PARTAGER

Les personnes ayant un handicap vocal sont souvent invisibles. Pourtant, elles sont confrontées souvent aux mêmes problèmes que les autres dans l’accès à l’emploi, à l’école. Mouhamadou Bachirou Dieng, ambassadeur des handicapés vocaux, 27 ans, logisticien de formation, a pris la parole pour plaider la cause des personnes bègues.

Ce 3 décembre a été célébrée la Journée mondiale des handicapés. Quelle est la situation des personnes vivant avec un handicap ?
La situation des handicapés est marquée par des inégalités par rapport au reste de la population. L’inclusion sociale et économique des personnes en situation de handicap se heurte à des obstacles, de diverses natures, qui vont de l’inaccessibilité des bâtiments, des transports aux préjugés, aux discriminations et au rejet social en passant par l’absence d’appareils et de technologies d’assistance, l’inadaptation des moyens de communication et les carences des services publics. De nos jours, la question des handicapés vocaux reste une problématique de plus en plus lancinante au vu des multiples plaintes. Nous sommes laissés en rade, victimes de moqueries souvent handicapantes qui constituent un facteur de honte pour certains. La manifestation de ce trouble est ainsi variable selon les individus.

Est-ce que réellement les personnes vivant avec un handicap vocal sont considérées comme les autres handicapés ?
Contrairement aux autres handicaps, le bégaiement n’apparaît que lors de la communication et ces personnes ont du mal à intégrer le milieu professionnel du fait de leur handicap.  Les handicapés disent non à la discrimination et veulent mener ce combat avec les services de l’Etat en vue de lutter contre la discrimination. 1% de la population mondiale souffre de ce trouble du langage plus précisément 150 mille personnes au Sénégal. L’Etat devrait mettre en place un dispositif de discrimination positive pour le recrutement des personnes vivant avec un handicap dans la Fonction publique et ensuite dans le secteur privé. Dans la Loi d’orientation sociale au niveau de l’article 26, il est dit que «la situation de handicap ne peut en aucun cas constituer un motif de discrimination pour l’accès à l’emploi dans les secteurs public et privé lorsque sont réunies les conditions de formation et de qualification requises». Le bégaiement constitue ainsi un réel handicap pour la vie sociale. Les handicapés vocaux sont laissés en rade, ils sont recalés lors des entretiens d’embauche du fait de leur handicap, certes nous sommes dans un monde communication, mais elle n’a rien à voir avec la compétence. C’est écœurant, à la fois frustrant, de voir des maîtrisards, des doctorants qui peinent à avoir un emploi du fait de leur handicap.

Est-ce que dans le système éducatif, y a-t-il une prise en charge. Qu’avez-vous fait pour surmonter tout ça ?
J‘ai transformé ce qui aurait dû être un une faiblesse en force, depuis ma prime enfance, malgré mon handicap vocal, j’ai toujours pris mon courage à bras-le-corps en participant en classe, en donnant mon point de vie. J’ai très tôt démystifié le bégaiement pour en faire un atout malgré les moqueries de mes camarades de classe. J’ai dû surmonter beaucoup d’obstacles pour en arriver là. J’ai très tôt intégré le mouvement syndical, les clubs… Cela m’a permis de surmonter davantage ce trouble de la communication. Dans le système éducatif, il n’y a pas de stratégie mise en place pour les personnes vivant avec un handicap vocal ; l’Etat devrait au moins participer à la formation des enseignants en orthophonie afin qu’ils puissent accompagner convenablement les enfants vivant avec un handicap vocal. Prise en charge selon les âges, l’âge n’a pas d’incidence sur la prise en charge des enfants de 3 ans ou des adultes de 70 ans. Pour les adultes, on a des groupes de self help où des bègues se retrouvent une fois par mois pour échanger des conseils, faire ensemble des exercices.

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here