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Fatou Sarr Sow ne cautionne pas du tout la construction d’une centrale à charbon à Dakar. Pour la directrice du laboratoire genre de l’Ucad, qui prenait part hier, à un panel sur «Genre et énergie» organisé par Energy 4 impact  et Social & Ecological management Fund (Sem) en partenariat avec  l’Institut africain de management (Iam), même si elle est nécessaire et répond à un besoin urgent d’énergie, l’infrastructure ne fera qu’augmenter les problèmes de santé des femmes et des enfants.

Selon vous quel est le rôle que doivent jouer les entrepreneurs pour rendre possible l’accès à une énergie propre ?
L’entrepreneur ne fait que de la distribution de produits fabriqués par des industriels. Mais il appartient à l’Etat de choisir le type d’énergie, si c’est le fuel, le charbon ou l’éolienne ou encore le solaire. Cela ressort de la responsabilité des autorités. Maintenant il est vrai que dans des pays comme les nôtres où des urgences sont partout, les Etats sont confrontés à des problèmes pour répondre à une demande immédiate. Mais, ils ont aussi la responsabilité d’avoir une capacité prospective pour voir quelles seront les conséquences par rapport au futur, des choix qu’ils prennent dans l’urgence. Et ça pose la question de la centrale à charbon qu’on veut installer au Sénégal.

Vous ne semblez d’accord sur la construction de cette centrale à charbon, pourquoi ?
Non, absolument pas, du fait de ma formation tout simplement. Je suis aussi environnementaliste. Donc, je crois que tous ceux qui ont suivi la même formation que moi ne seront pas d’accord avec une telle centrale à charbon même si je comprends qu’il y a une nécessité et une urgence à répondre aux préoccupations immédiates des populations. Il faut voir sur le futur et sur le long terme ce que cette centrale va avoir comme conséquences. Nous savons déjà en tant que femme aussi quel est l’impact de nos politiques publiques aujourd’hui sur la santé des femmes  et des enfants à Dakar. On parle beaucoup de stress et de cancer, nous savons que Dakar  a un niveau extrême de pollution dans l’air lié au gaz dégagé par les usines fortement concentrées dans la zone, mais aussi par les véhicules très âgés importés. Conséquences, les enfants ont des problèmes d’asthme et les femmes ont des  cancers irréfutablement liés à la pollution. Faut-il en rajouter ? La question mérite d’être posée aujourd’hui. C’est vrai que les énergies propres coûtent cher. Et c’est là où je fais appel à la lucidité, à la capacité de gouvernance prospective de ceux qui ont la charge de conduire la Nation. C’est là où on va mesurer leur leadership à faire face à des questions difficiles où les réponses doivent être lucides.

Comment l’inclusion de la dimension genre dans les politiques et programmes  énergétiques peut-elle autonomiser les femmes pour contribuer au développement durable ?
Le premier problème c’est l’accès à l’énergie et aux infrastructures d’une manière générale. Le travail des femmes n’est toujours pas mécanisé. Dans le monde rural, les tâches des hommes dans l’agriculture sont mécanisées. Il y avait des charrettes et aujourd’hui les tracteurs et autres, alors que les femmes continuent à utiliser de l’énergie humaine. Ce qui fait que la femme va travailler 14 heures à 18 heures par jour, mais le temps qu’elle va consacrer véritablement  à la création de richesse est extrêmement faible, parce que ses obligations et responsabilités dans l’espace familial ou communautaire ne sont pas mécanisées. Les pays développés ont réglé cela. La femme ne passe plus tout son temps à faire le linge ou à cuisiner, car il y a des machines pour ça. Si nous voulons atteindre notre taux de croissance à deux chiffres qui est indispensable pour nous amener à des niveaux de pays comme le Cap-Vert, il va falloir que l’ensemble du capital humain tel que dit dans le Pse soit correctement pris en charge. Ce capital humain est à moitié composé de femmes, parce qu’à partir de 23 ans, les femmes sont plus nombreuses dans la population sénégalaise active. D’où la nécessité  d’investir sur ces ressources humaines-là et tenir compte de leurs rôles et tâches, mais aussi de leurs différents types d’activités. Investir dans leurs activités, c’est aussi aider la Nation à avoir davantage de ressources et de revenus et ce sera bénéfique pour tous.

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