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Un arrêté préfectoral qui tombe à midi et une Coupe d’Afrique des Nations qui capte encore l’attention des Sénégalais. Trop d’obstacles pour le 4ème rassemblement de la plateforme Aar li ñu bokk qui n’a pas drainé des foules.

Une vue lointaine de la Place de la Nation (ex-Obélisque) photographie la manifestation de Aar li ñu bokk, #sunu pétrole. Pour son 4ème rassemblement, la plateforme citoyenne née après les révélations de Bbc semble à bout de souffle. Alors que la Place de la Nation essaimait de monde venu suivre le match de 8ème de finale de la Coupe d’Afrique des Nations (Can), Nigeria-Cameroun (3-2), Cheikh Tidiane Dièye et ses camarades dénonçaient sur la place Vieux Sing Faye, ex Rue 25X Cen­tenaire, la gestion des ressources naturelles devant quelques centaines de Sénégalais. Sur le long de la route bitumée du boulevard Général De Gaulle, les éléments du Groupement mobile d’intervention (Gmi) bloquent quasiment toutes les issues. La fouille d’identité est minutieuse.
Il y a certes manifestation, mais le mouvement est sous haute surveillance alors que le ciel menaçant rappelle que la pluie peut intervenir à tout moment. Telle une manifestation interdite, la police a sorti l’artillerie lourde. Proche de l’état de siège. Boucliers ajustés, armes entre les mains, pick-up faisant la ronde, rien n’était laissé au hasard pour éviter tout débordement comme inscrit dans l’arrêté préfectoral qui a bien fixé la rencontre entre 15h et 18h. Un arrêté qui est d’ailleurs la source de la faible mobilisation, d’après Aliou Sané, coordonnateur du mouvement Y’en a marre. Regard furtif promené dans les Allées du Centenaire noires de policiers, M. Sané voit un «dispositif de répression en lieu et place d’un dispositif d’encadrement». «Nor­­malement, dans un pays démocratique, lorsque d’honnêtes citoyens veulent manifester, ils doivent avoir la lettre de sécurisation 48 heures avant. Nous n’avons reçu cette lettre qu’aujourd’hui à midi pour une manifestation prévue à 15h. La logique du préfet est de saboter notre manifestation», dénonce le successeur de Fadel Barro.

Sonko : «Dans d’autres pays, des millions de gens
sortent, mais au Sénégal, les gens restent chez eux»
Au sein de la foule, les maillots du Sénégal gravés «Aliou Sall, sunu 400 000» font florès. Les «gilets orange» aussi. La détermination ne faiblit pas à défaut d’une forte mobilisation. Un «public de qualité», selon les termes de Aliou Sané que Malal Talla alias Fou Malade a tenté de galvaniser. «Aliou Sall, sunu, sunu, sunu pétrole ! Sunu, sunu, sunu pétrole !», entonne le leader de Bat’ Haillons Blindé en chœur avec les manifestants. En chœur avec le public, Ousmane Sonko excelle dans cet exercice depuis le début des rassemblements. Chapeau gris sur la tête, comme à son habitude, le leader de Pastef s’en est très tôt pris aux «millions de Sénégalais» qui partagent le combat de la plateforme, mais absents de la manifestation. «Dans d’autres pays, dans le cadre d’une affaire similaire, des millions de gens sortent. Mais si c’est au Sénégal, les gens restent chez eux. Il est temps de se serrer la ceinture pour se battre», invite M. Sonko pour qui «très peu d’hommes politiques parlent des contrats parce qu’ils sont tous mouillés».

Saisine de la Cour suprême et marche à la Dic
Pour que la lumière soit faite dans cette affaire, la plateforme Aar li ñu bokk compte mobiliser un million de Sénégalais pour donner le rapport de l’Ige à la Dic. «Le rapport est sur internet, mais le pouvoir dit qu’il ne le voit pas. Nous allons l’imprimer et le donner à chaque Sénégalais. Après, on ira à la Dic. Le Président Macky Sall n’a qu’à construire des prisons parce qu’il va emprisonner des millions de Sénégal s’il ne veut pas déclassifier le rapport», avertit Cheikh Tidiane Dièye, le front dégoulinant de sueur. «On ne doit pas nous tromper avec de faux lièvres. Aliou Sall, depuis le début de cette affaire, démissionne chaque jour d’un poste. Il est comme un homme qui a volé un troupeau de moutons. Chaque fois qu’on crie au vol, il lâche un mouton. Même s’il avait démissionné de sa famille, cela ne pourrait absoudre le principal responsable Macky Sall qui a fait parjure, a trahi son serment pour les beaux yeux de son frère», renchérit Sonko. Pour cela, le coordonnateur de Aar li ñu bokk annonce que la plateforme va saisir la Cour suprême en tant que partie civile pour attaquer le décret de Macky Sall sur l’octroi des contrats à Petro Tim. «Le décret n’a pas de base légale. Si la Cour suprême le casse, tous les contrats liés à ce décret vont disparaître. Ainsi, on va arracher notre pétrole des mains de Frank Timis. Il n’est pas question que cet homme se fasse des milliards sur le dos des Sénégalais. On ne l’acceptera pas», prévient M. Dièye. Pour mener le combat, insiste-t-il, il faudra rester mobilisé. Le prochain rendez-vous est fixé à Guédiawaye samedi prochain.
bgdiop@lequotidien.sn

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