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Le Centre de prise en charge intégrée des addictions de Dakar (Cepiad) a ouvert ses portes au grand public. Un moment pour les acteurs de dresser le bilan et de communiquer sur les activités médicales et sociales du centre mais aussi d’attirer l’attention des jeunes sur les effets nocifs de l’abus de la drogue.

Plus de 200 personnes sollicitent régulièrement les services du Centre de prise en charge intégrée des addictions de Dakar (Cepiad). C’est «une performance», s’enflamme Dr Karim Diop. Car, au début de l’aventure, les usagers de drogue ne faisaient pas confiance au centre. «Nous pensions qu’ils (Ndrl : responsables du Cepiad) étaient des policiers cachés qui voulaient nous appréhender», témoigne Pape Magatte, usager de drogue. Au fil des années, le centre a fini par gagner la confiance de ces consommateurs de drogues injectables, d’héroïnes, de cannabis, d’alcool. Aujourd’hui plus de «mille dossiers sont ouverts à l’endroit des usagers». Le Cepiad leur propose une prise en charge médicale et parmi ces mille dossiers, «200 à 300 sont enrôlés dans le programme méthadone», informe le professeur Mamadou Habib, chef du service de psychiatrie et de psychologie médicale de l’hôpital de Fann. Ce sont les personnes ayant des problèmes avec l’héroïne qui sont sous méthadone, un traitement de substitution et le reste des patients est suivi en ambulatoire.
Le Cepiad offre également des soins pour l’infection à Vih, la tuberculose et l’hépatite virale. Les usagers de drogue, surtout les injecteurs, sont fortement exposés à l’infection Vih et les hépatites à cause du partage des aiguilles. Et pour limiter les risques liés à l’injection, le Cepiad a développé un guide d’utilisation des drogues injectables pour les usagers. A ce propos, le Cepiad, à travers ses équipes mobiles, se rend sur le terrain deux fois par jour, à la recherche de consommateurs de drogues injectables pour leur donner de nouvelles seringues. «Ceci leur permet de se mettre à l’abri des infections comme le Vih et les hépatites le temps de les convaincre de venir dans le centre pour y subir le traitement approprié», indique le chef du service de psychiatrie et de psychologie médicale de Fann, qui reconnaît le caractère illégal de leur activité. Mais, soutient-il, les responsables du centre travaillent avec la justice pour lever ou contourner cette difficulté. Au-delà de l’activité médicale, le Cepiad développe d’autres activités comme l’aviculture, la couture, des activités d’expression artistique pour assurer aux usagers de drogue, souvent en marge de la société, une réinsertion sociale.
Le centre se sert d’anciens usagers de drogue pour sensibiliser les gens, encore sous l’emprise de la drogue, à fréquenter le centre. C’est le cas de Pape Magatte devenu médiateur. «Nous descendons sur le terrain pour sensibiliser les jeunes et les convaincre d’aller se faire soigner dans ce centre», témoigne-t-il. Le Cepiad est le premier centre de réduction des risques chez les consommateurs de drogue en Afrique de l’Ouest. «Beaucoup de pays dela sous-région viennent visiter le centre et expriment la volonté d’en disposer», révèle Dr Karim Diop qui ajoute que la Côte d’Ivoire s’apprête à ouvrir son centre. Le défi pour le Sénégal, c’est d’étendre cette structure dans les régions afin de donner la chance à tous les consommateurs de drogue de bénéficier de soins de qualité. D’ailleurs, en juin dernier, un programme de ce genre a été ouvert à Mbour. L’hôpital de Thiaroye est sur le point d’en disposer, informe Dr Diop.
ndieng@lequotidien.sn

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