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Le 18 septembre prochain, le juge de la Chambre criminelle qui a en charge le dossier du rappeur Ngaka Blindé rendra son délibéré sur l’exception d’incompétence soulevée par le Parquet. La demande de mise en liberté provisoire de la défense n’a pas connu de succès.

Ngaka Blindé, de son vrai nom Baba Ndiaye, reste en prison. Son dossier pour faux monnayage, appelé hier devant la Chambre criminelle, n’a pas été jugé. Pour cause, le Parquet a soulevé une exception d’incompétence. Le ministère public s’est fondé sur la nouvelle loi du 23 février 2018 qui a été publiée au Journal officiel le 14 mai 2018 qui fait que les faits sont aujourd’hui de la compétence de la Chambre correctionnelle. C’est pourquoi le procureur Saliou Ngom a sollicité le juge à déférer l’affaire devant ladite Chambre. Il a fait comprendre qu’il est soucieux de préserver les intérêts des accusés, car cette nouvelle loi qu’il évoque est plus douce que l’ancienne. «L’article 119 du Code pénal qui aujourd’hui est abrogé par l’exécution de la loi 2018 prévoyait une peine de travaux forcés à perpétuité. La nouvelle loi prévoit une peine de travaux forcés de 10 à 15 ans», explique le ministère public.
La défense s’est opposée à cette requête du Parquet «dans la mesure où l’affaire n’a été enrôlée qu’au mois de juillet. Or la loi a été publiée le 14 mai. Donc le Parquet avait largement le temps pour retirer le dossier au greffe du Tribunal criminel et de renvoyer l’affaire devant le Tribunal correctionnel. Ce qui n’a pas été fait», a dit Me Aboubacry Barro, avocat de Ngaka Blindé. D’ailleurs pour lui, «dans cette fameuse loi, vous ne verrez pas la définition en tant que telle du faux monnayage». Et pour son confrère Me Moustapha Dieng, le ministère public s’est lourdement trompé, car le Parquet n’aurait jamais dû enrôler cette affaire devant la Chambre criminelle. Cependant, le procureur a tenu à faire une précision à l’endroit des accusés et leurs conseillers. Il dit : «Les faits resteront des faits criminels. La qualification ne change pas. C’est la compétence qui a changé. C’est la juridiction de jugement qui change. On ne peut pas réprimer des crimes et des délits de la même façon. La loi, c’est la loi. On est obligé de se plier à la volonté de la loi». «Nous ne le faisons pas de gaieté de cœur. On est tous astreint de respecter la loi.» Pourtant, Me Barro et ses confères ont soutenu qu’ils sont dans les dispositions de plaider cette affaire. «Les scellés n’ont jamais été présentés. Nous devons être jugés aujourd’hui parce que nous avons assez d’arguments qui nous permettent d’être acquittés», ajoute un conseiller. Raison pour laquelle les avocats ont exhorté la Chambre criminelle à bien vouloir se déclarer compétente pour juger cette affaire. Dans sa plaidoirie, Me Mous­tapha Dieng a exprimé à la Chambre criminelle d’ordonner la mise en liberté provisoire du rappeur et de son co-accusé. «Il s’agit de préserver les libertés publiques et individuelles des accusés. Si par extraordinaire vous suivez le Parquet, on vous demande de prendre en considération les intérêts des accusés», déclare Me Barro.
Le ministère public n’a pas été favorable à une mise en liberté provisoire des mis en cause. Il a requis le rejet de la requête de la défense pour des raisons qu’il a avancées. «Inutile de rappeler que ce sont des faits extrêmement graves qui ont profondément troublé l’ordre public et qui continuent de le troubler. Les mettre en liberté provisoire serait une décision injustifiable.»
L’exception a été mise en délibéré au 18 septembre prochain. Toutefois, la défense n’a pas manqué de demander au Parquet de s’engager à enrôler dans les meilleurs délais cette affaire devant la Chambre correctionnelle. Le parquetier Saliou Ngom s’est résolu à respecter cette requête de la défense. Le rappeur a eu droit à un soutien massif de ses camarades du hip-hop, des fans et sympathisants. Certains d’entre eux étaient habillés en t-shirt flanqué «Free Ngaka» ou encore «Clémence pour Ngaka». Avec la grève des greffiers, c’est un gendarme qui a officié à la place après avoir prêté serment.
Ngaka et Khadim Thiam sont poursuivis pour une affaire de faux billets de banque.
msakine@lequotidien.sn

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