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Les élèves des écoles Yavuz Selim ainsi que les parents, le personnel enseignant et l’administration n’oublieront jamais la matinée d’hier. Dès les premières heures, le collège Bosphore est envahi par des Forces de l’ordre. Des policiers avec des pick-up, armés et casqués, prennent position et interdisent l’accès des établissements aux élèves, aux parents et au personnel enseignant. Des parents d’élèves, très en colère, et des élèves «traumatisés» ont demandé à l’Etat de revenir sur sa décision.

C’était l’horreur hier au collège Bosphore. Une scène incroyable. Des policiers avec un impressionnant dispositif anti-émeute massés devant tout le long de la porte du collège Bosphore. Ils intiment l’ordre aux élèves et aux parents de ne pas s’approcher de la porte de l’école. Ils ont reçu l’ordre d’empêcher l’accès aux établissements Yavuz Selim en ce début d’année scolaire. Comme si ce dispositif ne suffit pas, vers 9 heures, quatre pick-up remplis de policiers déversent leur contenu encore sur les lieux sous le regard médusé des élèves qui implorent le président de la République de revenir sur sa décision. Dans cette cacophonie, une jeune maman craque et décide de partir. «Où est-ce que tu m’amènes à présent, maman ?», demande une petite, visiblement sous le choc. Sa mère qui écrase une larme au coin de l’œil fait mine de ne rien attendre. Les élèves «traumatisés» n’oublieront pas de sitôt cette «horrible» matinée. Une ambiance lourde règne sur les lieux. Des parents venus déposés leurs fils, «choqués» et «malheureux», expriment leur colère contre l’Etat du Sénégal. Les lamentations fusent de partout.
Certains, gagnés par la colère, s’en prennent ouvertement à Macky Sall. Ils sont désemparés et demandent à comprendre. «On veut savoir pourquoi l’Etat nous inflige un tel traitement dans notre propre pays», lance Ramatoulaye Ndiaye, une parente, venue tôt le matin déposer son fils. Sous le choc, la dame interpelle ainsi furieuse le gouvernement : «Les autorités qui ont pris cette décision n’ont qu’à nous regarder dans les yeux et nous dire le pourquoi. Fermer une école d’excellence comme Yavuz Selim, empêcher des enfants d’accéder à leur école, c’est scandaleux», crie-t-elle.

Le gouvernement satisfait Erdogan et sacrifie 3 mille enfants
Bassirou Kébé, président de l’Association des parents d’élèves, affiche une mine triste. Il exprime sa colère et sa surprise : «Nous n’avons jamais imaginé que la République du Séné­gal osera placer des forces de sécurité devant une école d’excellence», peste-t-il. Le président de l’Ape s’étonne du fait que «le gouvernement, au lieu de s’assurer de l’avenir de ses enfants, satisfait les besoins d’un dictateur en la personne de Erdogan, en sacrifiant 3 mille enfants et un modèle éducatif de qualité qui a hissé le Sénégal sur les plateaux de l’excellence. C’est regrettable !»
El Hadji Mbengue abonde dans le même sens. Ce parent d’élève, accompagné de son fils, déplore un «forcing» du gouvernement. «Je pense qu’on ne peut empêcher un enfant d’aller à son école pour étudier ni empêcher un travailleur de se rendre à son lieu de travail impunément. C’est déplorable», regrette-t-il. Pour ce père de famille, le gouvernement les a trahis ainsi que les élèves. «Ce qui s’est passé aujourd’hui marquera à jamais nos enfants.» Mais pour ce quinquagénaire, il ne faut pas s’étonner. «Les décisions qui nous concernent, nous les citoyens, nous proviennent souvent de l’extérieur. Nous ne l’acceptons pas, mais c’est ça. Cette décision vient de l’extérieur. Des fois nous nous demandons si nous sommes souverains et s’il ne serait pas mieux de renoncer à notre indépendance. Il faut que nous prenions notre courage à deux mains, croire en Dieu et travailler pour ce pays. Nous ne devons pas dépendre de l’extérieur ou des dictateurs qui veulent régler leurs problèmes et utiliser le Sénégal comme arme. C’est décevant pour ce Sénégal de El Hadji Malick Sy et Cheikh Ahmadou Bamba», analyse ce père de famille très en colère.
Mamadou Ndoye, censeur au collège Bosphore, soutient pour sa part que c’est l’école sénégalaise qui en prend un sacré coup : «Cette école est un fleuron de l’école sénégalaise et l’Etat est en train de la détruire. C’est dommage pour les enfants», fustige-t-il. M. Ndoye se dit inquiet. «On pensait être dans un pays de droit, un pays souverain, mais aujourd’hui, les autorités sont en train de courber l’échine devant les instructions d’un Président dictateur étranger. L’école sénégalaise mérite mieux que ça», proteste-t-il.

«L’Etat nous a trahis»
Malgré la colère et la tristesse qui animent les parents, ils se disent debout et prêts à défendre les intérêts de leurs enfants dans cette affaire. N’ayant toujours pas compris la démarche de l’Etat, Ramatoulaye Ndiaye rappelle au gouvernement la procédure qui est en cours au niveau du Tribunal de grande instance de Dakar. «Le délibéré est prévu le 9 de ce mois, dans une semaine. Alors, pourquoi se précipiter pour fermer les écoles aujourd’hui ? Qu’est-ce qui presse ?», s’interroge-t-elle. Pour elle, l’Etat est en train de mettre les travailleurs de ces établissements scolaires en chômage. «Or, il avait promis qu’il allait créer des emplois. Mais les enseignants qui travaillent dans ces écoles, où sont-ils ? Dehors. Ils ne vont plus travailler. Bravo à l’Etat du Sénégal !», ironise-t-elle. En tout cas, l’Association des parents d’élèves prendra part à des concertations avec le ministre de l’Education nationale. Une rencontre qui risque de ne rien donner.

1 COMMENTAIRE

  1. il faut savoir pourquoi, soudainement, R.T.E. a donné l’ordre de fermer cette école, alors que jusque là, il ne disait rien; bien au contraire, il favorisait l’installation de ces établissement scolaires, non seulement au Sénégal, mais , partout dans le monde

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