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En 1995, Monsieur Mamadou Ndoye a théorisé puis, fait partager et valider le recours au volontariat dans le système éducatif du Sénégal. Partie pour être un simple un projet ponctuel visant à recruter 4800 volontaires en quatre ans, son invention finit par s’ériger en système de gouvernance étatique, qui en même temps lui servit d’escalier pour gravir les échelons d’une carrière internationale tout en générant des conséquences dévastatrices et «déstructurantes» de l’école sénégalaise. Il soutint à l’époque, en tant qu’expert, le grand intérêt de cette innovation qui résiderait dans sa philosophie, à savoir développer une chaîne de solidarité autour de l’école, par les jeunes sénégalais, mais aussi le renforcement du partenariat entre l’école et le milieu et, enfin, la baisse du coût unitaire d’un élève.
Deux décennies plus tard, l’amer constat est fait d’une désarticulation totale du système éducatif par un Sénégalais, doublé d’un ancien ministre et Inspecteur général de l’éducation nationale (Igen). Mais il y a plus grave.
M. Ndoye est devenu le principal responsable d’une polémique, parce que le prolongement du projet des volontaires de l’éducation conduisit définitivement à l’avènement d’une catégorie d’enseignants qu’on désigne sous le vocable à la fois pudique et répugnant de «corps émergents» qui, après avoir été exclus du «paacoo» de l’Alternance 1, risquent de voir passer le train du «Pse», pendant que le théoricien et initiateur du volontariat bénéficie de quatre millions de F Cfa par mois provenant de l’argent du contribuable. Et dans une logique de légitimation de sa posture de corrompu, il se permet de faire croire aux honnêtes citoyens qu’il a choisi entre deux alternatives : celle de refuser un poste de ministre-conseiller pour conserver sa liberté de pensée et d’expression et celle d’accepter d’empocher indûment de l’argent public que le président de la République lui aurait proposé pour des raisons purement politiciennes. Aucun de ces deux choix ne pouvait lui permettre de garder sa liberté. Tous les deux étaient compromettants et M. Ndoye le sait mieux que quiconque. Malgré tout, il finit de prouver à la face du monde qu’il n’est plus le vrai militant communiste que nous connûmes !
La machine de la justice devrait être mise en branle dès le lendemain de cette cynique déclaration, pour d’abord, examiner et dépoussiérer froidement les vrais prolongements de son initiative de créer le volontariat dans notre système éducatif, avec notamment l’apparition de corps dits «émergents» qui perçoivent des salaires inférieurs à ceux des enseignants titulaires ayant le même niveau d’études, ne bénéficient pas de couverture sanitaire, acceptent cette situation par patriotisme, pour certains d’entre eux et par opportunisme, pour d’autres. Dans tous les cas, parce qu’ils n’ont pas reçu de formation professionnelle, on considère que les corps émergents sont responsables de tous les maux dont souffre l’école, de la baisse du niveau des élèves notamment. Victimes d’un manque de considération de la part de l’Etat et d’un mépris de la part de certains de leurs collègues, ces volontaires, vacataires et autres contractuels manquent pour la plupart de motivation. M. Mamadou Ndoye en est le principal responsable et doit rendre compte au Peuple au nom de l’imputabilité.
Ensuite, la Crei devrait s’autosaisir pour aveu de corruption, qui a consisté à admettre et à déclarer publiquement l’encaissement mensuel de quatre millions de nos francs, ce qui, plusieurs années après, traduit manifestement l’extériorisation de la crise interne devenue un secret de polichinelle qui secoue actuellement la Ld, crise sans laquelle aucun Sénégalais n’allait savoir ce qui se passe réellement sur ces montants, quelle qu’en fût la destination. En réalité, la plupart des hommes politiques, qu’ils soient de gauche comme de droite, libéraux, socialistes ou communistes, rejoignent souvent le camp du pouvoir, la «prairie verte», parce qu’ils sont plus préoccupés par la satisfaction de leurs intérêts personnels. L’école et l’université publiques, la santé, l’emploi des jeunes, l’autonomisation des femmes, l’agriculture, le sort des plus vulnérables confrontés aux besoins humains fondamentaux,… ne les intéressent pas puisqu’ils ont des véhicules, du carburant et des lignes téléphoniques payés par les citoyens, se soignent en Europe, en Amérique quand ils sont malades, y acquièrent des résidences privées pour leurs vacances ou pour préparer leur retraite, leurs enfants sont inscrits dans les grandes universités occidentales, leurs femmes disposent de passeports diplomatiques et voyagent partout à travers le monde, leurs comptes bancaires sont remplis de sommes faramineuses prélevées des maigres ressources publiques détournées des objectifs pour lesquels elles sont destinées puis, sont déposées dans des paradis fiscaux.
Au moment où l’on donne tous ces avantages indus qui heurtent le bon sens à des hommes politiques pour leur permettre de s’enrichir et d’entretenir leur clientèle, on dit aux enseignants, aux agents de santé, aux jeunes, aux travailleurs, aux paysans et aux ouvriers des entreprises en difficultés : «Nous ne saurions satisfaire vos revendications parce que les caisses sont vides.» Au moment où les abris provisoires sont encore une réalité vivante au Sénégal en ce 21ème siècle, où les hôpitaux et postes de santé manquent de médicaments, d’appareils et de personnels essentiels, où certaines zones du Sénégal sont déclarées sinistrées, il pleut de l’argent au sein de la classe politique et de ses dirigeants.
Voilà des contradictions qui expliquent en partie la persistance des grèves, des tensions sociales cycliques, des crises d’autorité, des déclarations ethnicistes et injurieuses notées ces derniers temps. Tant qu’elles ne seront pas levées, les menaces qui guettent l’émergence de notre pays persisteront. L’Etat, les syndicats, l’opposition et la Société civile continueront leur dialogue de sourds. La citoyenneté, le sens du devoir, le don de soi, l’intérêt général, le culte du travail, l’amour de la Nation, la justice, l’attachement aux valeurs de la République, la gestion sobre, vertueuse et transparente des deniers publics se dégradant de jour en jour n’auront plus aucun sens. Dans l’attente, la question de l’absence d’une véritable justice distributive des ressources de ce pays risque d’aggraver la crise sociétale. Et c’est en cela qu’il convient sans doute de ne pas brûler M. Mamadou Ndoye, mais d’exiger de lui qu’il restitue les sommes indûment perçues au Trésor public.
Nous devons changer ces paradigmes avant que l’irréparable ne se produise, si nous souhaitons aider sincèrement le président de la République et sauver le Sénégal, par obligation citoyenne de vérité et de rectification.
Vive la République pour que vive le Sénégal, notre Patrie.
Papa Moustapha GUEYE Inspecteur de l’Education et de la Formation Citoyen

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