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Former U.S. president Barack Obama speaks at a conference during his first visit to France since he left the White House, Paris, France December 2, 2017. The session, organized by an association called "Les Napoleons" is hosted by Orange CEO Stephane Richard. REUTERS/Benoit Tessier

L’ancien Président américain était invité, samedi, à participer à une conférence privée consacrée aux «Peurs», à l’auditorium de la Maison de la Radio.

Barack Obama a gardé son art oratoire et sa technique fleuret moucheté. Comme pour accentuer encore un peu plus le contraste avec son successeur. A Paris, il n’a pas prononcé une seule fois son nom. Il était pourtant dans tous les esprits. Invité, samedi 2 décembre, par «les Napoléons» -un réseau d’acteurs de l’industrie des communications- à participer à une conférence privée consacrée aux «Peurs», à l’auditorium de la Maison de la Radio, l’ex-Prési­dent a esquissé pendant plus d’une heure devant un public conquis par sa vision du mon­de et ses préoccupations du mo­ment.
Prudent, ne citant personne nommément, Barack Obama a développé en creux un discours aux antipodes des positions de l’actuel occupant du bureau Ovale. «Nous sommes à un point d’inflexion», a-t-il lancé en préambule, signifiant que sur l’environnement, la géopolitique, le terrorisme, les migrations et même la technologie, le mon­de était à l’aube de grandes ruptures. Pour lui, la période que nous vivons s’apparente à celles qui ont vu naître l’agriculture, puis l’industrie.

«Absence temporaire de leadership américain»
Sur tous ses sujets, il a déroulé une musique consensuelle en Fran­ce, mais moins à Washington. Tel un président en campagne, qu’il n’est plus, il a listé trois priorités. Il faut lutter, selon lui, contre la fracture sociale et la polarisation entre les plus riches (1%) et le reste de la planète, en investissant massivement dans la formation.
Le monde a besoin également de renforcer la coopération internationale sur le climat. «Je vous accorde que nous avons une absence temporaire de leadership américain sur ce sujet», a-t-il lancé au détour d’une phrase, avant de souligner que sur le plan local, au niveau des villes et des entreprises, les choses avançaient néanmoins aux Etats-Unis. Enfin, la lutte contre le terrorisme, «le plus grand danger», selon lui, nécessite une réponse militaire, mais elle ne suffit pas : «il faut s’engager en diplomatie, combiner nos forces si on veut réduire ce réseau», a-t-il insisté.
Interrogé par Stéphane Ri­chard, le Pdg d’Orange, l’ex-Président a ensuite listé ses trois «peurs» : le changement climatique, la proliféra­tion nu­cléaire et la crainte d’une pandémie mondiale à l’image d’une grippe espagnole décuplée par le développement fulgurant des trans­ports aériens.
Distribuant les conseils, il a estimé que l’Afrique, continent éternellement prometteur, pourrait enfin décoller, non par les aides, mais par l’entrepreneuriat porté par les jeunes. Soulignant au passage l’irresponsabilité de nombreux gouvernements dans cette zone : «Certains leaders restent trop longtemps et trop d’argent part dans les banques suisses…» Il a également légèrement taclé l’Europe, qu’il estime indispensable à l’équilibre politique de la planète, mais qui «devrait comprendre que le micro-management de la vie quotidienne crée des frustrations chez les citoyens».
Enfin, il a dressé un catalogue des critères qu’il attend d’un leader moderne : « Il y a d’abord la capacité à donner du pouvoir aux gens afin qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes», a-t-il souligné, rappelant qu’il venait de rencontrer, lors d’un court séjour en Inde, «son ami», le dalaï-lama, «un homme qui n’élève jamais la voix, rit beaucoup et qu’on écoute». Barack Obama a ensuite évoqué le pouvoir de rassembler les gens, «cette capacité à se mettre au niveau de son interlocuteur». Enfin, un leader doit avoir une vision à long terme, selon lui, afin de faire com­prendre aux autres «que l’on va dans la bonne direction, même si l’on fait face à des échecs ou à des moments difficiles». Et d’ajouter : «Il faut avoir un peu le sens de tout cela pour maintenir la con­fiance.» Manifestement, ce ne sont pas les qualités qu’il prête à celui dont il ne dit pas le nom.
lemonde.fr

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