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Quel bilan peut-on tirer de cette rentrée des classes 2020-2021 ?
Il faut donc s’en réjouir et rendre grâce à Dieu parce que nous avons traversé une ornière très difficile. Le système a été éprouvé dans son système de résilience. Tous les acteurs ont dû s’organiser, faire preuve de créativité, d’esprit d’innovation parce que nous avons été confrontés ensemble à un schéma inhabituel. Quand nous sommes dans cette situation, il faut tirer au plus profond de soi cette possibilité qu’il y a de réinventer les choses. Nous avons montré que nous avons été à ce niveau et que nous avons pu dépasser cette ornière-là. La rentrée scolaire a été un grand motif de satisfaction pour tous les acteurs du système éducatif.

Quelles sont selon vous les garanties d’une année scolaire apaisée ?
C’est d’abord poursuivre, consolider, renforcer la dynamique de dialogue. La conversation qui a été initiée par le top management doit être poursuivie, renforcée avec beaucoup plus de sincérité. Qu’on fasse en sorte que la dynamique se passe dans la durabilité. Le deuxième élément nous pensons que du point de vue de la mise en œuvre des engagements du protocole d’accord avec les enseignants, il y a un problème quelque part dans le leadership du point de vue de la coordination ou du suivi. Nous pensons qu’il faut recentrer, repositionner les institutions au cœur du dispositif. Le ministère de la Fonction publique doit se réapproprier le monitoring, se donner les moyens de faire en sorte que l’Etat respecte ses engagements.

Est-ce que les conditions d’une bonne rentrée ont été réunies dans toutes les régions ?
Ce que peut dire est que les fondamentaux ont été assurés, le ministère a joué sa partition, les acteurs aussi. Dans tous les cas, nous sommes dans un contexte de rareté des ressources déterminée par notre statut de pays en voie de développement. Nous sommes dans une conjoncture de rareté, il faut travailler à rationaliser les ressources ce qui fait que par-ci ou par-là, il y a des manquements. Ces manquements que nous avons pu faire la remontée portent sur les équipements, le déficit en personnel enseignant, les difficultés à mettre un protocole sanitaire, les difficultés à inventer à définir un protocole pédagogique parce qu’on a l’impression que les enseignants sont laissés à eux-mêmes sur le comment aborder cette année. Est-ce qu’on doit parler de consolidation, de rattrapage ou de révision. Dans tous les cas, il y a eu quelques disfonctionnements mais fondamentalement, ce qui a peut-être impacté négativement, c’est l’état d’impréparation de certaines écoles et établissements du fait d’un hivernage pluvieux avec des écoles qui ont été sur-sollicitées. Du point de vue des enseignants, on a relevé un grand déficit.

La semaine dernière environ 1750 élèves-maîtres ont pris service. Le gap n’est pas toujours comblé ?
Les sortants des Centres régionaux de formation et d’éducation ont été injectés dans le dispositif mais on peut dire que la moitié des besoins qui avaient été exprimés par les inspections d’académie n’a pas été prise en charge correctement. Ce qui génère des tensions du point de vue de l’allocation des ressources, de la réorganisation des dispositifs avec une proposition de classes réorganisées, devenues des classes multigrades, des classes spéciales.

Le déficit d’enseignants est assez souvent décrié. Quelle politique l’Etat devrait-il adopter pour trouver une solution ?
Nous pensons que c’est du fait d’une volonté politique de mettre là où nous pensons que se situe le levier pour activer une impulsion dynamique de développement. Nous ne pouvons pas dire dans le programme structurant de notre logique de développement qui est le Pse que le moteur de l’émergence c’est l’éducation et ne pas mettre les moyens qu’il faut dans ce secteur. Les pays qui ont fait preuve de résilience ce sont ceux qui ont investi massivement dans la santé et l’éducation. Mettre les moyens, c’est d’abord évaluer les besoins, ne pas faire la politique de l’autruche, adresser la problématique de manière rigoureuse, recruter assez d’enseignants et les former dans de bonnes conditions.

A la première apparition du premier cas de Covid-19, un élan de solidarité a été lancé. Quel a été l’apport du Siens ?
Du point de vue de la gestion du Covid-19, on a participé à la réflexion d’ensemble. Il faut saluer l’esprit d’ouverture du ministre de l’Education nationale qui a sollicité de la part de toutes les familles d’acteurs des contributions. Notre syndicat a aussi contribué à converser avec l’ensemble du Peuple sénégalais via les canaux classiques pour dire quelles sont les possibilités qui s’offrent à nous du point de vue de la réinvention que doit être le système d’éducation et de formation.
Par ailleurs, dans le cadre du G7, nous avons aussi travaillé à surseoir aux éléments déstabilisants du système. La grève a été suspendue au moment de l’arrêt des enseignements-apprentissages pour dire qu’en tant que patriotes, nous pensons que nous sommes tous dans le même navire et il est important que nous marquions notre solidarité vis-à-vis de tout ce qui se fait pour redresser la barre. Mieux, nous avons ouvert un compte, mis une contribution de 14 millions de francs Cfa que nous avons donnée aux autorités comme soutien à l’effort de guerre. Nous ne nous arrêtons pas à ça, nous allons continuer la réflexion sur des thématiques comment apprendre à la maison, l’enseignement par les sciences.

Quelle appréciation vous faites des résultats aux différents ordres d’examens de l’année dernière ?
C’est la problématique de l’efficacité, de l’équité, de l’inclusion et de la gouvernance. Ce qu’il faut dire, ce n’est pas seulement les performances scolaires, c’est l’efficacité interne aussi. Nous voyons que les examens scolaires dans les 10 dernières années sont en dents de scie. Ça mérite qu’on s’arrête et qu’on se penche sur les déterminants de la performance. Cette année a été particulière et on n’a pas fini d’analyser et de trouver les réponses scientifiques à ce qui nous est arrivé. Nous avons ensemble surmonté cette crise et nous nous sommes retrouvés avec des résultats. Au Bac, nous avons fait plus de 10 points, au Cfee, plus de 14 points, au Bfem, nous avons fait plus de 20 points.

Qu’est-ce qui explique ces bons résultats ?
On a été plus centrés sur l’essentiel du point de vue des curricula. Il y a un effort de redressement, de recalibrage parce que nous étions mis en tension et nous étions dans l’obligation de faire un design pédagogique en conformité avec la situation du moment. Au niveau du Cfee aussi, il y a un autre atout lié à l’organisation. On a donné plus d’autonomie aux inspections d’éducation et de formation. C’est une piste qui doit nous pousser à réfléchir à l’académisation. Pour le Bfem, depuis quelques années, nous avons été très performants même si nous n’avons pas été au niveau de ce seuil parce qu’il y a une grande marge de manœuvre dans l’organisation de cet examen. Pour le Bac, nous avons été moins performants. Maintenant, il faut aussi s’interroger sur ce qui fait échouer certains élèves.

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