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Souvent, au Sénégal, on rigole en soulignant qu’on est en politique permanente, que chaque jour est politique. En réalité, telle est une vérité constamment observée. Au Sénégal, on fait de la politique 365/365 jours. Et le temps de ce régime aux grandes promesses de rupture n’a fait qu’accroître la donne.
Elu en mars 2012, le Président Sall organise des élections en 2012 (Législatives), 2014 (Locales) et 2017 (Législatives), en plus du Référendum de 2016. Il met en place, par ailleurs, un système de parrainage pour, nous dit-on, rationnaliser la candidature à la Magistrature suprême. Ce qui nous vaut une ouverture de la campagne présidentielle, 6 mois avant la date qui seyait lors des échéances passées. Et à lui de lancer le 29 août 2018, gambadant à cet effet, l’ouverture de la campagne de parrainage des candidats à la Présidentielle, un vil clonage de la campagne électorale à venir.
Si l’on fait une observation, l’on se rend compte que tous les 2 ans environ, l’on est en préparatif d’une échéance électorale à la veille de laquelle, provenant de tous bords, on nous turlupine avec des tintamarres à n’en pas finir, pour être en faveur ou s’opposer de ceci ou de cela. Qu’est-ce à dire ?
En réalité, notre politique nous tue. Elle est moribonde et nous rend moribonds. Elle assujettit notre quotidien, notre travail, nos efforts, nos réflexions, nos discussions et même nos informations, comme qui dirait que c’est la seule chose qui vaille. Pourtant, en l’état actuel des choses, elle est bien loin d’être ce qui nous sortira de notre pauvreté endémique que clament les opposants et que réfutent les partisans du régime, à tort ou à raison. Elle nous asservit et nous avilit.
Qui nous convaincra de l’éthique de la transhumance dont la seule logique est suivre l’odeur des aubaines à recueillir ? Ou de la déontologie des partisans – de tous bords – dont la seule réalité est de justifier et de convaincre sur des choses totalement injustifiables ou tout à fait raisonnables ? Qui nous convaincra que les marches organisées par l’opposition ne sont mues que pour l’intérêt ultime de la Nation, alors même qu’on s’aperçoit que leurs motifs ne sont valables que tant et pour autant qu’on est opposant ? L’arrêté Ousmane Ngom ne nous a-t-il pas édifiés sur bien des choses ; ceux qui le défendaient s’y opposant aujourd’hui, lorsque que ceux qui s’y opposaient hier le justifient ? Qui nous convaincra que l’art de gérer la cité ne se résume guère à ces discours qui ne se fondent que sur l’ambition d’être Président et de faire ses propres riches au détriment du lambda qui le restera encore ? Qui nous convaincra que les émissions audiovisuelles où deux politiciens s’opposent et s’affrontent pour jacasser sur des choses qu’ils ne maîtrisent même pas ont un quelconque intérêt pour notre devenir national ?
Qui nous convaincra que la politique est une bonne chose, lorsqu’on nous gave, tout le temps et toujours, de discours-caméléon, variant au gré du vent ? N’a-t-on pas entendu les revirements entre les discours du candidat Sall parlant de coup d’Etat constitutionnel au moment de validation de la troisième candidature du Président Wade à la Présidentielle, et du Président Sall exigeant (incongru !) le respect des juges ? Et le candidat Niasse d’alors, pierre à la main ! Puis le député Niasse d’aujourd’hui, sur le perchoir ? Et encore ! Et encore bien des interrogations nous induisent à réfuter la supposée noblesse de cet art égocentrique.
Faut-il s’en réjouir pour notre démocratie, lorsque l’on entend un opposant dire que des marches seront organisées chaque semaine jusqu’à la Présiden­tielle ? Ou alors simplement s’offusquer de ce que celui qui dit cela ne se rend même pas compte des dégâts que cela pourrait causer aux revenus des travailleurs se trouvant aux environs des lieux de marche ? Et pour l’acolyte de Son Excellence qui se glorifie de ce que les marches non autorisées seront réprimées. Etait-il du même avis en 2011 lorsque son guide, alors opposant, s’offusquait des interdictions de marche ? Et encore ! Et pis encore !
La politique (la politicaille…) sénégalaise est devenue nauséabonde. Elle pue. Et sa puanteur la plus infeste est qu’on ne sait jamais qui dit la vérité et qui est sincère dans ses convictions. Elle est malade. Et pour tout cela, elle a besoin de rupture, de changer sa face qui indispose la majorité des Sénégalais. Nous l’exigeons, cette rupture. Dieu que nous l’exigeons, mais pas cette rupture prônée par ces discoureurs qui ne marchent que là où des aubaines infestent l’air. Nous voulons une rupture qui restaurera la confiance des Sénégalais envers vous, une rupture dans vos comportements, vos dires, vos actions et qui ne sera pas prônée avec tel ou tel contenu, selon l’orientation de votre cupidité politique.
Alors, «politicailleurs» de tous bords, libérez-nous ! N’en déplaise à vos «politicailleries» !
Cheikh Sadibou SEYE
Doctorant en Science
politique à l’Ucad.

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