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La dépouille du général Franco a été exhumée après des mois de bataille judiciaire. Le dictateur espagnol reposait jusque-là dans un mausolée monumental près de Madrid. Le président du gouvernement, Pedro Sanchez, avait fait de ce transfert une priorité.

«L’hommage public au dictateur était plus qu’un anachronisme ou une anomalie, c’était un affront à la démocratie espagnole, a déclaré le chef du gouvernement par intérim, le Socialiste Pedro Sanchez, lors d’une brève allocution jeudi 24 octobre. Y mettre fin était un devoir pour les générations qui n’ont pas grandi sous le traumatisme de la guerre civile et du franquisme.»
Quarante-quatre ans après la mort du dictateur Francisco Franco, l’Espagne a procédé hier à l’exhumation de sa dépouille, hors de l’immense mausolée monument du Valle de los Caidos, construit à sa gloire par des milliers de prisonniers politiques, renfermant les ossements de plus de 33 mille victimes de la guerre civile, républicains comme franquistes, et situé à une cinquantaine de kilomètres de Madrid.
En présence de membres de la famille Franco et de la ministre de la Justice Dolores Delgado, qui faisait office de notaire du royaume, la dalle d’une tonne et demie, gravée du nom du dictateur, a été retirée du cœur de la basilique et le cercueil qu’elle recouvrait, endommagé par le temps, en a été extrait.

«Viva Franco, viva España»
La famille prétendait y déposer un drapeau pré-constitutionnel marqué de l’aigle, ce qui leur a été interdit par les autorités, soucieuses d’éviter toute apologie du franquisme. A la place, ils l’ont recouvert d’un drap portant le blason de la famille et, pour lui donner le caractère solennel que lui a refusé l’Etat, huit petits-fils et arrière-petits-fils du dictateur l’ont porté sur leurs épaules jusqu’au corbillard qui les attendait devant les portes de la basilique.
Alors qu’ils lançaient des «Viva Franco, viva Es­paña», le cercueil était introduit dans la voiture funéraire. Celle-ci s’est ensuite dirigée vers un hélicoptère de l’Armée de l’air qui a transporté la dépouille momifiée jusqu’au cimetière de Min­gorrubio, dans la ville du Pardo, en banlieue madrilène. Là, il a rejoint le caveau familial où se trouve enterrée sa veuve, Car­men Polo.
Dans le cimetière, fermé aux journalistes, la famille a alors déployé le drapeau pré-constitutionnel qui leur avait été interdit et une messe a été célébrée par l’abbé du Valle de los Caídos, Santiago Cantera, ancien membre du Parti fasciste de la Phalange, et le prêtre Ramon Tejero, fils de l’ancien lieutenant-colonel Antonio Tejero, auteur du coup d’Etat du 23 février 1981. Ce dernier a tenté de se joindre à la messe, mais en a été empêché par la police. Il est resté aux abords du cimetière avec un groupe d’une centaine de nostalgiques du franquisme, venus, comme Miguel, serveur de 57 ans, «remercier le Caudillo d’avoir libéré l’Espagne du communisme», «créé la Sécurité sociale» ou encore «construit des barrages».
lemonde.fr

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