PARTAGER

La galerie Kemboury organise dans le cadre du mois de la femme une exposition intitulée
Harmonie. Cette exposition dont le vernissage est prévu ce jeudi va regrouper : Dieynaba
Baldé, Natalie Guironnet, Betty Kandé, Félicité Kodjo, Fatime Mbengue, Yanne Senghor, six femmes aux sensibilités différentes mais qui portent toutes un regard harmonieux
sur l’art.

Comme il est de coutume à chaque mois de mars, Thérèse Turpin Diatta, directrice de la
galerie Kemboury a encore décidé d’honorer les femmes artistes, à travers l’exposition qu’elle prévoit à partir de ce jeudi dans sa galerie Kemboury : Harmonie.
«Je ne suis pas spécialement féministe, que ça soit clair. Je ne suis pas dans les histoires de parité totale», précise-t-elle dès l’entame de son propos. Mais il n’est pas question de déroger à la règle. Le 8 mars, c’est la fête de la femme, on fête donc la femme à
la galerie Kemboury sauf que cette fois ci ce n’est pas un 8 mais un 9. Mme Diatta s’en explique.
«Il y a tellement d’activités à Dakar le 8 mars qu’on se perd dans la masse. On préfère le lendemain ». Aujourd’hui donc, la galerie Kemboury réunira au sein de l’exposition Harmonie, Dieynaba Baldé, Natalie Guiron – net, Betty Kandé, Félicité Kodjo, Fatime Mbengue, Yanne Senghor, six femmes, d’horizons divers et avec diverses approches
de l’art plastique. Pour la galeriste c’est un réel plaisir de voir réunis pour la première fois et de pouvoir les exposer pendant 3 semaines. L’année 2016 une pareille exposition a eu lieu, à la galerie Kemboury mais avait regroupé des femmes bien habituées des cimaises de la galerie Kemboury à savoir Kiné Aw, Kemboury Bessane, Khadidiatou
Sow. «J’adore Kiné Aw, Kemboury Bessane, Kadidiatou Sow, Ce sont des dames avec lesquelles je travaille depuis plus de 15 ans mais j’avais besoin d’exposer de nouvelles dames.
Elles ont aussi besoin de montrer à l’instar des hommes qu’elles savent aussi peindre, photographier et être artiste», soutient Thérèse T. Diatta qui, à travers «Harmonie», cherche à sortir des sentiers battus, pour offrir plus de visibilité à ces 6 femmes qui ont donné hier, aux journalistes un avant gout de leur exposition de demain.
Un puzzle en «Harmonie» Fatime Mbengue est une artiste plasticienne diplômée de
l’Ecole des beaux arts de Dakar.
Après 10 ans passés hors du Sénégal, elle revient au pays pour présenter des oeuvres partagées entre la peinture mi abstrait, mi figuratif. Pour le 9 mars, elle présentera 3 oeuvres, des peintures à l’huile sur des toiles de lin. Braconnage, Fissure et Sahel vert. Dans ses oeuvres elle porte ses revendications pour la fin du braconnage
en Afrique et suggère l’érection de sillons pour recueillir les eaux de pluie en vue d’une réutilisation en saison sèche. Dans son oeuvre Sahel vert, la plasticienne, imagine tout un stratagème pour permettre à son pays d’atteindre l’autosuffisance alimentaire. A
côté, Dieynaba Baldé a aussi son plan pour s’en sortir. La plasticienne, teinturière, qui fait aussi partie des 6 exposantes, souligne les dures conditions auxquelles les femmes artistes sont confrontées.
Cette mère de famille sortant de l’Ecole des beaux arts soutient qu’elle n’expose pas tout
le temps et qu’elle est obligée de faire du «kharr matt».
Dans sa série intitulée Le rêve et le cauchemar, Dieynaba Baldé, aborde encore la condition de la femme qui selon elle, est toujours pareil, que ça soit au Sénégal, en
Afrique ou à l’extérieur. «On a tous les mêmes soucis, que ça soit dans les couples, les familles, la vie n’est pas simple pour nous».
«Avec une sans ?», est l’intitulé d’une de ses autres toiles où l’artiste dit qu’avec ou sans, ça ne l’empêchera pas de faire son petit bonhomme de chemin. Le troisième, «Ndank Ndank» rappelle à Dieynaba qu’il ne faut jamais baisser les bras. «Même si parfois c’est sombre, il y aura toujours de petites poches de lumière qu’on entrevoit et qui
nous permettent d’avancer».
Ses peintures montrent ses propres histoires, sa vie au quotidien, ses train-train, celui de
mon entourage. Sa philosophie, elle la partage avec une autre artiste, Natalie Guironnet, qui elle aussi se nourrit de ses différentes rencontres. La seule Française de l’exposition, Natalie Guironnet est une photo-didacte.
Très curieuse, elle dit vouloir montrer dans ses oeuvres des choses qu’on ne voit pas à travers la photographie. Pour l’exposition Harmonie, elle présentera 3 séries Kayar, la pêche ; l’appel (les layènes), les orpailleurs.
La Togolo-sénégalaise, Félicité Kodjo, entend elle nous entraîner dans ses mystérieux labyrinthes et se laisse aller dans La souffrancepour ensuite panser les blessures
de ses patients. «J’aime bien laisser le spectateur deviner, sentir l’émotion. Je peints depuis une vingtaine d’années et anime des ateliers d’art thérapie à l’hôpital Principal. Ma source d’inspiration vient de là». L’on devine, à cet instant, toute la magie, qui émerge
des tableaux de la thérapeute de l’art. Un portrait un peu écorché montre des gens qui sont en souffrance.
Pour elle, la souffrance aussi, a une beauté. Dans la souffrance, on peut s’élever et aller très loin. Dans ses toiles, Félicité, crée des ambiances assez floues et
mystérieuses juste pour perturber le regard du spectateur, dit-elle.
A travers ses oeuvres on revoit même la gestuelle qu’elle effectue lorsqu’elle était en train de les réaliser. Dans son travail, l’artiste invite le contemplateur de son oeuvre à aller chercher ce qu’il y a derrière. La vérité tapis sous l’ombre du chaos. Sa vision d’art-thérapie, elle la partage aussi avec Yanne Senghor, qui a un style et une technique bien particuliers.
«Je blesse la toile, je lave la toile, je laisse sous la poussière mes toiles pour les faire vieillir». Loin de blesser son oeuvre, Betty Kandé, elle, la chouchoute jusqu’à obtenir
sa Lin guère, Sa Maman de Kocc et Sa Signare, histoire de revisiter un peu son identité culturelle et de la transmettre. «Ce qui me plaît, c’est de pouvoir vendre le Sénégal
dans mes oeuvres». Cela dit à travers Harmonie, Dieynaba Baldé, Natalie Guironnet, Betty Kandé, Félicité Kodjo, Fatime Mbengue et Yanne Senghor comptent bien célébrer ce 9 mars, la femme avec Thérèse T. Diatta. Mais il est aussi question, surtout pour Yanne
Senghor, de voir dans quelle mesure la femme peut être une louve pour la femme !
aly@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here