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Connaissez-vous le virus du rond-point Liberté 6 ? A cet endroit, les commerçants avaient commencé par occuper une partite des trottoirs de la bretelle du rond-point, l’Etat n’a pas réagi. On pouvait quand même passer à coup de klaxons. Ils finiront par occuper tout le trottoir. L’Etat préféra détourner le regard. L’appétit venant en mangeant, ils ont occupé une partie du goudron. L’Etat ne fit rien. Ils finiront par occuper toute la route en privatisant carrément les trottoirs et la voie. Le Virus du rond-point Liberté 6, comme celui du Covid-19, a des symptômes clairs, mais l’Etat, par manque de volonté politique, par électoralisme ou simplement par laxisme et manque d’autorité, a toujours préféré jouer les tartuffes en détournant le regard pour cacher de son regard ce «spectacle» flagrant «qu’il ne saurait voir».
Le virus du rond-point Liberté 6, dont le délai de latence est beaucoup plus long que celui du coronavirus, est aussi dangereux que le Covid-19. C’est un virus cannibale, qui grignote petit à petit le cœur de l’Etat, son autorité. Plus l’Etat est faible et laisse faire plus le virus continue de grignoter son cœur. Ce virus, comme l’empereur Caligula, est un adepte de la mort lente. Il a sévi longtemps au rond-point de Keur Massar, avant que le préfet de Pikine ne s’y attaque courageusement. Il sévit à Sandaga au cœur du Plateau, c’est-à-dire au cœur de l’Etat. L’Etat d’urgence que nous vivons actuellement a un double avantage : endiguer le Covid-19 et causer de graves dégâts collatéraux au virus du rond-point Liberté 6. Ces dégâts collatéraux sont éminemment positifs. Avec la tolérance zéro de l’Etat d’urgence, on assiste en ces temps d’exception à la résurrection du comportement normal, banal, urbain, qu’on n’aurait jamais dû perdre si l’Etat et les Forces de l’ordre n’avaient pas capitulé devant les forces du désordre. On ne voit plus de voitures surchargées passer tranquillement devant les policiers et les gendarmes, plus de nuisances sonores, on fait la queue comme des gentlemen britanniques. L’Etat et l’allégeance collective s’imposent à toutes les allégeances privées…
Sociologiquement, les leçons de l’Etat d’urgence sont intéressantes. Première leçon : en attendant que le civisme devienne un réflexe citoyen, on sait que la présence de l’autorité de l’Etat peut aider à retrouver ou à déclencher ce réflexe. Deuxièmement, les citoyens sont prêts à se soumettre à la loi si l’Etat se donne les moyens de l’appliquer. Troisièmement, l’absence ou la faiblesse de l’autorité de l’Etat est le moteur du désordre urbain et citoyen. Il est urgent, à la fin de l’Etat d’urgence, que l’Etat reste dans la rue. L’Etat d’urgence, en fait, nous rappelle des comportements ordinaires et normaux qu’on n’aurait jamais dû perdre, même dans une situation ordinaire où il n’y a pas d’Etat d’urgence. Un jour, dans une grande ville européenne, devant un grand hôtel, une moto s’arrêta juste devant nous au feu rouge. Une moto qui s’arrête au feu rouge ! Un ami me fit remarquer que nous n’avions plus ce comportement normal et banal au Sénégal et il ajouta : «Chez nous, non seulement les deux-roues ne s’arrêtent au feu rouge, mais ils passent sous les bras des policiers» qui leur tournent le dos, pour arrêter leur file afin de laisser passer les autres. C’est aussi un symptôme du virus du rond-point Liberté 6. Il grille le feu rouge, on laisse faire. Il monte d’un cran, en le faisant en présence du policier. Maintenant, ils se sont affranchis du Code de la route. Dans la croisade contre le Covid-19, nos vaillants médecins font reculer le mal grâce à un traitement symptomatique. L’Etat du Sénégal devrait s’en inspirer dans sa longue croisade contre le virus du rond-point Liberté 6.

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