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D’origine sénégalaise, Il fait partie d’une génération d’artistes qui prônent l’engagement révolutionnaire. Reggaeman aux multiples facettes, Exodus Dakar est reconnu pour son engagement pour le développement tant chanté du continent africain. Panafricaniste, porteur d’identité culturelle, il se présente en véritable patrimoine culturel musical. Une musique mêlant le wolof à l’anglais ou le sérère au Français. En séjour au Sénégal, l’artiste a répondu aux questions du «Quotidien».

Votre dernier album «Là d’où je viens» est sorti en février dernier. Qu’est-ce que vous proposez dans ce produit ?
C’est un album de 14 titres, full reggae soul music, distribué sur plus de 250 plateformes digitales. Le message que j’aimerais faire passer à travers cet album est clair : c’est à la fois conscientiser les Africains et par la même occasion, dire à l’Europe d’arrêter le pillage et de respecter les Africains. Dans notre dialecte reggae, le plus important c’est de sortir des albums qui ont trait à la conscientisation, qui dénoncent les cas politiques, sociaux-culturels qui ne concordent pas avec nos valeurs culturelles. Honnê­tement j’ai été très bien accueilli. Les gens ont vraiment adhéré, que ce soit ici ou en France.

On a l’impression que vous vous produisez beaucoup plus à l’étranger qu’à Dakar. Est-ce vrai ?
Je me produis à l’étranger comme à Dakar. Mais quand je suis en Europe, je me produis plus parce que mon groupe Reggae Montain que j’ai créé en France est très motivé par rapport à African Black Roots que j’ai créé au Sénégal.

Pourquoi avoir choisi le reggae ?
J’ai choisi le reggae parce que c’est une forme musicale qui prône la paix, l’amour et la conscientisation. Il permet aux gens de se remettre en question, car aujourd’hui le monde va mal. Dans ces musiques, les papas et les mamans y chantaient et quand on les écoutait, on savait qu’ils sont en train de parler avec nous et ça nous donne envie d’être bien, de trouver des solutions à certains problèmes. Mais, malheureusement, toutes ces valeurs n’existent plus aujourd’hui. C’est cela qui m’a poussé à opter pour le reggae, qui est une musique moderne et à travers laquelle je fais la promotion de ma culture.

Le reggae est une forme musicale que Bob Marley a rendue célèbre. Aviez-vous constaté une évolution de cette forme musicale ?
Le reggae est un genre musical qui ne va jamais mourir. Aujourd’hui, quoi que l’on puisse dire, tout le monde est bercé par le reggae. Je ne sais pas pourquoi on a souvent tendance à le considérer comme une musique démoniaque, alors que cette musique ne prône que l’amour et la paix. Elle conscientise, dit quelque chose de réel. Le reggae mérite d’être aimé, adoré et écouté. Mais au Sénégal, le reggae n’est pas aussi développé qu’ailleurs. J’aurais voulu que tout ce qui se passe ailleurs puisse se passer ici aussi.

Que retenez-vous alors des autres formes de musique ?
Je dirais que c’est la perversion totale qui gagne la musique d’aujourd’hui. Et, le pire est qu’on ne comprend même pas ce qu’ils veulent exprimer. La musique d’aujourd’hui n’est rien d’autre qu’une musique de propagande et de sexe. Ce qui fait qu’on a oublié là d’où on vient pour paraphraser le titre de mon nouvel album.

Vous avez fait des concerts pour les migrants africains en Italie. Qu’est-ce qui vous a motivé ?
J’ai donné un concert en faveur des migrants pour attirer l’attention sur leur sort. En effet,  j’ai souhaité que mes concerts ravivent en eux l’espoir d’une vie meilleure. Si je prends le micro, c’est pour tous ceux qui ne peuvent pas le faire, mon objectif c’est de me servir de ma musique pour éveiller les consciences. C’est donc mon devoir en tant que chanteur reggae de conscientiser les autres. Quand je suis passé par l’Italie, j’avais visité une maison où les Italiens accueillaient les réfugiés gambiens, sénégalais, malien, bref tous ceux qui viennent de l’Afrique. Ce jour-là, j’ai été choqué de voir ce système où les migrants ont été réduits en esclavage. Ils ne sont pas aidés et même ceux qui travaillent ne bénéficient pas des fruits. C’est vraiment atroce de les voir dans ces conditions. Avant même qu’ils ne soient en Europe, beaucoup ont péri et ont été jetés dans la mer. Et de leur côté les Présidents africains ne font rien pour solutionner ce fléau.

En écoutant vos chansons, on a l’impression d’être dans un champ de révolution. Etes-vous un militant de  «France dégage» ?
En quelque sorte oui, mais moi je dirais que il ne s’agit même pas de «la France dégage», mais plutôt «la France laisse nous en paix». En effet, de nos jours c’est le monde qui fait qu’un Français peut vivre au Sénégal tout comme le Sénégalais peut vivre en France. La France doit laisser l’Afrique en paix signifie qu’elle doit arrêter de continuer de piller nos ressources, même si cela est aussi dû à certains de nos chefs d’Etat. De ce fait, Les chefs d’Etat africains doivent prendre conscience et leur responsabilité. Il faut qu’ils se débarrassent de ces chaines de l’Occident au lieu de se laisser diriger. Je discutais récemment avec quelqu’un et je lui disais que l’esclavage dont nous avons été victimes depuis fort longtemps a été nourri par nous-mêmes les Africains. En effet, c’est nous les africains qui avons vendu aux blancs nos propres frères. C’est pour dire que la présence de l’Europe en Afrique n’est pas seulement l’œuvre de l’Occident.

Les pays de la Cedeao viennent de mettre en place une Zone de libre-échange continentale (Zlec) avec l’émission d’une nouvelle monnaie. Pensez-vous que c’est un bon début pour le développement ?
Je pense que c’est une très bonne idée de mettre en place une monnaie unique africaine mais à condition que cette monnaie soit créée en Afrique et émise par nos propres banques. Sinon ça n’en vaut pas la peine. L’Afrique est un continent dont la civilisation date de longtemps avant même l’arrivée des colons. Les Européens qui disent qu’ils sont venus pour nous civiliser ont tort. C’est plutôt eux qui sont des barbares. L’Africain a une grande place dans l’humanité.
Pour prendre cette place, nous devons redevenir nous-mêmes, réécrire notre histoire et la placer là où elle doit être. L’Afrique a besoin d’être libre, c’est pourquoi on doit plus que jamais s’unir et produire afin qu’on puisse être économiquement, moralement et politiquement libre. L’Afrique est un contient très riche en ressources, il nous faut juste un développement individuel, un développement de la conscience et exprimer notre volonté d’accepter d’être libres, c’est la seule voie qui nous mène à l’émergence dont on a tant rêvé.

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