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Cheikh Bamba Dièye est dans tous ses états. A Thiès, dans le cadre d’une conférence initiée par le Centre pour l’éducation à la citoyenneté (Cec), l’ancien maire de Saint-Louis s’est prononcé sur les violentes manifestations à Guet-Ndar, mardi dernier. Et il semble minimiser les dégâts qui se limitent à «quelques voitures cassées et des bureaux brûlés». Le leader du Fsd-Bj dénonce ces «donneurs de leçons» qui ne se sont jamais prononcés «quand les jeunes de Guet Ndar sont tués par la brèche».

Le climat social à Saint-Louis, votre ville, est très agité avec les violentes manifestations des pê­cheurs de Guet-Ndar. Et beau­coup ont dénoncé la destruction de biens publics et même privés. Quel est votre avis sur cette question ?
Je pense qu’il faudrait que les gens sachent raison garder. Il faut arrêter ! Quand les gens meurent, personne ne se prononce sur la question. Depuis 2003, c’est 450 Guet-ndariens qui sont morts sur la brèche, et personne ne s’est ému de cette situation-là. Alors, les donneurs de leçons, on n’en a que faire. Il y a une souffrance qui est beaucoup plus importante que les quelques voitures qui ont été cassées ou des bureaux brûlés. La réalité est que la poudrière, Guet-Ndar, avale chaque année des dizaines et des dizaines de citoyens de ce pays. La réalité est que l’avancée de la mer fait un désastre sur tout le littoral de la Langue de Barbarie. La réalité est que nous avons un problème : des gens sont tués, des pirogues sont arraisonnées, le matériel et l’investissement perdus. Il y a des escrocs qui sont dans le système qui se nourrissent de la léthargie de l’Etat et de sa disparition sur le cadre de ce qu’il faut faire par rapport au gouvernement mauritanien pour traiter d’Etat à Etat et traiter de manière responsable. Alors, Guet-Ndar n’a besoin de recevoir de leçons de personne et nous n’en recevrons de personne. Nous savons ce que les Dakarois font quand ils sont mécontents. Qu’est-ce que les Dakarois feraient de Dakar si 450 Dakarois étaient tués et de manière gratuite ? De même que les populations thiessoises. La Langue de Barbarie a besoin de 150 milliards de francs Cfa. Tous ces donneurs de leçons n’ont jamais rien fait pour régler ce problème-là. Quand le président de la République est capable d’aller à Londres et d’emprunter 156 milliards de F Cfa pour construire un stade de plus pour Dakar, après Dakar Arena, Demba Diop et Léopold Sédar Senghor, nous pensons que nous aussi nous sommes des citoyens de ce pays et nous avons besoin que la brèche soit stabilisée. Nous n’avons plus besoin d’être du bétail électoral que l’on va utiliser lorsqu’on a besoin de nos cartes pour nous mentir et nous escroquer. En 2014, l’Etat du Sénégal avait dit qu’il va stabiliser la brèche. Depuis, rien ! Comment est-ce qu’un Etat qui nous ment de manière aussi éhontée depuis 2014 peut-il aujourd’hui nous donner des leçons pour dire que nous sommes des sauvages ? Mais nous défendons notre droit à la vie. Guet-Ndar défend son droit à être membre de la collectivité nationale et à recevoir de ce qui lui revient de droit. Quand le gouvernement dépense chaque année plus de 4 mille milliards, cela fait plus de 30 mille milliards qui ont été dépensés sans que nos enfants soient pris en compte. Pendant ce temps nous mourons à Guet-Ndar. Pendant ce temps on a emprunté 800 milliards pour les mettre dans un Train express régional qui ne nous sert absolument à rien du tout. 300 milliards ont été dépensés dans le Brt, 100 milliards pour l’élargissement de la Vdn, pour Dakar. C’est quoi ce parti-pris ? C’est quoi ces donneurs de leçons et ces gens qui veulent nous faire croire que nous n’avons pas le droit de revendiquer ?
Mais vous semblez encourager la violence ?
Je n’encourage rien. J’encou­rage le droit légitime des cito­yens à se battre pour avoir le droit à la vie. Vous me parlez de casse, moi je vous parle du droit à la vie. Non, je ne fais l’apologie de rien du tout. Je réclame le droit élémentaire du citoyen à être protégé par l’Etat. Nous n’avons pas besoin de leçons à ce niveau-là. Ne cherchons pas de faux-fuyants et de leurres. Ciblons la source du mal. Je n’ai pas de soucis à me faire par rapport à la route et par rapport aux pierres. Je me préoccupe des 450 jeunes qui ont été tués à Saint-Louis et sur lesquels personne ne dit quelque chose.
Une trentaine de jeunes ont été interpellés et placés sous mandat de dépôt, parmi eux 12 mineurs et 4 pêcheurs… (Il coupe)
C’est dommage et c’est triste. Ils vont chercher des bouc-émissaires, des gens qui vont payer pour les autres. Est-ce que c’est cela que nous attendons ? La menace est sur la brèche qui tue chaque année plus d’une dizaine de jeunes et qui continue de tuer au moment où nous parlons. Est-ce que notre véritable préoccupation devra être d’aller trouver un berger qui se pavanait sur l’Île de Saint-Louis, faute d’avoir attrapé un jeune Guet-ndarien, pour l’amener au Tribunal ? C’est cela l’idée de la justice ? C’est cela la manière de traiter les vrais problèmes ?
La question des licences n’est encore pas définitivement réglée et le Sénégal va devenir un pays pétrolier. Que préconisez-vous pour que les relations entre Saint-Louis et la Mauritanie soient définitivement apaisées ?
La réalité est simple. Vous avez listé les quatre échelons de la poudrière qui est Guet-Ndar. Relevant de ce qui nous concerne avec la Mauritanie, l’Etat du Sénégal doit traiter d’Etat en Etat comme le fait l’Union européenne avec la Mauritanie. Il faut que l’Etat du Sénégal demande à la Mauritanie combien ça coûte pour nous d’aller pêcher. Relevant maintenant du littoral et de l’avancée de la mer, nous avons besoin de 150 milliards de francs Cfa pour stabiliser la brèche mais également une zone tampon et une route-digue pour prévenir et sécuriser les 100 mille personnes qui sont sur la Langue de Barbarie. Pour ce qui est de l’exploitation gazière, je pense qu’aujourd’hui lorsqu’il s’agira d’exploiter le gaz à Saint-Louis, les pêcheurs vont avoir énormément de problèmes. Les zones qui étaient réservées à la pêche seront interdites avec l’exploitation du gaz. Et on ne fait rien et on ne dit rien sur ces questions essentielles.

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