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Après plus de 25 ans passés aux Etats-Unis, Ndiogou Dramé est devenu le nouveau président de la section basket de l’Ascc Bopp. De retour au bercail, cet ancien basketteur ambitionne d’apporter sa touche au sein de ce club mythique de la capitale. Et pour y arriver, il mise sur le développement du basket à la base, tout en s’appuyant sur les anciens pour permettre à l’équipe de retrouver l’élite.

Pourquoi avoir accepté de prendre la présidence de l’Ascc Bopp ?
Je suis dans le basket depuis plusieurs années. Même si une bonne partie je l’ai passé aux Etats-Unis, je faisais beaucoup de va-et-vient entre Dakar et le pays de l’Oncle Sam. Et j’ai pu apporter ma contribution en occupant certaines responsabilités au sein d’un club comme l’Us Gorée. Si aujourd’hui, j’ai accepté de prendre la présidence du club, c’est parce que j’ai vécu dans ce milieu depuis des années. Il y a aussi le cœur qui m’a poussé à relever ce défi. Il y a des choses qui doivent changer dans le milieu du basket. J’ai beaucoup de contacts aux Etats-Unis, mais aussi en Europe. J’ai aidé une quinzaine de gosses à poursuivre leur carrière à l’étranger. Je me suis dit que si on se met tous à l’écart, comme cela se fait à la politique, après on ne peut pas venir dire que les choses ne marchent pas. Nous, anciens qui ont cette expérience, avons notre mot à dire dans le basket sénégalais. C’est pour cela que j’ai accepté cette grande responsabilité d’être le président de l’Ascc Bopp.
Pourquoi le choix de Bopp ?
Je pense que l’Ascc Bopp fait partie du fleuron du basket sénégalais. Etre le président de ce club est un honneur pour moi. J’ai grandi à Dakar et on connait quatre à cinq grandes équipes du basket sénégalais : c’est l’Ascc Bopp, la Jeanne d’Arc, l’Asfo, Gorée et le Jaraaf. C’est maintenant qu’on commence à parler de l’Asc Ville de Dakar. Au-delà, il y a autre chose qui m’a poussé à accepter cette responsabilité. En fait, je crois que le futur du basket sénégalais se trouve dans la formation.
En fait, vous faites de la formation une priorité ?
En effet, je ne me focalise pas forcément sur les trophées, les titres. Ça viendra après. Aujourd’hui, je me préoccupe plus pour la formation. Malheureusement, elle n’a pas la place qu’il faut dans le milieu du basket sénégalais. Tout le monde se focalise sur l’élite. Pour gagner des titres, il faut aussi penser à la formation. Et quand je parle de formation, je pense au mini-basket. Comme on le fait au foot avec Diambars, Génération Foot… ces centres de formation ont un projet viable axé sur la formation qui peut être source de revenus. Pour cela, il faut que cela soit bien encadré. Malheureusement, le mal du basket sénégalais d’aujourd’hui, c’est que les meilleurs sont dans les centres de formation et y sont confinés. Les clubs ne peuvent pas les utiliser. Les jeunes préfèrent rester dans les centres pendant sept ans dans l’espoir de rejoindre l’extérieur, au lieu de jouer dans les clubs de l’élite. Et malheureusement, pour beaucoup, ils ne sont pas assez outillés quand ils partent. Ils n’ont pas de compétition. Aux Etats-Unis, les gamins jouent toute l’année. On ne peut s’améliorer qu’en jouant au basket. Ma vision est de former ces gamins avec l’avantage de jouer avant de leur offrir la possibilité de partir. Voilà le processus qu’il faut.
Justement, la formation a toujours été la politique de Bopp. Qu’est-ce que vous comptez apporter en plus pour imprimer votre marque de fabrique ?
D’abord, il n’y a pas une équipe qui a les infrastructures comme celles de l’Ascc Bopp. Il y a deux terrains de basket, des salles de regroupement, des moyens d’avoir une salle de sport… Il y a plein de choses qu’on peut faire sur place. Si on veut avoir de bons basketteurs, il faut les mettre dans de bonnes conditions. Et malheureusement au niveau national, il y a un déficit sur le plan des infrastructures. Des salles de basket, on doit en avoir partout au Sénégal. Là, c’est l’amateur qui parle. Cela ne nécessite pas énormément de choses pour que cela puisse se faire. Il faut juste une volonté politique. On me dira que 100 millions Cfa c’est beaucoup. Et pourtant, on dépense plus dans des choses moins importantes. Quand on constate qu’on n’a que trois stades fermés dans tout le Sénégal, c’est inquiétant. C’est Marius Ndiaye, Dakar Arena et la salle de Lat Dior. Cela ne doit pas être une question d’argent. On peut aller trouver l’argent. Même les terrains de sport sont alarmants. A Bopp, c’est déjà pas mal, mais aller dans d’autres clubs, c’est catastrophique. Et pourtant il y a beaucoup de sociétés qui peuvent sponsoriser des terrains de foot, de basket…
Est-ce que la responsabilité n’incombe pas également aux anciens basketteurs que vous êtes et qui laissent les politiques décider de l’avenir du sport à votre place ?
Je suis d’accord avec vous, mais les responsabilités sont partagées. Il y a une part qui incombe à la fédération. Je ne le dis pas pour jeter des pierres à l’équipe dirigeante en place. C’est un problème ancien. La politique de la fédération est plus orientée vers les équipes nationales. Combien d’argent on dépense sur les Coupes d’Afrique. C’est bien parce que cela concerne le continent, mais il faut penser à développer le basket à l’école, mettre l’accent sur les terrains de basket dans les quartiers. Avant il y avait des terrains partout. On jouait dans chaque quartier. Aujourd’hui, il n’y a plus de terrains ni de foot ni de basket pour les jeunes. C’est pour cela que je dis que les responsabilités sont partagées. Que ce soient les basketteurs, les médias, l’Etat, tout le monde est concerné. Et malheureusement, au Sénégal, on a tendance à souvent parler de moyens. Et pourtant ces moyens on peut les trouver.
Quelles sont vos ambitions pour permettre au basket boppois de retrouver sa place parmi les meilleures équipes de l’élite ?
Je ne suis pas venu pour automatiquement gagner des trophées, comme je viens de le dire. J’ai été très clair avec les autres responsables du club. J’ai un programme et il faut que tout le monde s’implique. Je compte sur le soutien de tout le monde, de tous les anciens et anciennes du club. Que ce soient Mama Diawara, Aïda Ndong, Willy et autres… On sent déjà leur implication et je profite de l’occasion pour les remercier. C’est ensemble qu’on pourra relever le défi qui est de briller au sein de l’élite chez les Dames comme chez les Hommes.
Justement, quelle sera votre politique pour y arriver ?
C’est un programme à long terme ; sur trois, quatre voire cinq ans. C’est à ce moment-là qu’on va songer à jouer le haut du tableau pour titiller des équipes comme chez les Hommes la Douane, championne en titre, et aussi d’autres clubs. Mais il ne faut surtout pas qu’on confonde vitesse et précipitation. L’envie d’être au-dessus ne doit pas nous pousser à nous départir de notre objectif qui est d’avoir une équipe bien formée et qui saura rivaliser avec les autres. Comme ce fut le cas, il y a près dix ans, avec des joueurs quasiment tous formés au sein du club.

wdiallo@lequotidien.sn

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