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«Passé présent», c’est le titre de l’expo que la Galerie Kemboury abrite dans le cadre de la 7e édition du Partcours, lancé depuis le 3 décembre. L’épidémiologiste franco-algérienne Tonia Marek qui a vécu dans plusieurs pays d’Afrique et qui est devenue au fil de ses multiples missions de travail en Afrique une collectionneuse de perles invite à en découvrir tout un univers. Son expo compte environ une trentaine de pièces, composées de perles d’Afrique, parfois très anciennes et souvent utilisées dans des rituels, de la naissance à la mort.

Pour les femmes, les perles sont généralement de simples outils accessoires qu’elles enfilent pour se faire belle. Mais pour Tonia Marek, ça va bien au-delà du simple aspect esthétique. Les perles sont toute une histoire. Et elle ne manque de les raconter dans son expo, Passé présent qu’abrite l’annexe de la Galerie Kemboury depuis le 4 décembre dernier. A gauche de l’entrée sont exposés un collier dogon bleu, fait de perles de verre bleu cobalt, des perles confectionnées au Cameroun selon la méthode de la cire perdue chez les Yoroubas et des perles de couleur bleue et d’autres de couleur froide, le vert et le marron appelés «Tutu» dans le culte Ife. «Ces perles en verre bleu cobalt, fabriquées en Hollande jusqu’en 1700, servaient aux échanges avec l’Afrique», renseigne Tonia Marek, qui note que ce collier représente l’idée de tempérer les forces avec calme afin de préserver l’ordre.
A côté du collier dogon bleu figure un autre collier de perles d’Egypte. «Ces perles en os sont similaires à des perles datant de l’Egypte romaine, 30 av J. C à 364 après J.C, vu dans la collection du centre d’art de l’Université de Stanford aux Usa. Il y a du cuivre tressé par les artisans du Niger et des fils de bronze au sang de la couleur de la terre», explique-t-elle. Ailleurs dans la galerie, on observe un collier «ndoro» fait de coquillages de type «conus», appelés «ndoro» aux Zimbabwe et qui sont utilisés comme des amulettes de protection. «Chez les Sarakholés du Sénégal, porter une corne de phacochère protégerait contre les maladies amenées par le vent telles que la méningite. La perle de pierre et de corail utilisée également sert à se protéger contre les maladies du cœur en Afrique du Nord», informe la collectionneuse de perles.
Outre ce collier «ndoro», l’expo comporte également un collier «abo». «C’est le nom haoussa des perles de bauxite, utilisées durant la cérémonie d’initiation ’’dipo’’ au Ghana. La couleur de ces perles indique que les jeunes filles qui les portent sont mûres et prêtes pour le mariage», narre Mme Marek. De même, le collier de terre en verre de Venise et de plume d’Amazonie, qui a en contrepoids un bijou touareg travaillé, est plein de sens. «Le triangle est symbole de féminité. Lorsqu’il est porté dans le dos, il indiquerait qu’une femme est épouse de marabout», souligne notre interlocutrice. Ses explications se poursuivent avec un collier cauri, des cauris qui servaient jadis de monnaie d’échange et aujourd’hui, aux tradi-praticiens sarakholés pour soigner l’eczéma. Non loin, un collier baya, avec des perles en terre cuite, attire le regard. «Ces perles, on les trouve dans le sable du Sahara. Les Maliennes en font des colliers de hanche baya pour la séduction. Si un baya se casse quand la femme qui le porte danse, les gens ramassent les perles qui sont censés donner de la chance», commente Tonia.
L’épidémiologiste qui, depuis des années, s’est pris une passion pour les perles espère à travers cette expo faire comprendre aux gens que les perles ne renferment pas que du beau. «Ce qui m’importe, c’est que les perles ne soient pas vues simplement comme de beaux objets, mais que les gens comprennent qu’elles sont utilisées dans les rituels traditionnels encore aujourd’hui», indique-t-elle. Elles ont beau être jolies quand on les porte autour du cou, elles sont néanmoins également chargées d’histoire et représentent beaucoup de choses au niveau spirituel. «Les perles anciennes en particulier font partie du patrimoine culturel comme les masques, mais elles sont peu connues en ce sens», rappelle-t-elle en fin.

aly@lequotidien.sn

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