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La Chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Fatick a statué hier sur deux affaires. La première est relative à un trafic de chanvre indien pour lequel le sieur El Hadj Ndiaye a été condamné à 10 ans de réclusion criminelle et 2 millions de francs d’amende. La deuxième affaire concerne un meurtre commis sur la personne de Manga Diallo par son grand frère Modou Kâ Diallo. Lequel a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle et une amende de 12 millions de francs répartis entre sa maman et ses deux grandes sœurs.

C’est un véritable drame familial qui a connu son épilogue hier devant la Cour de la Chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Fatick. En effet, inculpé d’assassinat et menaces de mort, le sieur Modou Kâ Diallo, du haut de ses 35 ans, a été reconnu hier coupable du meurtre de son jeune frère germain Manga Diallo. Ainsi, il a été condamné par la Cour de la Chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Fatick à une peine de 20 ans de réclusion criminelle et devra payer à sa maman Khady Niane, ses deux grandes sœurs Aïssatou et Oumy, la somme de 4 millions de francs à chacune d’entre elles, en guise de dommages et intérêts. Le délit de menaces de mort contre sa sœur Aïssatou n’a finalement pas été retenu contre lui et celui d’assassinat a été requalifié en meurtre. Mais ce verdict peut être jugé clément, parce que le président du Tribunal n’a pas suivi le procureur de la République qui, dans son réquisitoire, avait sollicité de la Cour une réclusion à perpétuité, après avoir écarté la légitime défense et l’excuse de provocation.
Les faits qui valent aujourd’hui à Modou Kâ Diallo, apprenti-chauffeur de son état, de devoir passer encore les 19 prochaines années en prison remontent au 25 janvier 2019. Ce jour, «vers 7 heures, l’infirmier-chef du poste de santé de Karang informait par téléphone les éléments du poste de gendarmerie de ladite localité avoir reçu un individu de sexe masculin avec des blessures à la tête. Evacué d’abord au district sanitaire de Sokone, puis à l’hôpital régional de Kaolack, la victime nommée Manga Diallo succombait à ses blessures, deux jours après, et le certificat de genre de mort dressé en conséquence par le docteur Issiaga Bangoura le 27 janvier 2019 faisait état de ‘’traumatisme crânio-encéphalique ouvert, large plaie plus fracture du crâne pariétal gauche et hémorragie cérébrale’’. L’enquête subséquente révélait que le jour des faits, Modou Kâ Diallo avait surpris son frère Manga Diallo en plein sommeil, dans sa chambre, pour lui asséner des coups de pilon à la tête. Il croisait ensuite sa sœur Aïssatou Diallo devant le portail de leur maison pour lui avouer son forfait et lui intimer l’ordre de ne pas crier sous peine de lui faire subir le même sort, avant de prendre la fuite», peut-on lire dans l’ordonnance de mise en accusation. Laquelle informe toujours qu’«arrêté un mois après les faits et interrogé, Modou Kâ Diallo avouait les faits en indiquant que son frère Manga Diallo l’avait tancé le jour des faits en lui faisant savoir qu’ils ne pouvaient pas être ensemble dans la maison familiale et que l’un d’entre eux devait mourir. Ainsi, il avait attendu le moment où la victime s’était endormie pour lui administrer deux coups à la tête avec un pilon qui s’était même cassé avant de prendre la fuite. Toujours dans ses aveux, le mis en cause soutenait avoir été mis en mal avec son frère qui, d’après des propos rapportés, devrait tuer son épouse et lui-même pour pouvoir être riche, suivant les indications d’un charlatan. Il ajoutait qu’on lui avait également rapporté que la victime aurait emmené son épouse dans la brousse pour abuser d’elle».
Mais devant la barre tout comme à l’instruction, le mis en cause a catégoriquement réfuté les faits «d’assassinat et de menaces de mort» pour lesquels il est poursuivi. Il a laissé entendre avoir juste riposté à l’attaque de son frère en lui administrant trois coups de pilon à la tête, mais n’avait nullement l’intention de le tuer. En outre, il a soutenu que son frère, qui était physiquement plus fort que lui, l’avait trouvé en train de prier et lui avait administré une gifle, ce qui avait entraîné une altercation entre eux. De même, il a nié avoir appelé sa sœur Aïssatou pour la menacer de mort. Malgré ses dénégations, sa maman et ses deux sœurs ont réitéré devant la Cour les griefs qu’elles avaient formulés contre lui tout au long de l’enquête et ont réclamé chacune une enveloppe de 4 millions de francs en guise de dommages et intérêts.
Dans sa plaidoirie, Me Mamadou Ciss, conseil du mis en cause, a indiqué qu’il n’y avait pas d’éléments objectifs attestant les menaces de mort et que le postulat selon lequel son client avait trouvé la victime en train de dormir et l’avait asséné de coups était erroné. Par conséquent, il avait demandé à la Cour de se fonder sur la bonne foi de son client en lui faisant bénéficier de l’excuse de provocation et en requalifiant le délit d’assassinat en coups mortels.
Avant d’entendre la sentence du Tribunal, Modou Kâ Diallo a réitéré que la mort de son frère, dans ces conditions, était du fait de la volonté divine, mais qu’il n’est pas un criminel. Faisant amende honorable, il a ensuite demandé pardon à sa maman ainsi qu’à ses deux sœurs.
dndong@lequotidien.sn

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