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150 candidats au pèlerinage ne verront pas la «Kaaba» cette année. Faute de visas. Ils étaient nombreux hier à réclamer le remboursement de leur argent aux voyagistes privés qui n’ont pas honoré leurs engagements.

Au lieu d’un atterrissage sur le tarmac de l’aéroport de Médine, c’est l’audition à la gendarmerie de la Foire. Ils étaient plus d’une centaine à envahir les locaux pour réclamer leur argent aux voyagistes privés qui n’ont pas pu les convoyer aux Lieux saints de l’islam. L’émotion était grande, la tension vive. De la grande cour à l’étage, ils étaient partout. Pas besoin de les questionner, l’expression de leurs visages permet de les identifier. Ils ne toucheront pas la «Kaaba» cette année. Accompagnés par leurs proches, ils avaient décrété un simple mot d’ordre : le remboursement et rien d’autre. Le rez-de-chaussée est très animé. De petits groupes d’hommes et de femmes sont constitués tous parés de boubous traditionnels. Ils discutent, dénoncent et gesticulent. Derrière les escaliers, sur un long banc carrelé, l’ambiance est différente. C’est le calme et la tristesse. Les voix se sont tues, les faces déprimées, les têtes baissées. Les yeux rougeâtres pour certains. Pour d’autres, les lunettes noires veillent bien au grain. Cette déception est difficile à digérer pour eux. «Le monde s’effondre sur nous. On nous a trahis. Nous souffrons énormément. Je vis en ce moment les nuits les plus difficiles de ma vie», peste Mame Modou Ndiaye, d’une voix à peine audible, les jambes croisées, le foulard à l’effigie de son voyagiste au bout des doigts. Habillé d’un joli boubou, le quinquagénaire, venu de Touba, réclame son argent. «Je me suis inscrit auprès de Mame Faye. Elle est en haut en face des enquêteurs. Je l’attends ici. Elle va me rembourser mes 3 500 000 francs. Je ne vais pas perdre mon argent», jure-t-il avec fermeté, les mains sévèrement balancées. Il interpelle l’Etat : «J’invite l’Etat à sécuriser le pèlerinage. C’est inacceptable que des voyagistes privés fassent ce qu’ils veulent et s’enrichissent sur le dos des Sénégalais.» A l’étage, tous les sièges sont occupés. Les couloirs et le balcon sont bondés de monde. Certains sont debout, d’autres assis à même le sol à côté des nombreuses valises désespérément posées à terre. La plupart d’entre eux portent un léger tissu bleu. Ils sont certes tristes mais pas silencieux. Les voix plaintives installent un grand brouhaha. Que du bruit. Ils vocifèrent et ruent dans les brancards.
Les visages ne sont pas radieux mais suants et fermés. Cette situation leur fait mal.  «Je n’irai pas à la Mecque cette année. C’est vraiment difficile à admettre. J’ai économisé et préparé mon voyage, des proches m’ont aidée et accompagnée. J’ai remis plus de 3 millions à une agence qui a été incapable de me trouver un visa. Donc je ne serai pas Adja», affirme Khady Cissé en serrant son châle noir, le chapelet à la main. Déçue et amère, la dame brandit l’original et la copie de son reçu. Les yeux grands ouverts, le doigt pointé, elle menace : «On ne bougera pas tant qu’on n’a pas reçu notre argent. On a travaillé dur pour avoir des millions. Ces escrocs ne vont pas s’échapper. Comme nous avons raté l’avion, hors de question de perdre notre argent. Elle est à l’intérieur, je l’attends ici.»

Les pesanteurs sociales, un poids
Assise en marge, le visage sobre, le sourire désespéré, Rokhaya Gaye ne se soucie pas autant de l’argent. Le contexte social la hante. Elle ne sait pas comment rentrer chez elle. La réaction de ses amis et voisins reste une équation pour elle. Sa voix peine à s’élever, les mots sortent difficilement de sa bouche. Ses yeux, elle ne les oriente que vers le bas. Tantôt, elle hausse la tête, tantôt elle sort son mouchoir pour nettoyer son visage. Elle a le cœur lourd. «On nous a trompés. En tant que musulmane, j’ai longtemps désiré aller à la Mecque. Finalement je n’y serai pas cette année. J’ai versé mon argent à l’agence Ara Mayni et je n’ai pas reçu mon visa. Comment vais-je faire ? Que vais-je dire à mes camarades de Pikine après tous les préparatifs ? Le Sénégal est un pays particulier avec ses réalités. Tout le monde n’aura pas la même interprétation. Notre situation est vraiment délicate», déplore la pikinoise très dépitée.
Ces cas sont très fréquents. Chaque année, plusieurs personnes ratent le voyage pour des problèmes de ce genre.
Stagiaire

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