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Les appels à écarter Donald Trump du pouvoir se multipliaient jeudi au lendemain des violences inédites perpétrées par ses sympathisants au Capitole, un premier élu républicain se joignant au chœur démocrate qui réclame son départ.

Le milliardaire républicain apparaît de plus en plus isolé tandis que son successeur Joe Biden endosse déjà le rôle du dirigeant chargé de panser les plaies d’une Amérique meurtrie et divisée.
Le prochain Président américain, qui s’installera à la Mai­son Blanche dans 13 jours, doit s’exprimer en début d’après-midi depuis son fief de Wil­mington, à un peu de moins de 200 kilomètres de Wa­shington qui se remet, sous un soleil hivernal, d’une journée de chaos inimaginable.
Au Congrès, le chef des Démocrates au Sénat, Chuck Schumer, a exhorté le vice-président Mike Pence à démettre Donald Trump de ses fonctions, en accusant le Président sortant d’avoir «incité» les violences.
Il a appelé le bras droit de Donald Trump à invoquer le 25e amendement de la Cons­titution qui autorise le vice-président et une majorité de membres du Cabinet à déclarer le Président «inapte» à exercer son rôle.
Selon certains médias américains, la possibilité d’invoquer le 25e amendement a été discutée par des ministres dès mercredi soir.
Premier Républicain à sauter le pas publiquement, un élu de la Chambre, Adam Kinzinger, a appelé jeudi à suivre cette voie inédite «pour le bien» de la démocratie américaine. Donald Trump a «attisé les braises» de la violence, a-t-il accusé.
Si le Cabinet n’agit pas, a menacé Chuck Schumer, alors le Congrès devra lancer une procédure de destitution.
Un groupe d’élus démocrates à la Chambre des représentants, contrôlée par leur parti, se préparaient jeudi matin à présenter des articles d’«impea­chment».

«Insurrection»
Mike Pence a certifié la victoire de Joe Biden (306 grands électeurs contre 232) au milieu de la nuit, devant les deux Chambres du Congrès réunies pour une session extraordinaire.
Censée être une simple formalité, cette certification a tourné à «l’insurrection», «pres­qu’à la sédition», selon les termes du Président élu, quand une foule de partisans du Président sortant a envahi le Capitole, interrompant les dé­bats.
Les images prises de l’intérieur du majestueux bâtiment marqueront l’Histoire : élus portant des masques à gaz, agents de la police en civil arme au poing, manifestants installés dans les bureaux des parlementaires.
Ces scènes ont suscité consternation et indignation à travers le monde, et l’image des Etats-Unis, qui se posent volontiers en modèle démocratique, a été durablement abimée.
«Notre tâche aujourd’hui et pour les quatre années à venir est (…) de permettre un renouveau de la politique dont la finalité est de résoudre les problèmes, pas de souffler sur les flammes de la haine et du chaos», a déclaré Joe Biden mercredi lors d’une déclaration solennelle.
«L’Amérique est bâtie sur l’honneur, la décence, le respect et la tolérance», a insisté cet homme un peu frêle, très respecté à Washington, qui prendra les rênes du pouvoir à l’issue d’une très longue carrière politique.
Temporairement bloqué par Twitter et Facebook, Donald Trump apparaît extraordinairement en retrait. Il ne s’est plus exprimé depuis la diffusion d’une courte vidéo dans laquelle il appelait les manifestants à «rentrer chez eux», mais où il déclarait aussi sans preuve que l’élection avait été «volée».
Dans un bref communiqué, il s’est simplement engagé depuis à un transfert du pouvoir «ordonné», réaffirmant son «complet désaccord» avec le résultat.

«Trop c’est trop»
Au sein du parti républicain, de son gouvernement, et dans son équipe rapprochée, le malaise est palpable. Son jusqu’au-boutisme a aliéné une partie de son propre camp.
On y prépare la suite, certains en prenant leur distance, à l’image de Mick Mulvaney, émissaire des Etats-Unis en Irlande du Nord, qui a démissionné. «Je ne peux pas rester, pas après hier», a déclaré sur CNBC celui qui fut le chef de Cabinet du tempétueux Prési­dent.
Plusieurs membres du Conseil de sécurité nationale ont aussi annoncé leur départ. Le sénateur républicain Lin­dsey Graham, un proche allié de Donald Trump, a déclaré dans la nuit qu’il cessait d’emboîter le pas du Président : «Ne comptez plus sur moi ! Trop, c’est trop !»
Depuis plus de deux mois, l’ancien homme d’affaires de New York, arrivé au pouvoir en 2017, refuse d’accepter sa défaite et souffle sur les braises de la division en brandissant des théories du complot. Et les scènes de violence de mercredi sont, pour beaucoup, l’aboutissement de cette croisade.
Pour Barack Obama, ces violences sont «un moment de déshonneur et de honte» pour l’Amé­rique, «mais pas une surprise».
Le Point

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