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On pense souvent que les filles sont plus enclines à tenir un journal intime. Moustapha Fall est lui l’exception qui fait la règle. Agé de 27 ans, il se souvient avoir tenu un journal à son adolescence. C’était pour lui une façon d’affirmer sa masculinité. Rien avoir avec ces clichés qui font du journal intime une affaire de filles.

Carnet entre les mains, à l’abri de tout regard, Moustapha Fall se revoit à 12 ans tenant son journal intime dans sa chambre. «Oui je tenais un journal intime. C’était ma façon à moi  d’affirmer ma masculinité. Le fait d’écrire ce n’est pas le propre de la femme ou de l’homme mais c’est juste une manière de s’affirmer», dit-il pour se disculper auprès de toutes ces personnes qui veulent faire du journal intime l’apanage des jeunes filles. Les images de ce jeune pubère qui découvre à peine la vie, défilent encore dans la tête de notre interlocuteur, qui confie :  «J’écrivais tout ce que je ne pouvais pas partager avec les autres, de manière ouverte. C’était une sorte de refuge. Je me cachais derrière l’écriture pour m’évader.» L’écriture est une sorte d’évasion pour échapper à son quotidien. Sans se soucier de codes, ou de contextes, Mous­tapha y allait et écrivait tout ce qui lui passait par la tête. «Il n’y avait rien de conventionnel, je n’écrivais pas tout ce que je vis non. J’écrivais ce que je sentais et quand je sentais le besoin d’écrire. Ça ne dépendait que de l’inspiration», soutient-il. Pour le jeune homme, le fait de tenir un journal intime était aussi une manière de s’identifier aux Occidentaux. «Il fallait surtout s’identifier aux Occidentaux. C’est ce qui se faisait à l’époque», se défend Moustapha qui ne pouvait à son âge différencier la vraie graine de l’ivraie. «C’était juste une question de s’évader», renchérit-il un soupçon de gène dans la voix. Au fil du temps, le jeune garçon a con­tinué de tenir son journal. Développant une créativité dé­bordant, il ne manquait pas de créer des scénarios, partant de son vécu. Jamais, il n’a été question de reporter des accrochages qu’il a eus avec des individus. Son journal intime à lui, était différent, et les sujets abordés aussi différents que ceux des filles. C’était plutôt une occasion pour lui de réinventer le monde et de garder sa part de liberté. «Parfois, il m’arrivait de créer toute sorte d’histoire. Je pouvais même en buvant du thé avec des copains sentir un sujet et aller vite l’écrire», note Moustapha. Du haut de ses 27 ans, il se rend compte que ce sont là de belles pages de sa vie. En atteste le fait qu’il garde toujours des «bouts» de ce journal. «Quand je replonge dans mon passé, je redécouvre des parties de moi-même. Comment j’étais personnellement. Comment les autres me voyaient. En écrivant je décrivais aussi, mon entourage, les personnes que j’ai fréquentais, et le rapport que j’ai eu. Je ressasse les souvenirs de mon enfance quand je tombe dessus je me marre énormément», avance-t-il. Maintenant que le boulot ne permet plus les folies de jeunesse, Moustapha ne tient plus son journal intime, mais reste convaincu, contrairement à certains qui estiment qu’écrire c’est s’aliéner, qu’écrire c’est s’affirmer.

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