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La politique de «tolérance zéro» de Washington à l’égard des familles qui traversent illégalement la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique a été épinglée, mardi 5 juin, par le Haut-Commissariat de l’Onu aux droits de l’Homme (Hcdh), qui dénonce une «violation grave des droits de l’enfant» par l’Administration américaine.
Le 7 mai, le ministre de la Justice, Jeff Sessions, avait en effet défendu cette politique, promettant de séparer systématiquement les enfants de leurs parents «comme le requiert la loi». Le crime d’immigration illégale dont sont accusés les parents qui devront par la suite comparaître devant un Tribunal ne s’étend en effet pas aux mineurs. Parents et enfants sont donc séparés et détenus dans des endroits différents.
Le 5 juin, le Hcdh a ordonné que cesse immédiatement la détention de mineurs et a demandé à l’Administration américaine la fin de la criminalisation de l’immigration illégale. La porte-parole du Hcdh, Ravina Shamdasani, a demandé qu’elle soit traitée, tout au plus, comme une «infraction administrative». Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis à l’Onu, a répondu violemment, critiquant une «hypocrisie» de la part de l’organisation. «Ni les Nations unies ni qui que ce soit d’autre ne dicteront comment les Etats-Unis maintiennent leurs frontières», a-t-elle ajouté.
Ces déclarations interviennent quelques jours seulement après plusieurs manifestations réclamant la fin des séparations des familles. Le 1er juin, elles ont rassemblé des milliers de personnes à Los Angeles, New York, Chicago et Washington, où la mobilisation a eu lieu au pied du ministère de la Justice, chargé de la poursuite des immigrants illégaux.
La mesure très controversée de séparation des familles a pour but de décourager l’immigration illégale, en augmentation de 220% par rapport à avril 2017. «Si vous passez la frontière illégalement, nous vous poursuivrons, c’est aussi simple que ça», a déclaré M. Sessions qui a ordonné la mobilisation de trente-cinq procureurs le long de ladite frontière.
La protestation a démarré fin avril, quand le ministère de la Santé et des services sociaux américain a révélé au Congrès que le gouvernement avait perdu la trace de près de 1 500 mineurs. Arrivés seuls sur le territoire, ils ont été placés dans des familles d’accueil après avoir été appréhendés à la frontière. L’annonce avait ravivé la crainte que ces enfants aient été victimes d’un trafic d’êtres humains, un phénomène déjà observé pendant l’ère Obama : en 2016, la négligence du gouvernement avait permis que des trafiquants récupèrent huit enfants, ensuite forcés à travailler dans une ferme avicole dans l’Ohio.
Une pratique
«cruelle et barbare»
La semaine du 25 mai, Journée internationale des enfants disparus, la toile s’affole à la suite de la publication d’une «fake news». Des internautes horrifiés à l’idée que le gouvernement arrache des enfants à leurs parents et que ceux-ci disparaissent dans la nature se réunissent autour du hashtag
«#WhereAreTheChildren» («où sont les enfants»). L’allégation, explosive, a immédiatement fait le tour du web, relayée par des célébrités et des politiques.
Elle est en fait inexacte. Le secrétaire d’Etat à la santé de l’époque, Eric Hargan, a rapidement tenté de rectifier le malentendu. Dans un communiqué, il explique que les mineurs qui arrivent non accompagnés à la frontière sont placés chez des bénévoles dont le casier judiciaire et la capacité à s’occuper d’un enfant sont vérifiés au préalable par l’Administration. Ces mineurs ne sont pas perdus, mais injoignables, insiste-t-il. Le manque d’information quant à leur emplacement est uniquement dû à l’absence de réponse des tuteurs lors d’un appel de routine, censé avoir lieu trente jours après l’accueil du mineur. Mais cette information, pourtant bien reprise dans les médias américains, n’a rien fait pour apaiser la colère des internautes face à la situation des enfants séparés de leur famille.
Jeudi 31 mai, la Commission interaméricaine des droits de l’Homme (Cidh) a été saisie par des associations militantes dont le Texas civil rights project et la Commission des femmes réfugiées. Elles se sont associées à la Cellule immigration de la Faculté de droit de l’Université du Texas et à une firme d’avocats spécialisés dans l’immigration pour dénoncer une prati­que «cruelle et barbare», au nom de cinq parents séparés de leurs enfants à la frontière sud du Texas et laissés sans moyen de liaison ni d’informations sur leur devenir.
lemonde.fr

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