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Le Sénégal s’est illustré dans la ville marocaine de Casablanca, qui a abrité pendant trois jours, d’intenses activités artistiques comprises entre conférences et vernissages autour de l’exposition panafricaine itinérante «Prête-moi ton rêve».

«Prête-moi ton rêve», c’est une exposition panafricaine itinérante qui réunit 30 artistes plasticiens de 15 nationalités. Cette exposition passera par Lagos, Addis-Abeba, Cape Town, Dakar et Abidjan, avant de prendre fin à Marrakech. L’inauguration a eu lieu les 18, 19 et 20 juin dernier à Casablanca. C’étaient trois jours d’intenses activités artistiques comprises entre conférences et vernissages, puisque 17 galeries de Casablanca ont adhéré et accompagné ce projet fédérateur qui réunit pour la première fois, dans une même exposition, ces célèbres créateurs contemporains africains. On y retrouve, entre autres, Jane Alexander d’Afrique du Sud, Olu Amoda du Nigeria, Mahi Binebine du Maroc, Zoulikha Bouabdelah d’Algerie, Adel El Siwi d’Edypte, Jems Kokobi de Côte d’Ivoire et Ky Siriki du Burkina Faso sans oublier Dominique Zinkpe du Bénin et Barthélemy Toguo du Cameroun. Vitshois Mwilambwe Bondo, Chery Samba et Freddy Tsimba représentent le Congo. Le Sénégal y est représenté par les artistes visuels Viye Diba et Soly Cissé. Ce dernier, en dehors de sa participation à l’exposition collective, expose à titre individuel à la galerie 38 du complexe culturel appelé «Le Studio des arts vivants» qui comprend plusieurs départements. C’est une exposition titrée : Valeurs humaines. Une façon pour Soly Cissé de souligner les pertes progressives de certaines valeurs humaines qui permettent à l’individu d’avoir un comportement utile qui facilite un épanouissement social collectif. «L’intérêt personnel et l’individualisme prédominent dans nos activités de tous les jours malheureusement», déplore l’artiste qui valorise toujours dans son travail les personnages hybrides et les animaux fantasmagoriques qui, dans cette exhibition, sont dans des allures verticales. Une position debout qu’il explique par la vie, la résistance et l’énergie. Une énergie qui jaillit de ses tableaux géants qui sont marqués par des tons vifs dominés par le vert, le rouge et le bleu et de matières épaisses composées de pâtes. L’exposition «Valeurs humaines» intègre aussi de petits tableaux sous verre avec du collage et du papier. Une série sur laquelle travaille Soly Cissé depuis trois ans.
Quant à l’artiste-peintre, Viyé Diba, c’est l’année dernière qu’il a démarré le travail qu’il présente à Casablanca et, la fête de Tabaski 2018 lui sert de socle pour développer son discours de conscientisation axé sur les rapports économiques nord-sud. Loin d’une toile de peinture, l’œuvre est dans un format dytique avec des étoffes et du bois comme cadre. Des chutes de tissu ramassées dans des ateliers de tailleurs. Une démarche plastique pour rappeler que l’Afrique produit du coton, une matière première traitée ailleurs avant de revenir comme produits manufactures et revendus aux Africains. «C’est une interpellation sur ce que nous portons avec toujours cette tendance de produits importés», dit-il, avant d’ajouter : «Cela me permet de comprendre aussi ce que nous consommons en termes de textile dans un moment précis.»
La délégation sénégalaise comprenait aussi Hamady Bocoum, Directeur général du Musée des civilisations noires, Babacar Mbow, directeur artistique et conservateur de la même institution, El Hadj Malick Ndiaye, conservateur du musée Théodore Monod et Ousseynou Wade, ancien directeur des Arts et ancien Secrétaire général de la Biennale des arts contemporains de Dakar. Avec beaucoup de retenue, il a fait allusion au rôle de catalyseur qu’on peut attribuer au Dak’art dans la mise en place d’autres événements similaires au niveau du continent.
Ousseynou Wade est aussi revenu sur les autorités étatiques qui ont fondé la Biennale de Dakar et qui accordent une importance particulière a cet événement qui voit son budget relevé de façon significative périodiquement. «On ne peut pas laisser des institutions étrangères financer plus que l’Etat du Sénégal, la Biennale des arts contemporains de Dakar, c’est une question de domaine de souveraineté», dira-t-il pour conclure.
Dans un même angle d’attaque, Babacar Mbow a axé sa conférence sur la collection de l’Etat du Sénégal. M. Mbow a expliqué que si on doit écrire ou faire des recherches sur l’histoire de l’art africain contemporain, il faut forcément exploiter la collection de l’Etat du Sénégal qui est la collection la plus complète et la plus signifiante. Il affirme que cette collection contient les plus grands créateurs contemporains. On y retrouve la pratique des commissaires, les politiques culturelles de l’Etat et la production savoir d’un certain niveau intellectuel. Sa conférence avait comme thème : «La dépêche de Dakar/la désobéissance épistémique.» Ce qui lui a permis de dire qu’il faut réécrire l’histoire de l’art africain contemporain à partir d’une désobéissance épistémique qu’il définit comme une autre façon de voir. Que c’est aussi une façon d’être qui centralise une autre façon d’être qui centralise une autre conception de ce qu’est l’être humain suivant l’appel de Léopold Sedar Senghor de 1966 pour un nouvel humanisme.

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