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«14/17 the past, the présent, the future and the praying mantis», (Ndlr : le passé, le présent, le futur et la mante religieuse), c’est l’intitulé de l’exposition qui s’est ouverte lundi dernier à la galerie Le Manège. La créatrice et designer sénégalaise, Selly Raby Kane (Srk), y présente avec un collectif d’artistes, une vingtaine d’œuvres qui interrogent le passé, impriment le présent et se projettent dans le futur.

«Les anciens nous ont laissé un avantage précieux : le goût de la transgression et l’affranchissement. Qu’en faisons-nous ? Vers quoi projetons-nous ?» C’est en tentant de répondre à ces deux questions, que l’exposition 14/17 a germé dans l’esprit de la créatrice et designer sénégalaise, Selly Raby Kane. Pour elle, il s’agit surtout d’évacuer un besoin viscéral de contribuer, questionner, mesurer, fédérer. Invitant une dizaine d’artistes (Mamadou Diop, Alioune Samb, Bassirou Wade, Binouche Seck, Pape Ibrahima Ndom, Mansour Bah, Iba Sow…) à penser avec elle, Selly Raby Kane propose avec eux une vision de Dakar, dans le passé, le futur et le présent à la fois. D’où le titre de l’expo “14/17 the past, the présent, the future and the praying mantis”. «Les chiffres 14/17 sont le raccourci des coordonnés géographiques de Dakar», explique-t-elle. Mais 14 et 17 ne résument pas seulement les coordonnées géographiques de Dakar, aux yeux de Selly Raby Kane, c’est aussi l’occasion de présenter une photographie topographique de Dakar. Une photographie qui, bien sûr, s’imprime sur un ton à la fois surréaliste, retro futuriste, urbain et humoristique.
Coincées entre 2 portraits : l’un de Djibril Diop Mambety et l’autre de Joe Ouakam, les installations et photographies de Selly Raby Kane dialoguent avec celles des artistes invités et permettent même à un maïga de livrer ses baguettes de pain à bord de son scooter et aux mantes religieuses de semer le chaos à l’intérieur de la galerie. Tandis qu’à l’extérieur, Alioune Samb se charge de ce chaos avec ses sculptures en tuyau qui témoignent d’un passé où Dakar était encore parsemée de Pencc.
Tiraillé entre 20 œuvres, le public est partagé entre différentes sensations. Emerveillé ou pris par une envie folle de rire, il s’interroge surtout sur le sens de ces installations et objets exposés ça et là. La première question, c’est pourquoi autant de mantes-religieuses ? Selly Raby Kane s’en explique : «Quand on regarde la carte, Dakar ressemble à une mante religieuse. La mante religieuse, c’est la métaphore de Dakar. C’est une sorte de métaphore parce que Dakar a parfois tendance à se nourrir de ses artistes et à les écraser parfois.»
Ailleurs, la toile Pooju Ndey suscite également une kyrielle de questionnements. Imprimée sur vinyle contrecollé sur forex, cette pièce, qui mesure 200×200 cm, présente l’interface de recherche google sur laquelle on lit seneporno. Un lot de journaux empilés et quelques cuisses de poulets cachent cette interface. En bas de cette toile, l’artiste pose un banc sur lequel elle dépose un chou, une cuisse de poulet, 2 carottes, 2 navets, et une poignée de haricots verts. Et appelle à un retour aux valeurs.
Sur l’œuvre qui lui est contiguë et intitulée Ligeeyu baay, Selly Raby Kane reprend le même procédé et provoque encore presque le même effet sur le public. Outre ces toiles, l’installation intitulée Roccil, a aussi fait jaser le public. Sur un ton plus ferme, Selly Raby Kane y sensibilise sur les méfaits de la dépigmentation. «Xees pecc au prix de sa vie !» Toujours dans cette dynamique de sensibilisation, elle s’attaque sur la toile Sokhna Pène et son installation Allégorythme Mbeubeuss aux agresseurs de la nature. Pour elle, son exposition n’est en réalité que le reflet, une photographie de ce qui se passe aujourd’hui dans «notre ville, notre pays». «Certaines pièces sont des critiques, d’autres des observations. L’œuvre Pooju Ndey par exemple est une photographie de ce qui se passe. Ça fait partie de ce qui a rythmé la vie du pays ces dernières semaines. Et c’est important de se questionner. Pourquoi ces choses prennent une telle ampleur ? Et quelle position on a sur ces sujets dans l’actualité.» Au cœur de ce questionnement, Selly Raby Kane prend surtout le temps d’observer et d’interpeller son public sur les attitudes de consommation. C’est justement le cas avec Rice Alternatives. Un sachet de riz posé sous une toile, suffit pour comprendre la signification d’une telle installation. «Le riz est là pour une raison. C’est pour montrer qu’on a notre propre pouvoir si économiquement on veut s’en sortir. Ça commence par choisir la marque de riz que l’on achète !», lance-t-elle.
L’expo est encore visible jusqu’au 17 février. Pour Selly Raby Kane, c’est là un premier pas vers la Biennale de Dakar prévue en mai prochain !
aly@lequotidien.sn

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