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Dakar, 28 mars (Aps) – Le Professeur Moussa Seydi, chef du Service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital de Fann, a fait part de sa grande inquiétude relativement à l’augmentation du nombre de contaminations au coronavirus au Sénégal, redoutant notamment un risque de catastrophe si la situation n’évolue pas favorablement. «On doit s’inquiéter grandement de l’augmentation des cas. Ne pas s’inquiéter serait de l’inconscience absolue. On doit s’inquiéter parce que la situation est inquiétante.»
Dimanche 12 avril 2020 : le ministre de l’Education nationale est l’invité de l’émission «Le jury du dimanche» de Mamoudou Ibra Kane. A la question «faut-il s’inquiéter pour l’école ?», le ministre entame sa réponse en se félicitant de cette «belle (sic) décision du président de la République» – parlant de la fermeture des écoles – avant d’enchaîner par : je le cite «… cette situation que nous vivons ne nous inquiète pas du tout …»
Si nous appliquons en toute rigueur l’assertion du Professeur Seydi cité plus haut, nous pouvons affirmer avec certitude que ce Monsieur est absolument inconscient.
Le président de la République vient de réussir à fédérer autour de sa politique, dans la lutte contre le Covid-19, l’ensemble des acteurs de la vie publique sénégalaise. C’est un fait rare, pour le moins historique, jamais réalisé dans l’histoire politique sénégalaise. L’Assemblée nationale lui a voté à l’unanimité sa loi d’habilitation. Sous les conseils avisés des professionnels de la santé qu’il faut féliciter au passage, il est en train de prendre les bonnes décisions et au meilleur des rythmes pour nous. Au regard de tout ceci, nous ne pouvons accepter qu’un de ses collaborateurs, en charge d’un secteur aussi délicat et important que l’éducation nationale, fasse preuve d’une inconscience absolue.
Nous, citoyens et parents d’élèves, conscients et responsables, avons des raisons d’être inquiets. Nous sommes inquiets pour l’avenir de nos enfants, nous sommes inquiets pour l’avenir de l’école sénégalaise et nous sommes inquiets sachant qu’une année blanche, en plus du retard considérable pour les élèves, ferait perdre 1 000 milliards de francs Cfa à l’Etat du Sénégal, un montant égal au budget du fonds Covid-19.
Nos inquiétudes vont bien au-delà de l’impact premier dû au coronavirus. La crise du Covid-19, contrairement à ce qu’on pense, ne sera pas seulement ni même essentiellement d’ordre sanitaire. Ce sera d’abord et avant tout une grave crise économique et sociale jamais vécue auparavant et pour laquelle nous n’aurons pas été préparés.
Pour faire face aux défis qui se profilent, nous devons à défaut d’avoir fait de la prospective gérer la crise avec beaucoup de lucidité et surtout nous inscrire dans la communication vraie.
Pendant 56 minutes et 47 secondes, le ministre de l’Education nationale n’a répondu de façon satisfaisante à aucune des questions posées par le journaliste. Aucun des outils d’étude à distance dont il a parlé n’est opérationnel. La plateforme d’apprentissage appelée «Apprendre à la maison» qui est sur le site du ministère est à l’image même du site qui l’abrite et qui n’est pas mis à jour depuis plusieurs mois.
«Apprendre à la maison», c’est juste une bibliothèque virtuelle avec l’ensemble des cours théoriques. Le ministre devrait savoir que l’apprentissage c’est un contenu, un rythme et des évaluations. Autrement, chaque élève pourrait se procurer les cours sur internet et se former lui-même.
Et encore, si sa plateforme numérique fonctionnait, nous serions dans une situation de discrimination en plus du fait que le numérique ne pourra jamais remplacer l’échange direct entre le maître et l’élève. Le maître n’est pas juste un transmetteur de connaissances, c’est quelqu’un qui analyse l’humain pour s’adapter à chaque enfant pour ainsi régler les vitesses d’apprentissage qui ne sont pas uniformes.
Ce que nous avons retenu de son passage dans cette émission, c’est que non seulement il n’est pas inquiété par la situation, mais en plus il ne doute de rien. Il affirme avec une assurance décomplexée que l’année ne sera pas blanche. Dans quelles conditions les cours vont-ils reprendre ? Avec quels moyens de protection pour les élèves et les enseignants ? A quel coût ? Il ne sait pas, mais il refuse d’envisager le scénario stress.
Le président de la République a appelé à l’unité et à la solidarité pour que, tous ensemble, nous relevions le défi de vaincre cette pandémie. Pour faire front ensemble, nous devons nous faire mutuellement confiance. Cela implique un langage de vérité de part et d’autre.
Nous devons à tout prix éviter de confiner nos esprits dans l’obsession politique qui mène parfois au mensonge, installe le doute et finit par créer le désordre.
Nous n’accepterons pas de taire nos inquiétudes, juste parce que le moment nécessite l’union sacrée. Parce que nous sommes des citoyens engagés et être citoyen c’est refuser de déléguer la réflexion et l’action. Car être citoyen c’est se prendre en charge en agissant.
Théodore Chérif
MONTEIL
Dno Union citoyenne Bunt Bi
Député à l’Assemblée Nationale

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