Donc, tout ce qui est dans le code, les engage. Nous devrions sauter l’étape du Comité olympique pour convoquer toutes les Fédérations dans un atelier pour la validation sociale. Je ne pouvais pas en parler parce que j’étais dans le système, mais aujourd’hui, le code n’a pas besoin de passer par le Comité olympique.
A SUIVRE…..

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