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De mémoire de Sénégalais, pareille décision n’a jamais été prise par l’Etat. Des écoles privées ont été fermées sur injonction d’un chef d’Etat étranger, plongeant ainsi des centaines d’élèves et leurs parents dans le désarroi pour une histoire de coup d’Etat qui s’est passé hors de chez nous. Cela est arrivé au Sénégal en 2017 avec les écoles Yavuz Selim après la «dégulenisation» imposée par Recep Tayyip Erdogan

Le 7 décembre 2016, le gouvernement sénégalais prend une décision inédite. Il autorise par décret la suspension de l’Asso­ciation Baskent Egitim jusque-là en charge de la gestion des écoles Yavuz Selim. Juste après l’annonce de cette décision, le ministre de l’Education nationale annonce que la gestion de ces écoles sera assurée par la Fon­dation Maarif. Une Fondation créée par le Président turc, Recep Tayyip Erdogan, au lendemain du coup d’Etat manqué dans son pays. Il a accusé l’Association Baskent Egitim de terrorisme et d’avoir participé au coup d’Etat du 15 juillet. Une décision que l’administration de l’école, les parents d’élèves, la société civile, les syndicats d’enseignants et l’opinion de manière générale qualifient d’injuste. Fermer une école sénégalaise sur injonction d’un Président étranger, en l’occurrence M. Erdogan, est «inacceptable», crie l’administration. Alors commença une longue bataille judiciaire et médiatique entre l’administration de l’école et le gouvernement. L’Association Baskent Egitim dont une partie des actionnaires sont sénégalais avait saisi la Cour suprême pour faire annuler ce décret. A côté de cette bataille juridique, avec les parents d’élèves et le corps enseignant, l’administration de l’école multiplie les conférences de presse pour alerter l’opinion, organise des marches et sit-in pour dénoncer l’ingérence du Président turc dans les affaires intérieures de notre pays.
Acculé de toutes parts, l’Etat met la pédale douce et laisse finir l’année scolaire 2016-2017. A la veille de la rentrée scolaire 2017, il revient avec une volonté plus marquée de satisfaire la volonté de l’homme fort de la Turquie. Il dissout l’Association Baskent Egitim et lui retire l’autorisation d’enseigner. L’agent judiciaire de l’Etat saisit le juge des référés et lui demande de confier la gestion des écoles Yavuz Selim à Maarif. Entre-temps, les Turcs se retirent et vendent leurs parts à une société dénommée Yavuz Selim Sa.
Devant l’impasse, l’Etat renonce à la procédure du juge des référés et appelle à des négociations avec l’administration qui avait proposé une ouverture du capital avec des hommes d’affaires sénégalais. Le ministre de l’Education nationale, Serigne Mbaye Thiam, campe sur sa position et se propose d’administrer provisoirement les écoles Ya­vuz Selim. Le président du Conseil d’administration de Yavuz Selim Sa, Madiambal Diagne, dit niet. L’Etat décide alors de fermer les écoles. Des policiers sont envoyés devant toutes les écoles du groupe Yavuz Selim, empêchant élèves, pa­rents d’élèves et professeurs d’accéder aux établissements. Malgré les appels de l’Asso­ciation des parents d’élèves et des membres de la société civile, les écoles sont restées fermées. Une situation dramatique qui a plongé des parents d’élèves dans le désarroi. Les parents qui avaient déjà inscrit leurs élèves à Yavuz Selim étaient obligés de faire le tour des écoles de Dakar à la recherche de places disponibles.
Récemment, le ministre de l’Education nationale a soutenu que Maarif ne va pas enseigner dans les écoles de Yavuz Selim. Maintenant, que vont-elles devenir après 20 ans de rayonnement dans le système éducatif sénégalais ?

ndieng@lequotidien.sn

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