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Officiellement un deuil national n’a pas été décrété par les autorités au Sénégal suite à la vague de décès notée avec l’immigration clandestine. Mais sur les réseaux sociaux, de jeunes activistes ont décidé hier, de rendre hommage aux victimes. Sur toutes les plateformes, les photos de profil ont été changées pour mettre à la place une photo symbolisant ce drame avec le hashtag #LeSenegalEnDeuil#. Que cela soit sur Twitter, sur Facebook ou sur WhatsApp, nombreux sont les internautes qui ont répondu à cet appel.

«L’Etat du Sénégal décrétera difficilement un deuil national»
Interpellé sur cette initiative et le mutisme des autorités, Boubacar Sèye de l’Ong Horizon sans frontière, fait savoir que l’Etat décrétera difficilement un deuil national parce que ce qui se passe c’est l’échec des pouvoirs publics. Selon lui, la moindre des choses pour soulager les familles des victimes serait de décréter un deuil national. Mais pour lui, l’explication est simple : «L’Etat est dans sa posture d’autodéfense.» Et M. Sèye d’insister : «Le pays est endeuillé, c’est l’Etat qui devait décréter quel­ques jours de deuil national. Ce qui se passe, c’est l’échec des pouvoirs publics et cela ils (les autorités) ne peuvent pas l’accepter. C’est la raison pour laquelle l’Etat du Sénégal décrétera difficilement un deuil national.» En répondant à cette initiative d’activistes sur les réseaux sociaux, les internautes dénoncent aussi le mutisme des autorités.
Sur Emedia, Pape Demba Dione, un des initiateurs de l’événement, a fustigé l’attitude des autorités. Très remonté contre elles, il déclare : «(…) Les autorités je les ai mises de côté depuis longtemps. Je n’ai jamais rien attendu d’elles. C’est une façon de dénoncer leur mutisme parce qu’on ne peut pas comprendre que des Sénégalais aient perdu la vie en mer, et qu’elles ne compatissent pas. Franchement, c’est catastrophique.» Soutenant que c’est plus de «480 jeunes sénégalais» qui ont perdu la vie, il voit mal qu’on laisse passer cela sans aucune marque de compassion. «Parce que si c’était arrivé en France ou dans un autre pays, (nos autorités) seraient les premières à présenter leurs condoléances. Les jeunes ont besoin de notre attention», a-t-il soutenu.
Pour le président de l’Ong Horizon sans frontières, si les autorités continuent d’adopter cette posture, il sera difficile de trouver une solution à ce problème. D’après Boubacar Sèye, ce drame «devrait nous amener à une prise de conscience». «Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de coups de fil que je reçois de parents qui me montrent des photos de leurs enfants disparus. Nous sommes dans une situation difficile, c’est la désolation, le désespoir total. On a l’impression que c’est le Sénégal qui déménage pour aller là où on pense que la misère est moindre alors que l’Europe c’est un mirage. Et l’Ue est en train de rapatrier les sans-papiers, donc imaginez ceux qui ont pris des pirogues. Il faut une relecture des perspectives», a-t-il appelé.
Poursuivant son plaidoyer pour trouver une solution à ce fléau, M. Sèye estime que les gens biaisent le débat en parlant de criminalisation. Pour lui, si les gens sont si désespérés, c’est à cause «du chômage, de la mauvaise gouvernance, des inégalités sociales». Considérant que cette recrudescence de l’immigration clandestine est inédite et que le désespoir a atteint son paroxysme, Boubacar Sèye déclare qu’il est temps d’agir. «Le temps des discours est révolu, il y a urgence absolue. Nous avons lancé il y a un an, un programme de sensibilisation contre l’immigration clandestine, je l’ai envoyé à beaucoup d’autorités mais elles n’ont pas réagi à part le maire de Dakar. Tout le monde parle mais personne ne fait rien. La migration est une pathologie au Sénégal que les gens travaillent ou pas, ils ne pensent plus qu’il est possible de réussir ici», a-t-il dénoncé.

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