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Une exposition destinée au grand public mais surtout aux aveugles. C’est le projet, «Or-dur», réalisé par les commissaires d’exposition, Roni Vergult, Mamadou Boye Diallo et Théo Petroni au cinéma Empire des enfants. L’exposition ouverte le 9 mars dernier baissera ses rideaux ce 19 mars.

Des déficients visuels visitant une exposition. Le fait peut paraître comme une histoire qui découle de l’imaginaire. Et c’est bien une réalité rendue possible par l’association «Yataalart». Elle a ouvert hier ses portes aux pensionnaires de l’Institut national pour l’éducation et la formation des jeunes aveugles (Inefja).
Après quelques minutes d’attente, un bus s’immobilise devant le cinéma Empire des enfants, sis sur l’avenue Malick Sy. A bord, les écoliers en provenance de Thiès, ville située à 70 km de la capitale sénégalaise. Un à un, ils descendent de la voiture. «C’est bon ! On peut y aller les gars», leur demande respectueusement un des encadreurs. Comme une chaîne, ils se tiennent par la main et avancent à petit pas vers la cour. Après avoir arpentés les escaliers, les visiteurs accèdent au 1er étage où Roni Vergult doit exposer. «Il faut toucher et vous me dites ce que vous ressentez!», recommande M. Mansour Kâ à ses élèves. Et c’est parti pour plusieurs dizaines d’exercices pratiques pour les apprenants. «Change, déplace ta main vers la gauche ou vers la droite», suggère M. Kâ à la petite Khadidiatou Faye Camara, habillée en hijab noir avec un sac à dos.
Agée de 7 ans, elle est en classe préparatoire. Sous le regard attentionné de son maître, elle caresse le tableau de ses deux mains pour dévoiler l’objet touché. «Tu ne sais pas ?» Elle répond par la négative. «C’est du bois», lui fait savoir son instituteur. Alors un deuxième objet. «C’est une radio. Elle sert à écouter», répond-elle avec exactitude à la question. Et pendant ce temps, ses camarades effectuaient le même exercice avec d’autres encadreurs.
Face aux commissaires d’exposition, Marcelle Gaye, responsable de l’Inefja, n’a pas caché sa surprise. Elle dit : «Ce que vous faites, c’est déjà du tactile. Et c’est l’essentiel chez nous. Quand nous venons dans un endroit, ce que nous voudrons trouver c’est quelque chose que les enfants puissent sentir. Ils regardent comme les autres mais ils regardent autrement.» En effet, Roni Vergult a exposé du matériel usé qu’il a ramassé dans les rues de son quartier résidentiel qui est Khar Yalla à Grand-Yoff. Ce sont des résidus de frigos, de téléviseurs, circuit de moteurs, zinc, etc. Selon le commissaire, Mamadou Boye Diallo, pour chaque œuvre vendue, l’école des aveugles bénéficiera de 25%.
Par ailleurs, il a donné les raisons de leur choix sur le lieu de l’exposition. Il explique : «Nous nous sommes rendu compte que l’art n’est pas accessible à tous. Parce que c’est fait dans des galeries et musées. Raison pour laquelle, nous organisons des expositions dans les maisons traditionnelles dans les quartiers, d’où le terme Yataal qui veut dire accessibilité. Nous voulons ainsi casser ce système élitiste.» Alors ce projet dénommé «Or-dur», qui a démarré le 9 février, se poursuivra jusqu’au 19 mars sous la direction de Roni Vergult, Mamadou Boye Diallo et Théo Petroni.
Les jeunes aveugles sont rentrés tout en rappelant leurs difficultés par le biais de Marcelle Gaye, qui informe que «l’institut ne peut plus accueillir tous les enfants déficients visuels du Sénégal et c’est le seul institut dans tout le pays. C’est pour ça que nous avons développé l’éducation inclusive qui consiste à construire des classes dans les écoles ordinaires. Ça, c’est la première année, c’est une année d’expérience. Avec la Coopération belge, nous avons pu démarrer avec 10 enfants dans les classes inclusives dans 4 régions à savoir : Saint-Louis, Kaolack, Ziguinchor, Thiès».
msakine@lequotidien.sn

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