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L’exposition «Fadiidi» à l’espace Vema est une remontée dans le temps. L’initiatrice, Marie Madeleine Diouf, est une styliste reconnue sur la place dakaroise avec sa griffe NuNu Design by Dk. Avec des photos en noir et blanc, des meubles et ustensiles d’époque et surtout des étoffes de sa terre natale Joal Fadiouth, elle vivifie la culture sérère.

A la porte de l’espace Vema, une grosse affiche, «Fadiidi». Le mot signifie bienvenue en sérère. Mais c’est aussi le nom de l’exposition de la styliste et créatrice de mode Marie Madeleine Diouf, plus connue sous le nom de Nunu Design. A l’intérieur, comme dans une machine à remonter le temps, l’on se retrouve au cœur d’une époque révolue. Celle du Joal Fadiouth d’il y a quelques décennies. La créatrice qui est issue de cette cité aux vieilles traditions sérères, a exhumé ses souvenirs d’enfant pour reconstituer l’ambiance de sa cour familiale. A l’aide de photos en noir et blanc, de vieux meubles, l’exposition exhume la vie dans ces maisons sérères. «C’est une exposition qui tourne autour de la photographie en pays sérère, notamment à Joal Fadiouth et on a essayé de proposer en scénographie, les textiles portés sur ces photos», explique l’initiatrice de l’évènement qui a installé pour l’occasion sa boutique dans un coin de l’espace Vema. Sur les murs, des femmes souriantes, aux coiffures élaborées ou simplement afro, des hommes vêtus de pantalons patte d’éléphant etc. «Ce sont des photos de famille et des objets que je collectionne depuis 5 ans pour reconstituer des espaces des années 40 jusqu’aux années 80», explique la styliste. Wagane Guèye est le commissaire de l’exposition. Il explique qu’elle valorise des photos en noir et blanc de la famille de la styliste. «Les photos ont été retravaillées, mises sous cadre à l’ancienne avec le système de souwer par l’artiste Ibrahima Diokhané.» A côté de cet aspect, l’exposition montre également une scénographie des intérieurs réalisée par Fodé Camara. «On s’inspire de Joal, le côté continent, le pont et ensuite Fadiouth. Ca a été retracé d’une manière subtile et les chambres avec des mobiliers et des décors de l’époque», poursuit M. Guèye. Même la place centrale du village est bien représentée avec du sable.

Remonter le temps
Remonter dans le temps, c’est aussi évoquer l’histoire du peuplement de cette partie du pays. C’est ce à quoi s’attache le musicien Alibeta dont la complicité avec la styliste a déjà donné naissance à plusieurs spectacles. Mais dans le cadre de «Fadiidi», le duo a proposé ce samedi une ballade musicale autour de l’épopée des Guelwars. «Nunu vient de Fadiouth et moi de Niodior. Nous sommes tous issus de la famille des Guelwars. L’odyssée des Guelwars est un spectacle qui raconte l’exil des Guelwars. Mansa Wally et sa cour ont quitté le Gabu et sont arrivés au Sine ou vivaient les Lamanes sérères. Ils se sont installés et leur croisement a donné la tribu des Guelwars. Mansa Wally s’est installé à Mbissel qui était sa capitale et c’est comme ça que le pouvoir sérère a hérité de tous ces instruments politiques ramenés du Mandé. Cette partie de l’histoire, je la raconte sous forme de lecture spectacle avec une chorale, des danseurs et un conteur qui fera office de maitre de la parole, le tout en musique», raconte l’artiste. Sur une table à côté, des étiquettes pour guider les invités à cette soirée spéciale. Dessus, «ngourbane», «thiere mboum» et jus locaux ouvrent encore un autre univers, celui de la gastronomie sérère.
Créatrice de mode, Nunu a profité de l’exposition pour mettre en valeur des tissus traditionnels de son terroir. «L’exposition a un volet textile et il y a trois tissus qui sont valorisés : l’indigo, le tiwaan, un pagne traditionnel sérère, une sorte de raabal très sobre et un wax appelé London print qui a été beaucoup porté dans les zones sérères pendant la période des indépendances parce qu’il venait par les pirogues des côtes gambiennes et même de la Sierra-Leone», explique Waga­ne Guèye. Au-delà d’une simple exposition sur des souvenirs familiaux et une fenêtre sur la vie à Joal Fadiouth, «Fadiidi» est une invitation à découvrir les facettes de la culture sérère. La fin de l’exposition est prévue le 31 janvier avec la projection du film de Safy Faye Mossane. Il y a quelques jours, c’était Guelwar, le film de Sembène Ousmane qui avait été projeté entre deux séances de formation à la teinture traditionnelle. «Tout cela donne du dynamisme à «Fadiidi». Et ça permet de toucher un public plus large», se réjouit le commissaire Wagane Guèye.
mamewoury@lequotidien.sn

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