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La fermeture des frontières aériennes annoncée hier par le gouvernement sénégalais, risque d’être lourde de conséquence pour l’économie. Des spécialistes craignent une tension sur l’approvisionnement alimentaire, une perte de recettes douanières et fiscales pour l’Etat liée à cette mesure visant à contenir le coronavirus (Covid 19).

Le Sénégal a décidé de suspendre à partir de demain soir ses vols en provenance et vers la France, l’Espagne, l’Italie, la Belgique, le Portugal, la Tunisie et l’Algérie pour une durée de trente jours. Il s’agit là des pays les plus touchés en Europe et au Maghreb par le coronavirus. Les vols cargos pour lesquels les équipages devront restés à bord et leur temps d’escale réduit au strict minimum ainsi que les vols d’évacuation sanitaire ne sont pas concernés par la mesure qui vise à arrêter la chaîne de transmission du coronavirus (Covid 19) et d’éviter que le Sénégal devienne l’épicentre de la maladie.

Des entreprises menacées
Cependant, cette suspension des vols n’est pas sans conséquence pour l’économie nationale. Selon les économistes qui saluent tous la décision du gouvernement, le manque à gagner sera énorme.
«L’activité touristique va régresser ainsi que la circulation des personnes, y compris des opérateurs économiques», note d’amblée Cheikh Tidiane Dièye, qui souligne toutefois la primauté de la santé sur le reste. Le directeur d’Enda Cacid prédit que «l’économie nationale, à travers tous les secteurs, sera affectée, mais cela n’empêche que la mesure était à prendre. Face à une crise de cette nature, on ne peut pas pour des raisons économiques mettre en danger la vie des populations. On règle d’abord les questions sanitaires, ensuite on anticipe pour gérer, car on sait qu’il y aura des conséquences relativement graves au plan économique. Il faut s’attendre à une récession globale au niveau international de toutes les dimensions et de tous les secteurs économiques». A l’en croire, le problème se situe au niveau de la production. Dans son analyse, le spécialiste relève que «la plupart des industries sont momentanément à l’arrêt. L’activité financière au niveau des banques va se faire ressentir, car les entreprises seront pour la plupart en difficulté et beaucoup d’entre elles seront obligées de fermer. Il y aura aussi du chômage technique à un moment parce beaucoup d’entreprises auront du mal à se relever». Cheikh Tidiane Dièye de poursuivre : «Quand il y aura une crise au niveau de la production globale, il y a forcément une crise financière qui peut même déboucher sur une crise alimentaire et autres comme ce fut le cas en 2008.»

Perte de recettes douanières et fiscales non négligeable
L’universitaire Meïssa Babou ne dit pas le contraire. «La mesure aura des conséquences extrêmement négatives pour les entreprises énergivores avec un personnel nombreux qui finalement n’auront plus de clients si la crise continue», prévient pour sa part l’économiste. Avant de confirmer que «la perte au niveau technique sera extrêmement grande». Pour lui, le fait d’annuler tous ces vols vers le Sénégal va présenter une perte fiscale énorme étant donné que les portes d’entrée font partie de la fiscalité.
Du côté des services de l’Administration douanière, des acteurs projettent une perte d’environ 25% des recettes.
Aussi, les conséquences seront immédiates pour le secteur du tourisme et du transport aérien. Et si la crise dépasse trois à quatre mois, il sera très difficile pour l’Etat de soutenir les entreprises.
«Il faudra un moyen budgétaire avec des subventions que l’Etat du Sénégal ne peut pas supporter, d’autant plus que nous sommes déjà dans des difficultés financières. L’autre moyen, c’est de permettre aux banques, avec un taux d’intérêt très bas, de pouvoir suppléer les subventions et de prêter de l’argent à ces entreprises dans des conditions extrêmement favorables», suggère l’universitaire.
A l’image du monde, le Sénégal aussi a le devoir de se protéger pour éviter le pire à la société. «Au Sénégal, nous n’en sommes pas encore à ce niveau. Pour éviter d’arriver à cette catastrophe généralisée dans tous les secteurs, nous asseyons de protéger le maximum dans le possible», rassure l’économiste. Il craint néanmoins que la fiscalité de l’Etat baisse à cause du ralentissement des activités au port et à l’aéroport. «Certains commerçants ont du mal à importer. Ce qui fait que de jour en jour, l’économie plonge dans une espèce de fièvre», dira Meïssa Babou.
Un ralentissement des activités est certes noté depuis hier, mais la situation est pour le moment maîtrisée, d’après le directeur du Commerce intérieur. En plus, les produits de grande consommation proviennent par le transport maritime sans compter que le transport de marchandises n’est pas concerné par la mesure. «Pour les stocks des produits de grande consommation, nous sommes de deux à trois mois de disponibilité. La situation est sous contrôle pour le moment en termes de disponibilité. Nous n’avons pas d’inquiétude sur l’offre, nous n’avons pas aussi de problème particulier sur les prix, mais nous souhaitons que la situation soit maîtrisée», a réagi Ousmane Mbaye.

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