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A l’automne 2018, le musée La Piscine, à Roubaix en France, exposera un vitrail représentant Mamadou Ndiaye. Ce Sénégalais décédé en 1985 aurait soigné des dizaines de milliers de personnes.

En cette matinée de septembre, Germain Hirselj écume les brocantes à la recherche d’un hypothétique trésor. Dans les allées du dépôt-vente de Villeneuve-d’Ascq, dans le Nord, son regard s’arrête tout à coup sur un mystérieux vitrail. L’œuvre représente un personnage endimanché, cravaté, avec en arrière-plan un arbre massif et un drapeau du Sénégal. Le visage et le nom de cet homme sont familiers à ce régisseur de musée, mais c’est la phrase au bas de l’objet qui l’intrigue surtout : «Au cher Monsieur Mamadou qui m’a sauvé la vie. Témoignage reconnaissant. La “Marquise”.» Après quelques recherches, le doute est levé. Il s’agit bien de Mamadou Ndiaye, un Sénégalais arrivé à Roubaix en 1931 et qui y vivra jusqu’à sa mort en 1985. Plus d’un demi-siècle durant lequel il aura réussi à se forger une réputation de guérisseur hors pair.

Popularité
«Quand quelqu’un souffrait, on lui disait : “Va voir Mamadou, il va te remettre sur pied”», se souvient Beynten, 51 ans. Habitant du quartier du Pile, il était enfant quand Mamadou Ndiaye exerçait. Des images lui reviennent : «C’était de la folie, il y avait toujours la queue à son cabinet, surtout le week-end. La place était envahie de voitures aux plaques d’immatriculation picardes, belges, parfois même parisiennes. Il était connu pour venir à bout des douleurs les plus tenaces, là où nombre de médecins échouaient. Les habitants l’adoraient.» Preuve de sa popularité, une messe d’actions de grâce annuelle lui était même destinée à l’église Saint-Rédempteur de Rou­baix, durant laquelle des milliers de fervents admirateurs venaient lui témoigner leur reconnaissance. Adepte de la chiropractie, une technique médicale consistant entre autres à remettre les vertèbres en place, Mamadou était devenu une référence. Selon plusieurs sources, il aurait produit au cours de sa vie près de 54 mille attestations de guérison…
Installé Place Carnot, son cabinet était une véritable cour des miracles. «C’est entièrement grâce à lui que mon mari a échappé à l’infirmité», affirme aujourd’hui Agnès Sinko, ancienne habitante du Pile. A l’époque, son époux était passé entre les mains du guérisseur. Depuis sa maison à Wattrelos, elle raconte : «Il s’était fait une sérieuse entorse, et les médecins lui disaient qu’il ne pourrait plus remarcher. Sur les conseils d’un voisin, il est allé consulter Mamadou qui a réglé le problème en quelques séances. C’était incroyable.» Plus incroyables encore sont certaines guérisons qu’on lui attribue : elles ont sans aucun doute contribué à faire de lui un véritable mythe dont on narre encore aujourd’hui les exploits. Ainsi le récit d’un certain Achiel de Vuyst, professeur belge. Désespéré de ne pouvoir guérir sa petite fille, Koen, incapable de marcher et de parler, il décida de s’en remettre à Mamadou, dont il avait entendu parler depuis la Belgique.
Et l’inattendu se produisit : en seulement quelques mois et plusieurs séances, sa fille retrouva l’usage de la parole et parvint à tenir seule sur ses jambes. Un miracle. En guise de remerciement, de Vuyst consacra au guérisseur un ouvrage biographique publié en 1979 par les éditions Hovine, et sobrement intitulé Mon ami, Mamadou…

Terminus nord
Né le 26 octobre 1909 à Diourbel, une ville à 150 km à l’est de Dakar, Mamadou Ndiaye est d’abord mousse sur des navires de la marine marchande. Il bourlingue pendant neuf ans avant de se retrouver en France. Le jeune Sénégalais a 22 ans quand il pose ses valises à Roubaix. Aujourd’hui, personne ne sait vraiment pour quelle raison Mamadou a décidé de se rendre dans l’Hexagone, et plus précisément à Roubaix. Mi­chel David, Roubaisien de naissance et fin connaisseur de l’histoire de l’immigration de sa ville, a rédigé un portrait biographique du guérisseur, publié dans la revue Gens & Pierres de Roubaix. Il tente une analyse historique : «La date de son arrivée à Roubaix coïncide avec une période où la ville connaît une vague d’immigration massive. C’était une époque de plein-emploi ici, l’apogée de l’industrie textile. A la recherche de main-d’œuvre, les nombreuses usines en activité recouraient souvent à des soldats ou travailleurs coloniaux d’Afri­que. Même si rien ne prouve que Mamadou faisait effectivement partie de ce contingent, la coïncidence historique est intéressante.»
Jeuneafrique.com

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