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Environ 660 milliards de francs Cfa sont tombés depuis hier soir dans l’escarcelle du Sénégal. Les marchés financiers ont répondu massivement à l’opération de lancement d’Eurobond. Le Sénégal a surpris son monde en obtenant des emprunts à un taux de 6,25%,  le deuxième meilleur taux d’emprunt consenti à un pays africain. Seule l’Afrique du Sud avait fait mieux que le Sénégal. La confiance des marchés financiers apparaissait sans limites.

(à Paris) – Le Sénégal a médusé les marchés financiers hier. L’opération de lancement d’Eurobond a été florissante. Le Sénégal s’était présenté devant les investisseurs pour rechercher la somme de 1 milliard 100 millions de dollars Us soit quelque 660 milliards de francs Cfa. La réponse des investisseurs a été surprenante. Plus de 8 milliards 200 millions de dollars Us ont été proposés au Sénégal. Les membres de la délégation du Sénégal ainsi que les «traders» de la banque d’affaires Rothschild, conseil du gouvernement du Sénégal pour l’opération, n’en croyaient pas leurs yeux. Les marchés ont réagi mieux que ne pouvaient attendre les autorités de l’Etat du Sénégal. Les offres ont même eu à culminer jusqu’à plus de 9 milliards 400 millions de dollars à un taux d’intérêt de 6,50%. Cet engouement des investisseurs a autorisé une plus grande audace des autorités du Sénégal. Seulement, trois petites heures après l’ouverture des offres qui défilaient sur un écran géant dans la salle du siège de la banque Rothschild à Paris, le ministre des finances du Sénégal et son équipe, ont évalué la situation avec les travers pour décider de bousculer les marchés en baissant le taux d’intérêt à 6,25%. Les appréhensions pouvaient être grandes à cet instant, car le Sénégal escomptait, avant l’opération, obtenir des financements pour un taux de l’ordre de 7,2%. L’audace a payé, plus que de raison. Les investisseurs ont réajusté leurs offres qui ont été stabilisées à 8 milliards 200 millions. Le Sénégal pouvait se frotter les mains. Les sourires égayaient l’atmosphère. «Nous sommes en train de casser tous les codes des coffres»,  a lancé un trader de Rothschild, satisfait. Le président de Rothschild, qui manifestement ne voulait pas manquer ce moment historique, se joindra au groupe. Le baron David de Rothschild se fera expliquer la situation.
La discussion tournait autour de la question de proposer une baisse plus significative des taux d’intérêt. «Le marché suivra mais il faudra tenir compte des marchés secondaires. A un certain niveau, vous pourrez décourager les investisseurs à l’avenir.» Déjà, insistera un banquier, «le Sénégal fait mieux que presque tout le monde en Afrique. Seule l’Afrique du Sud peut prétendre avoir de taux d’intérêt plus bas». Comme pour mieux convaincre ceux qui pouvaient encore être tentés de tirer sur le marché, les banquiers d’affaires ont expliqué que la Côte d’Ivoire par exemple, n’a pu obtenir moins de 6,28% lors de son dernier Eurobond et sur une durée de 10 ans, alors que le Sénégal a pris l’audace de lancer une opération sur 16 ans. Le succès est encore plus éclatant quand on sait que le Nigeria n’a pu tirer sur le marché qu’avec un taux de 6,85% sur 10 ans et que le total des offres reçues à l’occasion ne dépassait pas 7,5 milliards de dollars.

