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Près de 28 mille enfants talibés concernés par la mendicité sur les 183 mille 835 enfants talibés que compte la région de Dakar. Elle dépasse, en termes d’effectifs de talibés et du nombre d’enfants pratiquant la mendicité, la ville de Touba. Ce sont là les résultats d’une étude de l’Ong Gsi qui souhaite avoir une base de données pour pouvoir agir contre le fléau de la mendicité. Les maîtres coraniques demandent à l’Etat plus d’appui, notamment dans la construction de daaras modernes pour bannir le phénomène de la mendicité.

La région de Dakar compte 183 mille 835 enfants talibés avec au total 1 922 daaras. Parmi ces talibés, 27 mille 943 sont concernés par le phénomène de la mendicité, soit 15,2% de l’effectif total. Un chiffre qui n’est pas loin des estimations de l’Unicef qui avait évalué les enfants talibés mendiants dans les rues de Dakar à 30 mille. Ces chiffres ont été rendus publics par l’Ong Global solidarity initiative (Gsi) qui a fait une cartographie géolocalisée des daaras de la région de Dakar avec la participation des maîtres coraniques qui ont aidé à leur identification. La ville de Pikine arrive largement en tête avec un effectif de 80 mille 174 talibés. Elle est suivie de la ville de Dakar (30 mille 803) et Rufisque (26 mille 663).
D’après ces chiffres, la région de Dakar dépasse la ville de Touba en termes d’effectifs de talibés et de mendiants. Selon Serigne Abdou Aziz Mbacké, président de l’Ong Gsi, la ville de Touba compte 127 mille 822 talibés et 1 524 daaras. Ces données vont constituer une base de travail pour le gouvernement qui, selon M. Mbacké, doit jouer un rôle de régulation et de répression. Egalement, «elles vont servir aux partenaires et aux Ong et même aux daaras qui luttent contre la mendicité des enfants de pouvoir identifier les trafiquants qui profitent du désordre pour les exploiter», prévient-il.
L’Ong Gsi veut que les daaras soient appréhendés comme un système éducatif. L’Association des maîtres coraniques semble adhérer à cette démarche. Le représentant des maîtres coraniques, Kéba Gaye, basé à Pikine, soutient que ce sont ses collègues en partenariat avec leur commune qui ont été les premiers à faire le comptage des daaras dans leur localité. «Nous voulons éradiquer la mendicité», clame-t-il. Il sollicite néanmoins l’appui de l’Etat. «Dans chaque département, il y a une trentaine d’écoles formelles alors qu’on peine à trouver des daaras modernes. Cela n’aide pas à rompre avec la mendicité», plaide le représentant des maîtres coraniques.
Abordant dans le même sens, Abdou Aziz Mbacké soutient que les daaras en général sont confrontés à trois problèmes : la nourriture, la santé et des locaux adaptés. L’Ong Gsi a pour sa part essayé d’apporter son aide. Elle met en action la solidarité communautaire en intégrant le parrainage avec les «ndeye daaras», mais aussi les acteurs locaux et les chefs religieux. Pour le volet santé, l’Ong s’est rapprochée de la Couverture maladie universelle (Cmu) pour enrôler des talibés. Il donne l’exemple de Touba où le khalife général des Mourides a octroyé 30 millions de francs Cfa aux talibés de la localité pour leur prise en charge sanitaire au niveau de la Cmu. «De la même façon qu’il y a une Cmu-élève, on voudrait qu’il y ait une Cmu-talibé», souhaite-t-il.
Laylee Moshiri, représentante de l’Unicef au Sénégal, a rappelé la nécessité d’améliorer le sort des enfants talibés qui, malgré les bonnes intentions, continuent de voir leurs droits bafoués tous les jours. «Il nous reste encore d’immenses efforts pour améliorer le sort de ces enfants», plaide-t-elle. Saluant les résultats de cette étude, Mme Moshiri souligne que ces données devraient permettre à l’Etat de jauger l’ampleur des mesures à prendre pour retirer les enfants de la rue.
ndieng@lequotidien.sn

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