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Le président de l’Association des jeunes avocats sénégalais (Ajas) appelle l’Etat au respect des engagements pris. Dans cet entretien, Me Ousmane Thiam parle des conséquences de la grève du Syndicat des travailleurs de la justice (Sytjust) pour les avocats, mais aussi les justiciables.

En tant qu’avocat, quelles conséquences vous cause la grève du Sytjust ?
Le constant est le même partout, que ça soit pour les justiciables et pour les avocats. Pour nous, la conséquence c’est que nous représentons les justiciables. Si les audiences ne se tiennent pas, les affaires ne peuvent pas marcher comme il se doit. Il est vrai que l’exercice du droit de grève est prévu par la Constitution. Mais le secteur de la justice est tellement sensible qu’aujourd’hui s’il y a une grève d’abord les délibérés pour la plupart ne sont pas vidés. Certaines audiences sont renvoyées de manière automatique.
Il y a le fait que si vous devez interjeter un appel par déclaration de greffe, c’est compliqué. Si vous devez vous faire délivrer un document comme un acte d’appel, une attestation de jugement rendu, vous ne pouvez pas avoir ces documents. Il y a autre chose : par exemple, il arrive pour des avocats qui ont des clients qui sont à l’extérieur, parfois c’est des audiences qui sont programmées un mois avant et que la personne, si elle travaille, est obligée de demander une permission pour venir prendre cette audience. Vous imaginez le désagrément que ça peut causer pour une personne qui a quitté un autre pays, payer son billet d’avion etc. pour venir prendre une audience et rentrer, elle trouve qu’il y a une grève et qu’elle ne sait pas quand l’audience va se tenir. Ça c’est un problème. Elle va perdre de l’argent. Elle ne sait pas à quelle date cette audience va se tenir. Elle est peut-être obligée de rentrer, si le délai de permission est épuisé. Donc, tout ça montre que la grève pénalise tout le monde.
C’est l’occasion de demander à l’Etat de prendre ses responsabilités parce que d’après ce que j’ai entendu dire, l’Etat a pris des engagements qu’il n’a pas voulu respecter. Je considère qu’un Etat qui se veut être de droit et responsable doit pouvoir respecter les engagements qu’il prend. Donc, c’est la raison pour laquelle nous invitons l’Etat à prendre ses responsabilités pour que cette affaire puisse être réglée de manière définitive parce que la grève a des conséquences qui sont, un peu, désastreuses pour tout le monde.

Le fait que les greffiers soient remplacés par des gendarmes peut-il avoir des conséquences sur les décisions rendues par les juges ?
Le problème, c’est que parfois il est arrivé que des gendarmes puissent remplacer des greffiers et que les délibérés soient vidés. Mais on s’est rendu compte à la pratique que la disponibilité du jugement pose problème. C’est pourquoi, pour la plupart du temps, maintenant vous constaterez que les délibérés sont automatiquement prorogés à une date qui permettra au greffier d’être présent. Parce que si le greffier ne signe pas le jugement, on aura des problèmes de disponibilité. Et quand ils vont en grève et que des délibérés sont vidés, ils ne sont pas comptables de la rédaction et de la signature de ces jugements. C’est ce qui fait que parfois certains jugements peinent à être délivrés.
Parfois, le président de la juridiction fait en sorte que les décisions puissent être prises, mais je crois que les greffiers sont plus à même de tenir la plume au niveau du Tribunal. C’est la raison pour laquelle les présidents de juridiction pour ne pas se confronter à des problèmes de délivrance du jugement prorogent les délibérés de manière automatique.

Les usagers demandent à ce que le service minimum soit assuré. Etes-vous d’accord avec eux ?
Ce ne sont pas les justiciables qui doivent déterminés le fait pour les greffiers d’assurer le service minimum. Je crois que c’est l’Etat qui devrait faire en sorte qu’il y ait un service minimum au moins pour que certaines urgences puissent être réglées. L’Etat doit prendre ses responsabilités. Maintenant, quelqu’un qui fait une grève vous ne pouvez pas l’obliger aujourd’hui à travailler. Parce que le sens de la grève, c’est de ne pas travailler.

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