Les arbitrages de Amadou Ba
Une autre question suivra. «Dès l’instant que les marchés financiers nous suivent de cette façon, pourquoi ne pas emprunter plus que notre objectif initial de 1 milliard 100 millions de dollars ? Le ministre de l’Economie et des Finances tranchera le débat par  un arbitrage ferme : «Je n’ai reçu du parlement qu’une autorisation pour ce montant. Je m’en tiens strictement à l’autorisation parlementaire.» il n’écoutera pas les avis qui voulaient préconiser de prendre davantage. Amadou Ba tranchera : «Nous nous en tenons à ce montant, quitte à revenir plus tard, après avoir obtenu les autorisations nécessaires du parlement.» La réponse aura le mérite de satisfaire les con­seillers de Rothschild et le syndicat des banques qui accompagnaient le Sénégal dans l’opération.
Il restera alors à affecter les allocutions aux différents investisseurs. Ce ne sera pas un exercice facile. Chaque investisseur cherchait à obtenir le maximum. La bousculade a été forte et d’aucuns ont cherché à surenchérir. Ils étaient nombreux et variés, les investisseurs qui voulaient acheter des titres du Sénégal. On y distingue des fonds de pension américains, de grandes banques d’investissement comme JP Morgan, Wellington, Pimco, Ubs, Citigroup, Bnp, Hsbc, Union National Bank des Emirats arabes unis, entre autres. Au total quelque 389 investisseurs institutionnels ont eu à proposer des financements au Sénégal. Lors de son dernier Eurobond, il y avait eu moins de souscripteurs. «Les investisseurs n’étant pas de même qualité», les allocataires ont préféré privilégier les investisseurs à long terme, notamment les fonds de pension de retraites ainsi que les assureurs à vie et certaines grandes banques internationales.
Ces investisseurs proviennent pour quelque 39%, des marchés nord-américains et autant des marchés européens, et 11% des marchés asiatiques.

Les raisons du succès du Sénégal
La magie qui a fonctionné sur les marchés financiers à la faveur du Sénégal est pourtant simple à expliquer. Le journal Le Quotidien ne savait pas si bien dire dans son édition du week-end dernier, en reprenant une dépêche de l’agence Reuters qui annonçait un succès de l’opération d’émissions d’Eurobond envisagée par le Sénégal. Nous parlions de l’engouement affiché par les investisseurs.
Le périple qui avait conduit les cadres responsables du ministère des Finances à faire le tour du monde, les deux dernières semaines, laissait augurer une perspective heureuse pour le Sénégal. Amadou Ba et son équipe avaient été à Paris, Londres, New York, Boston, Los Angeles, Francfort, Zurich, Genève, entre autres, pour préparer les investisseurs à l’opération. Ainsi, ils s’étaient évertués à faire ressortir les qualités du dossier du Sénégal. Les marchés ont été satisfaits de la qualité de la signature du Sénégal, avec un environnement économique et politique stable, mais aussi une bonne gouvernance publique qui les aura rassurés.  «Pour vendre notre dossier, nous avons fait abstraction des perspectives d’exploitation des hydrocarbures annoncées. Nous nous sommes contentés de nos performances économiques actuelles et de la qualité de la notation de l’économie du Sénégal par les institutions internationales de notation». «Aussi, poursuit Amadou Ba, nous n’avons pas tenu compte de notre perspective de reprofilage de la dette du Sénégal, encore moins du processus de réévaluation de notre Produit intérieur brut.» «Ainsi, argue-t-il, nous sommes en position de revenir sur le marché avec des atouts plus importants pour trouver des financements encore plus consistants pour nos projets de développement.» C’est en ces termes qu’il décida de clore l’opération, sous un tonnerre d’applaudissements.
L’émotion était visible au sein de la délégation sénégalaise et des traders de Rothschild. Tout le monde pouvait se considérer comme des héros. Amadou Ba pourra embrasser fortement son équipe, composée notamment de Babacar Cissé, Directeur général de la dette publique, de Pierre Ndiaye, Directeur général de la planification et des politiques économiques, de Pape Sarr, Directeur général des services financiers et de la compétitivité, de Maguette Niang, Conseiller technique du Premier ministre, Mahammad Boun Abdallah Ndionne, de Ahmadou Lo, Directeur national de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest et de Mamadou Doudou Sy, cadre à la Direction de la dette publique. L’ambassadeur du Sénégal à Paris a tenu à prendre part à la séance.
mdiagne@lequotidien.sn

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