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Enseignant au Canada, Pr Khadiyatoulah Fall fait un bilan de cette année finissante et ouvre les perspectives pour 2018. Il livre aussi son analyse sur l’actualité nationale.

M. Fall, alors que 2017 tire à sa fin et que nous serons dans quelques jours dans l’année 2018, que retenez-vous de cette année qui s’achève ?
Tout d’abord un reportage de Cnn, le reportage de la journaliste Nima Elbagir, qui met l’horreur devant nos yeux avec les images de vente aux enchères des migrants noirs en Libye. Des événements qui révulsent les consciences, mais qui ne font qu’exposer à travers un grand média international que ce que plusieurs savaient, mais taisaient. Ces événements ont été condamnés, mais nous devons continuer d’en exhumer les raisons qui s’inscrivent dans une chaîne de complicités actives ou passives qui ont pour noms les politiques européennes d’arrêt de l’immigration clandestine, mais également les politiques d’inaction de nos gouvernements africains face au désœuvrement et au désespoir d’une jeunesse en quête de réalisations sociales et professionnelles. Ce que ces images dévoilent aussi, c’est également le racisme anti noir dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient que les dirigeants africains ne peuvent plus taire dans les organismes internationaux qu’ils partagent avec les leaders du monde arabe. La phrase de Emmanuel Macron est lourde de sens, lorsque le Président français dit que ce ne sont pas les Français qui vendent les Noirs. Un autre phénomène marquant en 2017 est l’explosion des dénonciations de viols, de harcèlements et d’agressions sexuelles dans le monde politique, dans le monde culturel et artistique, dans le milieu médiatique, dans le milieu intellectuel, explosion discursive qui a fait du mot «féminisme» «le mot de l’année», d’après le dictionnaire américain le Merriam Webster.
Si le Webster consacre le mot «féminisme» comme l’expression de l’année, le site Dic­tionnary.com, lui, propose le terme «complicit», qu’on peut traduire par complicité. 2017, depuis l’arrivée au pouvoir de 2017, se caractérise par la révélation de complicités dans différents domaines politiques, internationaux, sociaux, sexuels. Ce qui est intéressant avec ce vocable, c’est qu’il pointe surtout la dimension latérale de la complicité, cette forme de complicité qui consiste à se taire alors qu’on sait et qu’on voit le méfait. Cette complicité revient à accepter en silence les méfaits. Sous le reportage de Nima Elbagir, sous les vocables «féministe» ou «complicité» comme référents discursifs sociaux, s’exprime en fait, la même demande, celle d’une société qui doit prendre en charge  la culture de dénoncer l’inacceptable. C’est la demande d’une parole citoyenne qui se libère pour refuser l’intolérable. Et j’inscris dans cette parole du refus la prise de position de la majorité des pays membres de l’Onu qui n’ont pas suivi le geste autoritaire de Donald Trump de faire de Jérusalem la capitale d’Israël.

Que dire sur le Sénégal ?
Pour dire quelque chose sur le Sénégal, ma lecture sera orientée par une expression qui a été utilisée vers la fin de l’année 2017 avec le débat sur la paternité de l’Aéroport international Blaise Diagne. Sur un corpus textuel restreint s’est enracinée une expression qu’une Nation, qu’une République devrait valoriser pour penser son futur. Il s’agit de l’expression «La continuité de l’Etat». Le discours du Président Macky Sall a retenu mon attention alors que le chef de l’Etat a fait preuve de hauteur en inscrivant la paternité de cette infrastructure dans une longue filiation, dans une mémoire dont la leçon à tirer est que nous devons considérer notre pays comme une Nation qui se bâtit à travers les actions de nos différents chefs d’Etat. L’histoire des successions de nos chefs d’Etat a été marquée par des expressions comme «désenghorisation, dé­diou­fisation, déwadisation»… comme si le nouvel élu ne pouvait gouverner sans immoler symboliquement le prédécesseur. Même si des critiques ont fusé ici et là pour exiger plus d’emphase sur tel ou tel personnage, le discours de dépassement, de raccordement des mémoires du Président Sall nous ramenait à ce qui construit une Nation : reconnaissance des contributions, consolidations, ajus­tements, améliorations, dé­pas­sements.

Vous avez aussi l’habitude de nous faire part de vos lectures de l’année 2017. Y a-t-il un livre qui vous a marqué ?
Oui un livre m’a impressionné. C’est celui de Steven Pinker avec le titre La part d’un ange en chacun de nous, un livre dont Bill Gates a dit qu’il était «le meilleur livre que j’ai lu de ma vie». Pinker a été Professeur à l’Université Mg Gill. Il est présentement Professeur à l’Université Harvard et il est un chercheur qu’il faut connaître. Son livre est plein d’espoir. Malgré les peurs qui se construisent sur l’avenir de notre monde, sur le terrorisme que l’on cristallise surtout autour de l’islam, sur les conflits internationaux, Pinker, à partir d’une recherche fouillée, montre que nous vivons cependant l’époque la moins violente et plus paisible de toute l’histoire de l’humanité.

Comment voyez-vous le Sénégal de 2018 ?
Vous savez, la parole se caractérise par une grande générosité. Elle nous permet toutes les propositions et projections. Le gouvernement du Président Macky  Sall a donné une forte priorité aux expressions «inclusion sociale, Sénégal de tous et Sénégal pour tous, l’année du social». Ces expressions viendront réclamer leurs prix à l’heure du bilan. Voilà un champ  que le président de la République, que le Pm Dionne et le gouvernement doivent bien labourer pour avoir des résultats tangibles.

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