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Dans le cadre d’un Crd d’évaluation de l’Acte 3 de la décentralisation organisé hier, les élus de la région de Dakar ont dénoncé leur mise à l’écart dans la gestion du foncier.

Successeur de Khalifa Sall à la mairie de Dakar – un des grands détracteurs de l’Acte 3 – Soham El Wardini n’a pas évalué cette réforme si décriée à l’Hôtel de ville de la capitale. Présente au présidium, le maire de Dakar s’est limité à faire son message de bienvenue à l’endroit de ses collègues élus. Ces derniers, par contre, n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère pour faire le bilan des 6 années d’application de l’Acte 3 de la décentralisation devant le ministre des Collectivités territoriales et de l’aménagement du territoire. Dans le cadre d’un Comité régional de développement (Crd) spécial d’hier sur l’évaluation de l’Acte 3 de la décentralisation dans la région de Dakar, les élus ont dénoncé la délivrance de baux souvent à leur insu. «Les services de l’Urbanisme, du Cadastre et des Domaines, en relation avec les préfets, les gouverneurs, signent des baux dans nos territoires sans y associer les mairies. Nous ne sommes pas au courant très souvent de leurs délibérations. Après, on dit que c’est le maire qui a donné. Cela doit cesser», a lancé Ibrahima Fall, adjoint au maire de Yoff. Pour le député-président du Conseil départemental de Rufisque, l’Etat a transféré des compétences aux communes tout en voulant avoir une mainmise sur le fonctionnement des collectivités. «Qu’est-ce qui justifie la substitution de l’Etat aux collectivités territoriales sur notre propre territoire dans le pôle urbain de Diamniadio ?», s’étonne Souleymane Ndoye. Selon Aïda Sow Diawara, maire de Golf Sud, «les maires délivrent des permis de construction sans savoir comment les terres en question ont été données». Après deux heures de complaintes portées par 17 orateurs, le ministre des Collectivités territoriales a finalement admis qu’«il y a de sérieux problèmes sur le foncier à Dakar». Pour le moment, le gouvernement privilégie la concertation pour régler cette question. Oumar Guèye d’ajouter : «M. le gouverneur, vous avez un grand chantier dans la région de Dakar avec les élus pour pouvoir trouver des solutions définitives à ce problème foncier. Nos services, comme l’Agence nationale de l’aménagement du territoire, sont à votre disposition. C’est un problème crucial auquel il faut trouver des solutions.»

Piques et répliques entre Cheikh Guèye et Oumar Guèye
Cheikh Guèye rappelle que «les plans directeurs d’urbanisme doivent avoir comme soubassement le plan d’aménagement du territoire qui est la base». A ce titre, il promet l’adoption prochaine d’une Loi d’orientation sur l’aménagement du développement des territoires qui «sera opposable à tout le monde, y compris aux services de l’Etat». Il ajoute : «Si une zone est non aedificandi, on ne peut pas y habiter.» De la même manière, le ministre reconnaît un «gros problème» d’aménagement du territoire au Sénégal. Durant les débats, quasiment tous les élus ont aussi déploré le déficit de ressources financières des collectivités territoriales. S’il reconnaît les efforts de l’Etat, le maire de Dieupeul-Derklé indi­que, en revanche, que «ça ne se ressent pas». Cheikh Guèye note qu’en 2015, les fonds de dotation ont augmenté, mais «ne correspondent même pas au 1/5 de ce que les mairies recevaient dans l’ancien régime du fait de l’importance des charges». En réplique, Oumar Guèye a rappelé que les fonds de dotation sont passés de 16 milliards en 2012 à 24 milliards en 2019. De plus, fait-il remarquer, les fonds d’équipement sont passés de 12,5 milliards à 26 milliards durant la même période. Ainsi, Oumar Guèye appelle les collectivités à explorer la voie de l’intercommunalité.
bgdiop@lequotidien.sn

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