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A cause de son combat ardu contre le franc Cfa, les autorités sénégalaises ont décidé hier d’expulser Kémi Séba du sol sénégalais. L’activiste français, 3ème de la liste des expulsés sous le régime de Macky Sall, paie pour les options diplomatiques du pouvoir en place. La Raddho, la Ligue sénégalaise des droits humains et Amnesty international demandent à l’Etat de surseoir à cette décision.

A l’heure où le communiqué est tombé hier, en début d’après-midi, le Sénégal n’avait plus de gouvernement. Du moins seul le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne était connu. Pourtant cela n’a pas empêché le ministre de l’Intérieur de déclarer l’expulsion du sol sénégalais de Kémi Séba, qui n’a pas été ramolli dans son combat contre le Cfa malgré son séjour carcéral. L’arrêté de Abdoulaye Daouda Diallo s’est voulu on ne peut plus clair : «Sa présence (Kemi Séba) sur le territoire national constituant une menace grave pour l’ordre public, son expulsion a été prononcée pour devenir immédiatement exécutoire, conformément aux dispositions pertinentes de la loi n° 71-10 du 25 janvier 1971 relative aux conditions d’admission, de séjour et d’établissement des étrangers, modifiée en son article 11 par la loi n° 78-12 du 29 janvier 1978 et du décret n° 71-860 du 28 juillet 1971, relatif aux conditions d’admission, de séjour et d’établissement des étrangers, notamment en son article 36.»
Après le Gambien Sidy Cheikh Sidya Bayo -opposant historique au régime de Yahya Jammeh (janvier 2015)- et Makaila Nguebla, journaliste-blogueur tchadien (mai 2013), le Franco-Béninois complète la liste des indésirables du régime de Macky Sall. Auteur de sorties au vitriol contre le franc Cfa, Kemi Séba est depuis quelques jours passé à la vitesse supérieure dans ses actions. Mais, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase fut ce billet de 5 000 francs brûlé publiquement. Un acte qui lui a valu un séjour carcéral suite à une plainte de la Bceao avant d’être relaxé par le juge. Au-delà de ces faits mentionnés dans l’arrêté ministériel, le pouvoir accuse Stélio Gilles Robert Capo Chichi, alias Kémi Séba, de s’être «fait aussi remarquer pour les propos désobligeants qu’il formule à l’encontre des chefs d’Etat et dirigeants africains et envisagerait de mener des actions préjudiciables à l’ordre public en appelant à des rassemblements intempestifs sur la voie publique».

La Raddho, la Lsdh et Amnesty demandent à l’Etat de surseoir à l’expulsion
En tout cas, la décision ne passe pas dans les rangs des organisations de défense des droits de l’Homme. En effet, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (Raddho), la Ligue sénégalaise des droits humains (Lsdh) et Amnesty international Sénégal affichent leur «surprise» devant cette décision de l’Etat du Sénégal d’expulser Kémi Séba vers la France, «sans qu’un délai suffisant lui ait été accordé pour exercer son droit au recours et alors même qu’il est visé par une procédure judiciaire en cours au Sénégal». Les 3 organisations «dénoncent ce procédé tout à fait arbitraire qui viole le droit au recours prévu pour les personnes visées par des arrêtés d’expulsion (article 34 du décret N°71-860 du 28 juillet 1971 relatif aux conditions d’admission, de séjour et d’établissement des étrangers au Sénégal)». Enfin, elles demandent au gouvernement de «surseoir à l’expulsion de Kémi Séba pour lui permettre d’exercer son droit au recours».
bgdiop@lequotidien.sn

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