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Dans le sahel, près «de 200 personnes, dont des déplacées internes, ont été victimes d’homicides illégaux ou de disparitions forcées entre février et mars 2020». Ces actes auraient été commis par des militaires au Mali, au Niger et au Burkina Faso dans une totale impunité.

On savait tous que le Sahel est devenu une zone de non-droit depuis l’installation de groupes terroristes qui multipliaient les exactions. On tombe des nues en découvrant que certaines portent la signature des soldats engagés pour sécuriser les populations. Dans un rapport publié hier et intitulé «Ils en ont exécuté certains et emmené d’autres avec eux : Péril pour les populations civiles dans le Sahel», Amnesty donne les chiffres des meurtres commis par des militaires : «Semant la terreur dans des villages du Mali, du Niger et du Burkina Faso, des soldats ont tué illégalement ou soumis à des disparitions forcées au moins 199 personnes entre février et avril 2020. Certains des homicides commis s’apparentent à des exécutions extrajudiciaires et des personnes déplacées internes font partie des victimes.» Effroyable !
Face à cette situation, l’organisation de défense des droits de l’Homme appelle «les gouvernements du Mali, du Burkina Faso et du Niger à mettre un terme à l’impunité concernant les violations régulièrement commises par leurs forces de sécurité contre des populations non armées, et à veiller à ce que les opérations militaires soient conformes aux droits humains et au droit international humanitaire». Elle précise qu’au Mali et au Burkina Faso où la situation est celle d’un conflit armé non international, les homicides délibérés de civils non armés par les forces de sécurité pourraient être constitutifs de crimes de guerre.
Cette situation exaspère la directrice pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique Centrale à Amnesty international. «L’insé­cu­rité règne au Sahel où la population est piégée entre les attaques des groupes armés et les opérations militaires en cours. On sait que l’Armée procède à chaque fois à des dizaines d’arrestations arbitraires, et que certaines des personnes arrêtées ne réapparaissent jamais, mais on ignore l’ampleur réelle des violations commises par les forces de sécurité», déclare Samira Daoud.
En détail, Ai annonce qu’au moins «23 cas d’exécutions extrajudiciaires ou d’autres homicides illégaux et 27 arrestations arbitraires suivies de disparitions forcées» ont été commis par l’Armée malienne dans les communes de Diabali et de Dogofry, entre le 3 février et le 11 mars 2020.
«Le 16 février, à Belidanedji, les forces de sécurité ont procédé à l’exécution extrajudiciaire de cinq personnes que les villageois ont ensuite enterrées, et à l’arrestation de 18 autres dont on est sans nouvelles depuis», renchérit-elle.
Alors qu’au Niger, informe l’organisation, 102 habitants de la région de Tillabéry, dans le sud-ouest du pays, ont été arrêtés et soumis à une disparition forcée par l’Armée dans le cadre de l’opération «Almahou» entre le 27 mars et le 2 avril 2020. Quid du Burkina Faso ? «Dans au moins deux cas, les forces de sécurité ont soumis des personnes à des disparitions forcées – dont des personnes déplacées internes – avant de les tuer. Issouf Barry, conseiller local de Sollé, Hamidou Barry, chef du village de Sollé, et Oumarou Barry, membre de la famille princière de Banh, ont été enlevés à leur domicile, à Ouahigouya, le 29 mars 2020», répond Ai. Ce n’est pas tout : «Dans un autre cas signalé à Amnesty international, 31 habitants de Djibo, dont 10 personnes déplacées, ont été arrêtés et exécutés le 9 avril 2020 par le Groupement des forces antiterroristes (Gfat). Le 20 avril, le gouvernement a reconnu que des exécutions extrajudiciaires avaient eu lieu. Il a déclaré que la direction de la Justice militaire avait été chargée le 10 avril d’enquêter sur ces allégations.»
Aujourd’hui, l’organisation appelle ces trois pays à mettre fin à cette impunité. «Jusqu’à présent, les engagements des gouvernements du Mali, du Burkina Faso et du Niger, promettant de remédier à ces violations, n’ont pas été suivis d’effets. Les autorités de ces pays doivent de toute urgence enquêter de manière rigoureuse sur ces violences, dont beaucoup pourraient constituer des crimes de guerre, et veiller à ce que la population soit protégée pendant les opérations militaires contre des groupes armés», dit Samira Daoud.

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